Le Pocophone F1 arrive en France et pour attirer le public, une offre de remboursement de 30 euros est proposée. Mais celle-ci est conditionnée à une exigence inattendue. Et passablement problématique.

Le Pocophone F1 débarque en France. Pour accompagner le lancement de ce nouveau smartphone, dont les caractéristiques sont très similaires au OnePlus 6, le fabricant chinois Xiaomi a opté pour l’offre de remboursement. Ainsi, la clientèle française qui se laisserait tenter par l’appareil a la possibilité de récupérer 30 euros sur le prix de vente, à condition que l’acquisition ait lieu d’ici le 30 septembre.

Étant donné que les prix annoncés pour l’Hexagone sont légèrement plus chers que ceux qui étaient affichés lors de la présentation du téléphone (359 et 399 euros en France, alors que les diapositives promettaient un coût moins élevé de 30 euros), il y a de grandes chances pour qu’une fraction significative des acheteurs passe par cette offre de remboursement — il s’agit après tout d’une pratique commerciale courante.

Sauf qu’elle comporte une clause inhabituelle, mise en exergue par nos confrères de FrAndroid.

pocophone f1
Le Pocophone F1.

Outre les preuves d’achat habituelles qui sont demandées pour s’assurer que vous êtes bien légitime à toucher ces 30 euros, Xiaomi vous demande une preuve de dépôt d’avis, sur le site du point de vente sur lequel votre achat a été effectué (sont cités  Cdiscount, Boulanger, Fnac, Rue du Commerce, Materiel.net et Top Achat), ou bien sur votre page Facebook.

La preuve d’avis doit surtout être « parfaitement lisible et qu’elle permet d’identifier votre avis ». Si la présence du commentaire sera logiquement vérifiée sur le site en se basant sur ce que montre la capture d’écran, afin d’éviter les photomontages, un tel contrôle paraît impossible à réaliser sur Facebook, si le client a réglé son profil de façon à empêcher des tiers de consulter ses publications.

Quoi qu’il en soit, cette offre est, aux yeux de nos confrères, une façon pour Xiaomi d’acheter des avis (positifs) sur Internet.

La demande d’un dépôt d’avis.

Car même si le constructeur chinois n’impose pas la publication d’un avis positif sur le Pocophone F1, le fait de devoir partager son avis avec l’entreprise qui procède au remboursement et qui par ailleurs vend le téléphone mobile acheté ne constitue pas le signal idéal pour celui ou celle qui aurait un commentaire moins élogieux à laisser. La critique pourrait ainsi se retrouver nuancée. Ou tue.

En principe, les plateformes commerciales voulant respecter la norme NF Z74-501 doivent s’interdire l’achat d’avis. Comme le pointe la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), « elle définit des principes et des exigences de collecte, modération et restitution d’avis de consommateurs sur Internet », afin d’éviter toute forme de manipulation.

Le dos du Pocophone F1 // Source : Louise Audry pour Numerama

À cela s’ajoute l’article L111-7-2 du Code de la consommation. Depuis le début de l’année, la loi impose une plus grande loyauté et transparence aux plateformes en ligne, y compris pour les avis laissés par les internautes, afin de limiter l’influence des faux commentaires. Ainsi, il est demandé de préciser l’existence ou non d’une procédure de contrôle des avis, sa date de publication ainsi que celle de l’expérience de consommation.

Mais surtout, il est demandé à la plateforme site que soit publiée une rubrique spécifique et facilement accessible pour dire s’il y a eu une contrepartie en échange du commentaire.

Ces exigences s’appliquent-elles aussi à Xiaomi ?

Cela reste à voir. Les dispositions législatives tendent à s’adresser en priorité aux sites de commerce électronique, et non pas directement aux constructeurs de smartphones. La demande de Xiaomi ressemble à une astuce pour passer entre les mailles du filet. C’est un bon coup que joue l’entreprise, car cela donnera l’illusion au public que le Pocophone F1 est abondamment (et favorablement) commenté. Ce qui n’est pas anodin quand un smartphone débute sa carrière commerciale.

Ce n’est pas la première fois qu’un constructeur fait cela : on se rappelle de Honor ou LG qui avaient eu des pratiques similaires.

Crédit photo de la une : Louise Audry pour Numerama

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