L’efficacité énergétique est-elle incompatible avec nos usages exponentiels du web ? Non, bien au contraire. Les datacenters au cœur du réseau ont tout intérêt à optimiser leur fonctionnement. À l’image du fournisseur de services cloud Infomaniak, qui tente de changer la donne. Leurs équipes mettent d’importants moyens dans des datacenters nouvelle génération. Numerama est allé visiter celui de la coopérative de la Bistoquette, à côté de Genève.

Supprimer vos mails, fermer vos apps en tâche de fond ou redimensionner vos images avant de les envoyer a un impact somme toute assez minime sur l’environnement. Mais ce serait faux de dire que nos usages numériques ne sont pas neutres : comme de nombreuses activités humaines, ils consomment notamment de l’électricité. Et, sur ce point, il y a encore beaucoup de progrès à faire pour rendre cette industrie moins énergivore.

L’entreprise Suisse Infomaniak s’est lancée récemment dans un projet d’envergure : construire un datacenter qui réutilise intégralement l’énergie consommée pour ses activités afin de chauffer pas moins de 6 000 logements de type Minergie-A à l’année.

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La coopérative d’habitation de la Bistoquette, en construction. // Source : Louise Audry pour Numerama et Humanoid XP

Pour comprendre comment une telle prouesse technologique et écologique est possible, nous avons bravé la fraîcheur matinale du mois de février pour nous rendre à Genève (en train, évidemment). Objectif : découvrir comment un datacenter revalorise l’intégralité de la chaleur qu’il produit, tout en s’intégrant harmonieusement à un espace urbain moderne et responsable.

Car pour répondre à ces contraintes, c’est tout le circuit d’alimentation énergétique qu’il faut repenser. D’un côté, la première question qui se pose est celle de l’énergie : comment faire en sorte que l’électricité qui alimente le datacenter soit la plus verte possible ? De l’autre, c’est la chaleur : comment revaloriser la consommation d’énergie convertie en chaleur fatale par le numérique, tout en maintenant les serveurs à une température de fonctionnement optimale ?

L’énergie, renouvelable et renouvelée

Tout le projet d’Infomaniak avec son nouveau datacenter non loin de Genève repose finalement sur la gestion de l’énergie. Elle est au cœur des infrastructures numériques et le nœud du problème. Rendre les usages numériques moins carbonés revient en grande partie à gérer la consommation d’électricité.

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Le barrage de Verbois fait partie des systèmes d’alimentation en électricité du datacenter d’Infomaniak. // Source : Louise Audry pour Numerama et Humanoid XP

Du côté de l’hébergeur suisse, cette question est vite adressée : ce sont les barrages comme celui de Verbois qui alimentent le datacenter. Pas de charbon, pas de pétrole dans ce mix. Tout juste trouve-t-on, dans une pièce isolée de l’édifice sous-terrain, plusieurs ondulateurs branchés à des batteries et des génératrices, qui permettent de maintenir le service en cas de besoin.

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En cas de panne imprévue avec le réseau électrique, des batteries de secours et des génératrices peuvent à tout moment prendre le relais. // Source : Johana Hallmann pour Humanoid XP

Mais quand on pénètre dans le datacenter d’Infomaniak, on comprend en grelotant que le sujet tournera autour de la température. Pour faire simple, nous explique Boris Siegenthaler, directeur stratégique et fondateur de l’entreprise, un datacenter a surtout besoin d’être refroidi pour tourner sans problème. Hors de question de mettre de la climatisation : c’est une méthode datée et un processeur, par exemple, tourne très bien à une quarantaine de degrés Celsius. S’il faut le refroidir, c’est parce qu’il émet de la chaleur en fonctionnant, comme tout composant informatique propulsé par de l’électricité. En effet, 1W d’électricité génère 1W de chaleur. Le datacenter ne fait que convertir de l’énergie électrique en énergie thermique.

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L’air chaud refroidi à 28 degrés. // Source : Johana Hallmann pour Humanoid XP

On commence à comprendre où l’on nous mène : le datacenter d’Infomaniak sous la Bistoquette est en fait un immense radiateur ventilé, couplé à une pompe à chaleur. De salle en salle, Boris nous fait découvrir comment le flux d’air tiède passe dans le datacenter pour refroidir les serveurs et comment le flux d’air chaud fait le chemin inverse, grâce à d’immenses ventilateurs. Cet air tiède, converti par la pompe à chaleur, n’est qu’une partie de l’équation. Car c’est à ce niveau que les ingénieurs d’Infomaniak ont fait un pas de plus que les géants du secteur.

