Comment innover quand il faut colmater les brèches ?
Depuis une dizaine d’années, PostgreSQL, l’un des systèmes de gestion de base de données open source les plus utilisés au monde, publie sa nouvelle version majeure entre la mi-septembre et la mi-octobre. La version 19 n’aura pas tenu ce calendrier.
Début octobre 2026, l’équipe chargée des sorties a repoussé la date de publication au 19 novembre. La raison ? Tant de bugs venaient d’être découverts et corrigés dans les versions précédentes que les développeurs ont préféré intégrer d’abord ces corrections à une dernière version de test.
Une annonce qui s’ajoute au retrait, quelques semaines plus tôt, de plusieurs nouveautés pourtant attendues dans cette version, dont la possibilité d’interroger des données sous forme de graphes.
Peter Eisentraut, membre de l’équipe dirigeante du projet, attribuait en partie ces abandons tardifs à la relecture de code assistée par l’IA, qui fait désormais remonter les anomalies à un rythme inédit : « On se retrouve avec une liste d’une quarantaine de rapports d’anomalies. Même si chacune ne nécessite en moyenne qu’une correction de trois lignes, leur traitement demande un temps incompressible, et le temps finit par manquer », écrivait l’ingénieur.
Dans un billet publié le 30 octobre et sobrement intitulé« Postgres 19 est en retard, et c’est la faute de l’IA », Robert Haas, l’un des principaux contributeurs du projet, va plus loin encore dans la désignation du bouleversement : « La réponse courte, c’est que les LLM sont arrivés. »
Beaucoup plus de bugs à corriger, mais pas plus d’humains pour le faire
L’ingénieur dresse un double constat. D’un côté, les modèles de langage détectent des failles que des décennies de relecture humaine n’avaient pas débusquées. De l’autre, ils ne lèvent pas pour autant le goulot d’étranglement. Chaque correctif proposé doit encore être compris, validé, adapté aux standards du projet et intégré par des mainteneurs humains. En d’autres termes, l’IA accélère la découverte des bugs bien plus vite que leur résolution.
Pour appuyer sa thèse, Robert Haas compare les modifications apportées au code entre le 8 avril et le 25 septembre de chaque année. Celles reportées sur la version en préparation sont passées de 724 en 2025 à 1 169 en 2026, soit une hausse de 61 %, et celles qui concernent aussi la version précédente, déjà en production, de 248 à 433, soit 75 % de plus.
L’ingénieur l’assure, cette hausse s’explique moins par une multiplication des erreurs des contributeurs que par le nombre croissant d’internautes signalant des bugs découverts à l’aide de LLM.
Selon lui, le temps consacré à ces corrections, notamment celles des failles de sécurité, n’a pas servi à travailler sur la version 19, ce qui a entraîné la décision de retirer certaines fonctions.
Ces failles sont d’ailleurs de plus en plus nombreuses : la mise à jour du 13 août en a corrigé 28, contre 11 en mai. Ni ce décompte ni les chiffres de Robert Haas ne permettent toutefois de savoir combien de ces problèmes ont été découverts grâce à l’IA.
Du bruit aux vrais bugs, un second problème pour l’open source
Si Robert Haas juge le retard de la version 19, pour l’heure, modeste, il se montre moins serein sur le long terme. « Comment allons-nous rattraper notre retard ? », s’interroge-t-il, en admettant ne pas savoir non plus comment le projet pourra continuer à innover.
Il n’est pas le premier à s’inquiéter des effets de l’IA sur l’open source, mais jusqu’ici, les plaintes visaient surtout des rapports inutiles. En janvier, le projet curl, un outil de transfert de données très répandu, a mis fin à ses primes aux bugs pour décourager les signalements de mauvaise qualité.
En mai, Linus Torvalds, le créateur de Linux, dénonçait une « agitation parfaitement inutile » face aux doublons, de nombreuses personnes trouvant les mêmes bugs avec les mêmes outils. Et le 1er octobre, Google a suspendu les nouvelles soumissions à son programme de récompenses open source, en invoquant une majorité de rapports automatisés non valides.
Le problème décrit par Robert Haas est différent, puisqu’il concerne de vrais bugs, si nombreux que les développeurs peinent à les corriger tout en préparant la nouvelle version.
Pour PostgreSQL, le prochain rendez-vous est fixé au 12 novembre, avec une mise à jour annoncée comme riche en correctifs et une dernière version de test de PostgreSQL 19. Si aucun problème n’apparaît, la sortie finale suivra le 19 novembre.
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