Dimanche 7 mai, John Oliver, animateur vedette de l'émission Last Week Tonight, a appelé les téléspectateurs à défendre la neutralité du net en laissant des messages sur le site de la FCC, le régulateur américain des télécoms. Celui-ci a fait l'objet d'attaques par déni de service peu après la diffusion du programme phare de HBO.

Ceux qui doutaient de l’influence de John Oliver, l’animateur de l’émission Last Week Tonight, auront eu une preuve supplémentaire de la portée de ses messages politiques ce dimanche. À partir de minuit, soit une heure après son appel aux téléspectateurs à aller exprimer leur opposition à la mise à mal de la neutralité du net sur le formulaire dédié du régulateur américain des télécoms, la FCC (Federal Communications Commission), le site en question était difficilement accessible.

Lundi 8 mai, dans un communiqué, la FCC, qui s’apprête à revenir sur les principes empêchant la création d’un Internet à deux vitesses (avec un accès privilégié à certains contenus moyennant un abonnement plus cher par exemple)  a reconnu ce problème : « Notre analyse révèle que, depuis dimanche à minuit, le FCC a fait l’objet de multiples attaques par déni de service. […] [Ses auteurs] ne cherchaient pas à déposer des commentaires mais plutôt à empêcher les commentateurs de bonne foi à accéder à la FCC et à y déposer les leurs. »

Si la quasi-concordance de l’appel de John Oliver et des attaques par déni de service laisse supposer que ses auteurs ont été inspirés par cet appel, John Oliver n’a pas appelé les internautes à rendre le site inaccessible — une approche qui nuit à son initiative — mais au contraire à s’y rendre massivement pour faire connaître leur désaccord avec les changements prévus au sujet de la neutralité du net. Plus de 100 000 commentaires ont d’ailleurs été enregistrés après cet appel de l’animateur, qui a créé une URL humoristique dédiée redirigeant vers le formulaire en question, « Gofccyourself.com » :

« Ajit Pai aime faire l’imbécile »

Depuis, l’accès au site de la FCC et au formulaire en question a été rétabli. John Oliver a lancé cet appel à un moment crucial : Ajit Pai, le nouveau président de la FCC nommé par Donald Trump en janvier 2017, a répété à plusieurs reprises son hostilité à la neutralité du net et veut revenir sur les règles de protection adoptées en 2015. Un premier vote important sur le sujet est attendu jeudi 18 mai.

Dans son plaidoyer, John Oliver explique notamment : «  La neutralité du net ne se limite pas à la vitesse d’Internet. Fondamentalement, il s’agit de [faire en sorte] que les fournisseurs d’accès ne puissent pas se livrer à la moindre arnaque qui manipule les choix que vous faites en ligne. » Il s’est aussi attaqué frontalement à Ajit Pai, estimant que même «  si c’est quelqu’un d’intelligent, il aime bien faire l’imbécile » sur les raisons qui justifient selon lui de revenir sur les principes défendant la neutralité du net.

Ce n’est pas la première fois que John Oliver s’érige en défenseur de la neutralité du net : en 2014, il avait déjà appelé à défendre ce principe. La FCC avait alors dénombré la mise en ligne de 4 millions de commentaires, pour la plupart favorables à ce principe, et déjà déploré des problèmes techniques — même s’il ne s’agissait pas à l’époque de DDoS mais bien d’un afflux « normal » de visiteurs. L’animateur s’était dédouané ironiquement de toute responsabilité : «  Je n’ai rien fait, ce sont les gens qui l’ont fait, j’ai juste souligné un problème. »

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