La messagerie unifiée et open source Caliopen arrive en version alpha en octobre. Projet ancien, il entend sensibiliser les internautes sur leur vie privée avec un système d'indices de confidentialité.

Elle était attendue depuis longtemps. Depuis très longtemps, même. Mais les aléas du développement étant ce qu’ils sont, la version alpha de Caliopen, envisagée au départ pour le mois de mai 2015, ne va finalement arriver qu’au mois d’octobre 2017. Mieux vaut tard que jamais, dit-on. Et cette fois, ça semble être la bonne : le projet de messagerie unifiée et open source va enfin sortir de sa couveuse.

Qui dit alpha dit version encore très imparfaite. Si vous vous attendez à un produit fini et prêt à l’emploi, mieux passer votre chemin : c’est davantage une mouture de test qui doit servir, comme l’explique l’article de blog publié fin septembre, l’occasion pour les braves de faire remonter à l’équipe les remarques sur le fonctionnement du produit, qu’il s’agisse de suggestions ou de bugs.

Un formulaire d’inscription est disponible à cette adresse pour savoir quand Caliopen en version alpha sera accessible.

Avec cette version alpha, l’internaute aura la possibilité de gérer ses mails et d’avoir un aperçu sur les niveaux de confidentialité — dans Caliopen, il a été décidé de bâtir un système d’indices qui indique à quel point votre vie privée est exposée. Son calcul dépend de plusieurs variables, regroupées en quatre grandes catégories : technique, social, comportemental et contextuel.

Le service explique : « rendre visible le risque d’interception ou de violation du secret de la correspondance est fondamental pour savoir ce qu’on peut dire, et à qui on peut le dire. Caliopen calcule cet indice pour chaque message, chaque contact et chaque terminal de l’utilisateur, et vous aide à l’améliorer ». « La confidentialité n’est pas nulle ou totale », juge l’équipe derrière le projet.

caliopen

Reste toutefois des arbitrages qui font débat. À Next Inpact, le patron du projet expliquait en avril « qu’il s’agit de regrouper toutes les messageries, pour attirer les utilisateurs, mais l’objectif premier reste de lutter contre la surveillance de masse. Notre solution est d’augmenter le niveau de confidentialité global, en l’affichant aux internautes ». Mais sur le chiffrement, des désaccords existent.

« Il ne s’agit pas de proposer une sécurité maximale mais d’augmenter le niveau global de confidentialité  », expliquait-il, alors que d’autres défendent la nécessité «  qu’une instance de Caliopen ne doit pas avoir les clés privées des utilisateurs… Ce qui empêche la recherche dans les contenus, donc nous coupe d’une partie des utilisateurs ». C’est le problème du chiffrement homomorphe, sur lequel bute aussi Google.

Feuille de route

La version alpha doit exister jusqu’en avril 2018. À partir de cette date, il est prévu de faire basculer le projet en version beta, avec la gestion de protocoles multiples et des niveaux de confidentialité. Et d’ici un an, en octobre 2018, une première version stable est attendue. Il s’agit évidemment d’une feuille de route théorique : des grains de sable viendront peut-être gripper la machine entre aujourd’hui et l’arrivée de la v1.0.

Le projet Caliopen est très ancien. Il a été imaginé dans les années 2000 par Laurent Chemla, un informaticien qui est notoirement connu pour avoir fondé le bureau d’enregistrement Gandi et qui s’est fortement impliqué sur le plan politique lors de la loi Hadopi. C’est avec les révélations d’Edward Snowden sur la surveillance de masse de la NSA que le développement de Caliopen a été remis sur les rails.

Mais l’argent étant le nerf de la guerre, le développement de Caliopen a été difficile entre 2013 et 2016. Pour ne pas dire quasiment au point mort. Les choses ont toutefois évolué très favorablement à partir du mois d’octobre 2016 grâce au financement de la banque publique d’investissement et de l’aide apportée par Gandi, Qwant et l’université Pierre et Marie Curie.

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