Audible, l'un des grands fournisseurs de livres audio, va proposer en septembre 2019 une fonctionnalité de sous-titrage. Sept éditeurs attaquent l'entreprise en justice. En cause : la violation des droits d'auteur.

Les livres audio rencontrent un succès grandissant. Leur croissance est même impressionnante : 16 % des Français auraient déjà écouté un audiobook en 2019, contre 7 % en 2017.  L’un des leaders du secteur est sans conteste Audible. Dernièrement, cette société détenue par Amazon voulait « innover » en proposant Audible Captions, un service qui génère des sous-titres aux livres audio. Si cette fonctionnalité doit être lancée en septembre 2019, plusieurs grands éditeurs américains ont déposé plainte, ce vendredi 23 août 2019, afin de s’y opposer.

Cette technologie retranscrit automatiquement et en temps réel, sous forme de texte, les phrases prononcées par la voix off du livre audio. Le procédé est similaire aux sous-titres automatiques que l’on retrouve par exemple sur YouTube. En l’occurrence, il s’agit d’une réutilisation de AWS Transcribe, la technologie d’Amazon en reconnaissance vocale.

Les livres audio sont vendus individuellement ou via un abonnement. // Source : Site internet d’Audible

Une violation de copyright ? Audible n’est pas d’accord

Ce sont pas moins de sept grandes maisons d’édition très influentes qui ont attaqué Audible en justice, après le refus de l’entreprise d’annuler Captions. Hachette, HarperCollins, Simon & Schuster, Macmillan, Penguin Random House, Chronicle Books et Scholastic dénoncent conjointement que cette fonctionnalité « n’a pas été autorisée » et qu’elle viole le droit d’auteur puisqu’elle permet d’être en possession d’une copie complète et illégale du texte. « Audible cherche à obtenir un avantage concurrentiel par rapport à d’autres fournisseurs de livres audio qui n’enfreignent aucun copyright », accusent également les éditeurs.

Audible a riposté publiquement à cette plainte en postant un communiqué officiel sur son site internet. « Captions a été développé parce que nous voulons, comme beaucoup d’enseignants et de parents, aider des enfants qui ne lisent pas beaucoup à s’engager davantage via l’écoute », se défend l’entreprise. La fonctionnalité viendrait donc comme un support à l’écoute du livre, avec un objectif d’éducation et d’accessibilité.

« Ce n’est pas, et n’a jamais été, destiné à être un livre », ajoute le communiqué. Le contre-argument légal d’Audible est qu’en achetant l’ouvrage, ce n’est pas une copie du texte qui est acquise, mais bien un format audio. Le consommateur peut activer la retranscription, mais par sa propre décision. Le texte qui s’affiche à l’écran n’est pas intégral, il apparaît et disparaît en fonction de la voix off et non du rythme de lecture.

La jurisprudence pourrait bien jouer en faveur de cet argument. La fonctionnalité d’enregistrement sur les télévisions et postes radio est légale… même si le contenu est stocké par le fabricant, comme chez Audible. En 2008, une affaire avait opposé Cartoon Network à Cablevision. La chaîne déclarait que l’enregistreur de Cablevision violait les droits d’auteur en permettant l’enregistrement de ses programmes tout en les stockant sur ses propres serveurs. Mais Cablevision a gagné l’affaire, en affirmant que la décision d’enregistrer — et de ce qui est enregistré — revenait au consommateur.

Même si Audible obtenait gain de cause au niveau légal sur ce point, il n’en demeure pas moins que l’entreprise risque de se mettre à dos de précieux partenaires, à savoir les éditeurs les plus influents du secteur. Selon le texte de la plainte, ils estiment en effet qu’Audible Captions pourrait dévaluer tout le marché et porter atteinte non seulement aux maisons d’édition, mais aussi aux auteurs et consommateurs.

Contactée, Audible ne nous en a pas dit plus que le communiqué officiel.

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