La chaleur fatale est transportée via un système de tuyaux jusque dans les 6000 habitations à alimenter en chauffage. // Source : Johana Hallmann pour Humanoid XP
La chaleur fatale est intégralement revalorisée pour chauffer les 6000 ménages à l’année (bâtiments à très haute efficacité énergétique). // Source : Johana Hallmann pour Humanoid XP

La chaleur dite fatale (40 à 45 °C), car produite par l’activité des serveurs d’Infomaniak (héberger des données et des sites web, propulser de l’IA, etc.) n’est pas perdue. Elle est ainsi, dans un premier temps, amenée dans une pompe à chaleur qui va réchauffer le retour froid du réseau de chauffage à distance de 55/60°C à 67°C. Dans un second temps, cette même pompe va générer un déchet dit « froid » à 28°C, lequel permet de maintenir les serveurs à une température de fonctionnement optimal.

La coopérative d’habitation de la Bistoquette est connectée en direct et le surplus est envoyé dans le réseau de chauffage à distance de la ville de Genève.

Le datacenter recycle ainsi chaque action numérique en chaleur bien physique. Quand un résident de l’écoquartier prend une douche ou que le chauffage par le sol est actif, ce sera grâce à la réutilisation de la chaleur émise par l’activité informatique du datacenter. Au total, ce data center à pleine capacité permettra à 20 000 personnes de prendre quotidiennement une douche de 5 minutes

Et l’été alors ? Eh bien, d’une part, « on n’arrête pas de se doucher l’été », nous répond très justement Thomas Jacobsen, porte-parole du groupe. D’autre part, le datacenter d’e la Bistoquette’Infomaniak ne se limitera pas à l’écoquartier. Avec ses quelques centaines d’habitants, la Bistoquette n’a pas besoin de toute la chaleur que le datacenter peut produire.

Infomaniak a deux options pour continuer à être doublement écolo. La première, c’est injecter la chaleur dans le réseau de chauffage à distance de Genève. Ainsi, de la même manière qu’à un incinérateur, l’opérateur du chauffage décentralisé de la ville pourra acheter de la chaleur à Infomaniak. La deuxième option, c’est la géothermie : cette chaleur inutilisée l’été sera stockée dans le sol dans des zones désignées qui font office de « batterie de chaleur ». Elles seront épuisées l’hiver, quand le chauffage par géothermie fonctionnera à plein régime.

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Les serveurs du nouveau datacenter d’Infomaniak fonctionneront bientôt à plein régime. // Source : Johana Hallmann pour Humanoid XP

C’est ici que l’on comprend pourquoi l’activité liée au numérique a tout intérêt à être la plus efficace possible. Contrairement à ce que l’on peut lire, économiser de l’énergie est un enjeu écologique et économique à plusieurs échelles. Thomas et Boris en sont convaincus : par la mise à disposition de chaleur et l’usage de fraîcheur produite par les pompes à chaleur, la rentabilité de leur nouveau datacenter où le circuit de l’énergie est parfaitement maîtrisé sera plus simple à atteindre que celle d’un datacenter classique.

En d’autres termes, si l’on se concentre sur les bons leviers techniques, l’activité numérique peut-être, elle aussi, de plus en plus vertueuse.

Infomaniak : un spécialiste du cloud et de la productivité

Infomaniak est une entreprise Suisse, spécialisée dans le développement de solutions de cloud computing et de productivité souveraine. Elle propose notamment une suite d’outils bureautiques nommée kSuite. Traitement de texte, feuilles de calcul, boite mail ou système de visioconférence, les services proposés sont les mêmes que ceux offerts par les géants du web. Mieux, pour l’envoi de fichiers lourds, Infomaniak propose également sa solution maison : Swisstransfer. Avec 50 Go de disponible par envoi, la plateforme va au-delà de ce que l’on trouve habituellement chez les autres services de transfert de fichiers.

Avec leur tout nouveau datacenter, Infomaniak, tend à prouver qu’à son échelle, l’entreprise suisses peut changer la donne et rendre nos activités numériques plus vertueuses. Cette initiative pose également une question plus large. Si une entreprise à taille humaine est capable d’optimiser sa gestion énergétique, pourquoi les géants du secteur en sont incapables ?

Infomaniak fête cette année ses trente ans, et avec ses alternatives gratuites et sans publicité à Gmail et Google Drive, l’entreprise touche actuellement plusieurs millions d’utilisateurs. Elle réalise à ce jour 30 % de son chiffre d’affaires en Europe et affichait en 2022 plus de 70 % de croissance sur ses solutions B2B de cloud computing par rapport à 2021.

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