Depuis le 22 octobre, un jailbreak de la Nintendo Switch 2 permet de copier ses jeux, leurs mises à jour et ses sauvegardes pour les émuler sur PC ou les faire tourner nativement sur les Mac avec puce Apple Silicon, les iPhone et les smartphones Android. La situation se dégrade de jour en jour pour Nintendo : grâce à l’IA, une communauté de hackers, parfois débutants, fabrique des outils que le géant japonais aura bien du mal à arrêter.

Le 1er novembre, plusieurs vidéos de Donkey Kong Bananza sur Mac ont beaucoup circulé en ligne. Certains accusent leurs auteurs d’être des falsificateurs, mais la réalité est que le jeu vedette de la Switch 2 tourne nativement sur l’ordinateur d’Apple, qui plus est en 60 fps. Le piratage de la Switch 2 avance à une vitesse inédite pour ce type d’exploits : grâce à l’IA, des hackers sont en train de démanteler la forteresse logicielle de Nintendo. On ne parle pas d’émulation ici, mais de l’exécution native du code du jeu sur un processeur Apple.

Moins de deux semaines séparent le premier jailbreak public de la Switch 2 du portage de ses jeux phares sur Mac, iPad, iPhone et Android, sans oublier le début de l’émulation Switch 2 sur PC. Certains vont même plus loin et portent les jeux Switch 2 sur… Switch 1. Les conséquences pourraient être terribles pour Nintendo si le Japonais n’arrive pas à patcher les découvertes des hackers.

La Nintendo Switch 2 a été piratée… avec un jeu de la Switch 1

Habitué au piratage de ses consoles, Nintendo espérait que la Switch 2 résiste plus que ses prédécesseurs. Mais tout a basculé le 22 octobre 2026 quand Sammy Hajhamid, un étudiant chercheur en sécurité connu sous le pseudo pepsipu, a publié ns2jb, le premier jailbreak public de la Switch 2. Son exploit fonctionne sur la version 23.0.1 du système, la plus récente à ce moment-là : une console parfaitement à jour est donc concernée.

Pour prouver son exploit, pepsipu a moddé Mario Kart World en ajoutant des personnages. Nintendo a fait supprimer sa vidéo.
Pour prouver son exploit, pepsipu a moddé Mario Kart World en ajoutant des personnages. Nintendo a fait supprimer sa vidéo. // Source : X

Comment pepsipu a-t-il réussi à pirater la Switch 2 ? La réponse est surprenante : il a utilisé SmileBASIC 4, un logiciel de programmation conçu pour la première Switch, vendu sur l’eShop et toujours compatible avec la Switch 2. En y tapant un programme de 229 lignes, qui dialogue avec un petit serveur Node.js installé sur un ordinateur sur le même réseau, le chercheur a attaqué le service de fichiers de la console. Pour la première fois, il devient donc possible de jouer avec la lecture et l’écriture de la mémoire. La Switch 2 devient donc piratable, sans que l’on puisse pour autant installer un système d’exploitation parallèle pour l’instant.

Pepsipu a confié une grande partie du travail à Codex, l’agent de programmation d’OpenAI, en lui donnant le contrôle d’une Switch 1 et d’une Switch 2 : l’IA envoyait des commandes, récupérait l’image et relançait la console après chaque plantage. Le jailbreak ns2jb a plusieurs limites : il faut le relancer à chaque démarrage avec un ordinateur branché et il n’atteint pas le noyau du système. Mais il permet déjà de copier les jeux déjà déchiffrés par la console, leurs mises à jour, leurs DLC et les sauvegardes, et à lancer des homebrews. Ce qui est assez pour commencer le piratage des jeux Switch 2 sur d’autres consoles, à défaut de pouvoir installer des jeux piratés sur sa Switch 2. Un scénario tout autant un cauchemar pour Nintendo, qui était épargné par le piratage pour l’instant.

