Un chercheur de l'Université du Massachusetts met au point un générateur de discours politiques.

L’art oratoire a longtemps été l’attribut privilégié des hommes politiques. Si l’Assemblée nationale a connu ses grands moments d’éloquence parlementaire — on pense entre autres aux discours de Hugo ou de Mirabeau, surnommé « L’Orateur du peuple » — il suffit de regarder LCP pour se rendre compte que les prises de paroles à l’assemblée suivent un certain canevas qui diffère peu d’un discours à l’autre. Cela pose la question intéressante de savoir si une machine suffisamment intelligente ne pourrait tout simplement pas générer ces discours automatiquement.

C’est en tout cas ce que s’est demandé Valentin Kassarnig, un jeune chercheur à l’Université du Massachusetts à Amherst qui a mis au point une intelligence artificielle capable d’écrire des discours politiques qui pourraient pratiquement passer pour des vrais.

Pour réaliser cette performance, le chercheur a récolté une base de données de plus de 4 000 discours recueillis parmi 53 débats au Congrès américain soit plus de 50 000 phrases de 23 mots en moyenne.

Pour créer son algorithme de génération de discours le chercheur utilise des méthodes de traitement automatique des langues

Pour créer son algorithme de génération de discours le chercheur utilise des méthodes de traitement automatique des langues (TAL) parmi lesquelles les ngramme, des sous-séquences de n éléments qui permettent d’analyser la récurrence de certaines constructions linguistiques. Ces séquences permettent à la machine d’apprendre et de définir par probabilités ses choix de mots.

Kassarnig demande ensuite à l’algorithme d’écrire un discours en lui donnant une orientation (républicain ou démocrate). La machine explore la base de données et choisit un sujet et une séquence de mots comme point de départ, tout le reste est improvisé par l’apprentissage statistique.

Les résultats sont plutôt impressionnants dans la mesure où la machine devine avec très peu d’aide de l’humain un discours plutôt cohérent et syntaxiquement correct. Le chercheur affirme dans son article être satisfait par les résultats, « En particulier par la justesse grammaticale, syntaxique et les transitions de phrases ».

Voici un exemple de discours Démocrate généré par l’intelligence artificielle.

« M. Le Président, pendant des années, des consommateurs honnêtes mais déshérités ont eu la possibilité de plaider leurs cas face à la protection financière pour obtenir que leurs dettes raisonnables soient effacées. De la manière dont le système est supposé fonctionner, la cour qui s’occupe des faillites évalue divers facteurs qui incluent les revenus, les biens et les dettes pour déterminer quelles dettes peuvent être payées et comment les consommateurs peuvent retomber sur leurs pieds. Soutenez la croissance et les opportunités. Votez cette loi. »

Si cette technologie a le potentiel de rendre les débats parlementaires encore plus passionnants, les absentéistes chroniques les politiciens seraient, selon Kassarnig, peu enclins à utiliser ces méthodes. Il ne dit pas cependant si son assertion est basée sur une observation scientifique de la rigueur des hommes politiques.

Le chercheur encourage n’importe quelle personne intéressée de continuer son travail et met à cet effet ses travaux sur GitHub.

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