Nintendo a réagi discrètement en retirant SmileBASIC 4 de l’eShop, pour empêcher l’exploit. Mais Pepsipu aurait déjà porté son exploit sur WebKit, le moteur web de la console, ce qui rendrait ce retrait inutile. Seule une mise à jour du système peut fermer la faille.

La Switch 2 est une Switch 1 en plus puissant, ce qui facilite le travail des pirates

Depuis sa sortie en juin 2025, de nombreux critiques accusent Nintendo d’avoir menti sur la nature de la Switch 2. Le Japonais prétend qu’il s’agit d’une nouvelle plateforme, mais tout suggère qu’il s’agit en réalité d’une Switch plus puissante. Il faut dire que les deux consoles partagent le même système d’exploitation (c’est rare pour une nouvelle génération de console), la même architecture de processeur et que les jeux sont rétrocompatibles. Beaucoup suggèrent que c’est cette ressemblance qui finira par trahir Nintendo : la Switch 1 est une des consoles les plus piratées de l’histoire, il suffit de trouver une porte d’entrée pour faire la même chose sur Switch 2.

Grâce à un jeu Switch 1, la Switch 2 a donc pu être piratée. Le jailbreak permet de découvrir les vraies différences entre les consoles : son kit de développement porte le nom de code « Ounce » et l’API graphique s’appelle NVN2. La puce graphique Nvidia appartient à la génération Ampere et non plus Maxwell comme sur la Switch 1,e qui a obligé les développeurs à écrire un nouveau traducteur de shaders pour les convertir vers les puces Apple. Un jeu dispose d’environ 9 Go de mémoire selon les développeurs, contre 3,2 Go sur Switch 1. Enfin, l’upscaler neuronal de Nintendo fait passer l’image de 1676×943 à 2304×1296 grâce aux cœurs tensoriels du GPU.

Grâce à cette ressemblance, des hackers s’amusent déjà à porter des jeux Switch 2 sur Switch 1. Pokopia tourne en 720p autour de 30 images par seconde et Mario Kart World, en qualité réduite, sur des Switch 1 piratées et overclockées. Certaines images en ligne sont possiblement fausses (les vidéos trop fluides sont probablement impossibles pour l’instant), mais tout suggère que la tendance va continuer. Dans la communauté pirate de la Switch 1, on trouve des portages de jeux indisponibles comme GTA V. Rien n’empêche les hackers de faire fonctionner les jeux Switch 2 sur Switch 1 en réoptimisant les jeux.

Des jeux Switch sur Mac, iPad et iPhone sans émulation : l’autre exploit rendu possible par le jailbreak

En seulement quelques jours, Nintendo a vu la scène de l’émulation se relancer autour des jeux Switch 2. Mario Kart World et Donkey Kong Bananza démarrent avec des saccades et des ralentissements sur des PC puissants, mais démarrent quand même. Le risque est que les émulateurs s’améliorent : sur Github, des mises à jour sont postées plusieurs fois par jour. L’IA générative fait le travail à la place des hackers.

Le plus problématique pour Nintendo est l’exécution native, rendue notamment possible par le projet nxnative (qui, évidemment, prétend ne pas être là pour encourager le piratage). La puce Nvidia de la Switch, les puces Apple Silicon et les puces Snapdragon des smartphones Android utilisent la même architecture : l’ARM 64 bits. Il n’y a donc pas besoin d’imiter le processeur : les instructions du jeu s’exécutent telles quelles. nxnative adapte le fichier du jeu, recrée les services du système de Nintendo dans un programme hôte et traduit les graphismes NVN vers Metal, l’API graphique d’Apple. Le résultat est sensationnel : un Mac ou un iPhone font tourner des jeux Switch 1 et Switch 2 nativement, en 60 fps, sans aucune émulation.

L’effet dépasse largement la Switch 2. Environ 85 jeux Switch 1 seraient déjà compatibles avec les puces Apple Silicon. Tout ne fonctionne pas encore parfaitement. Sur Mac, Donkey Kong Bananza tient 60 fps avec des chutes à 30 fps dans les scènes chargées. Sur iPhone 17, le premier essai public tombe à 15 fps, tandis que Mario Kart World peut avoir des problèmes avec certains éléments graphiques. Mais combien de temps ces bugs dureront ? Et Nintendo peut-il empêcher ses futurs jeux de tourner sur d’autres plateformes ?

Nintendo a de nouveaux ennemis : des développeurs chinois conçoivent des logiciels pour exécuter des paquets Switch sur macOS ou iOS. Ces outils ne contiennent aucun jeu, mais le service juridique de Nintendo ne le verra probablement pas de cet œil.

Nintendo va corriger la faille dans les prochaines heures, mais le mal est fait

La faille de la Switch 1 était gravée dans le processeur : les 14,8 premiers millions de consoles déjà vendues sont restées piratables à vie. Celle de la Switch 2 est logicielle, donc corrigeable par une mise à jour. Nintendo dispose aussi d’un levier simple : exiger une version récente du système pour les futurs jeux, l’eShop et le jeu en ligne. De quoi bloquer les dumps sur les consoles déjà piratées et préserver son écosystème le plus longtemps.

Le problème est que Nintendo ne peut pas annuler ce qui est déjà sorti. Les dumps des jeux existent et chaque nouvelle faille, qu’elle passe par WebKit ou par un autre logiciel, permettra aux pirates d’aller très vite en récupérant les exploits précédents. Il semble désormais évident que la Switch 2 ne résistera pas au piratage : comme toutes les anciennes consoles de Nintendo, son destin est d’être piratée.

Reste la voie judiciaire, que Nintendo connaît très bien. L’émulateur Yuzu a fermé en mars 2024 en acceptant de payer 2,4 millions de dollars à Nintendo, Ryujinx a disparu de GitHub en octobre 2024 et Gary Bowser, de Team Xecuter, a été condamné à 40 mois de prison en 2022. nxnative se protège en ne contenant pas de jeux et en exigeant des fichiers issus de sa propre console, mais reste un accélérateur du piratage. Le risque commercial est faible (le piratage de la Switch 1 n’a pas empêché la console de cartonner), mais le problème pourrait prendre de l’ampleur si Nintendo ne fait rien.  En France, contourner les protections d’une console reste illégal, y compris pour copier ses propres jeux.

Cet article existe grâce à

Les abonnés Numerama+ offrent les ressources nécessaires à la production d’une information de qualité et permettent à Numerama de rester gratuit.

Zéro publicité, fonctions avancées de lecture, articles résumés par l’I.A, contenus exclusifs et plus encore. Découvrez les nombreux avantages de Numerama+.

S'abonner à Numerama+

Vous avez lu 0 articles sur Numerama ce mois-ci

Il y a une bonne raison de ne pas s'abonner à

Tout le monde n'a pas les moyens de payer pour l'information.
C'est pourquoi nous maintenons notre journalisme ouvert à tous.

Mais si vous le pouvez,
voici trois bonnes raisons de soutenir notre travail :

  • 1 Numerama+ contribue à offrir une expérience gratuite à tous les lecteurs de Numerama.
  • 2 Vous profiterez d'une lecture sans publicité, de nombreuses fonctions avancées de lecture et des contenus exclusifs.
  • 3 Aider Numerama dans sa mission : comprendre le présent pour anticiper l'avenir.

Si vous croyez en un web gratuit et à une information de qualité accessible au plus grand nombre, rejoignez Numerama+.

S'abonner à Numerama+
Toute l'actu tech en un clien d'oeil

Toute l'actu tech en un clin d'œil

Ajoutez Numerama à votre écran d'accueil et restez connectés au futur !


Tous nos articles sont aussi sur notre profil Google : suivez-nous pour ne rien manquer !