Quand on évoque le Festival de Cannes, tout le monde pense immédiatement cinéma, stars, belles robes, tapis rouge et Palme d’or. Pas moi. En ce qui me concerne, Festival de Cannes est synonyme de nouveaux jeux, auteurs, éditeurs, illustrateurs et As d’Or. Eh oui, pour moi, comme pour des milliers d’autres joueurs, le rendez-vous incontournable à Cannes n’est pas son festival du cinéma, c’est l’autre : le Festival International des Jeux !

Tous les ans depuis 1986, le Palais des Festivals et des Congrès de la ville de Cannes se transforme en un immense terrain de jeux et héberge son Festival International des Jeux (ou FIJ) durant 3 jours. C’est une manifestation gratuite, ouverte au grand public, et qui accueille de plus en plus de visiteurs et d’exposants. C’est la manifestation ludique la plus importante en France, et l’une des plus importantes en Europe. Pour sa première édition, le FIJ accueillait 10 000 festivaliers. L’an dernier, pour son trentième anniversaire, le festival a connu une affluence de plus de 100 000 visiteurs.

Depuis 1988, un jury composé de journalistes et de professionnels du milieu ludique, décerne l’As d’Or, un prix destiné à promouvoir les jeux qu’ils estiment les plus à même d’attirer et de plaire au grand public. Depuis une dizaine d’années, ce jury distingue 3 catégories : l’As d’Or Tout public, l’As d’Or Enfant et l’As d’Or Expert.

Le jury distingue 3 catégories : l’As d’Or Tout public, l’As d’Or Enfant et l’As d’Or Expert

Kingdomino, qui a déjà fait l’objet d’une présentation dans notre article présentant les meilleurs jeux pour les débutants a concouru dans la catégorie Tout public de l’édition 2017. Trois autres jeux lui ont disputé le prix le plus convoité : Codenames, Imagine et Unlock. La vie étant bien faite, vous trouverez la présentation de ces jeux dans la suite de cet article.

Vous pouvez aussi vous économiser quelques minutes de lecture et vous jeter directement sur ces 4 boîtes : ils sont tous excellents et font partie de mes coups de cœur de ces derniers mois !

Codenames, associez vos idées

Principe

Codenames

Sans doute vous souvenez-vous de Pyramide, le jeu télévisé présenté par Patrice Laffont. Deux équipes s’y affrontaient et le but était de faire découvrir à son partenaire un mot en en utilisant plusieurs autres. Codenames reprend un peu le même principe, à une différence notable près : ici le but est de faire découvrir le maximum de mots à l’aide d’un seul indice.

Dans Codenames, deux équipes, bleue et rouge, s’affrontent pour découvrir en premier une liste de 8 mots spécifiques à chacune d’elle. Dans chaque équipe, un joueur tient le rôle d’émetteur, les autres étant récepteurs. Un carré de 25 cartes-mots est disposé au centre de la table. Les deux émetteurs disposent d’une carte commune sur laquelle figure l’emplacement des mots à faire deviner à leur équipe respective. À tour de rôle, ils énoncent un seul mot indice et un nombre. Par exemple, Fraise 3 signifie qu’il existe 3 cartes au centre de la table en rapport avec l’indice Fraise.

Les récepteurs vont désigner l’une après l’autre les cartes qu’ils pensent correspondre à l’indice. Si la carte désignée figure effectivement sur leur liste, on la recouvre d’une tuile à leur couleur. En cas d’erreur, le tour s’interrompt immédiatement, et c’est à l’équipe adverse de jouer. Si la carte désignée appartient à l’autre équipe, elle est recouverte d’une de leurs tuiles. S’il s’agit d’une carte neutre, on y place une tuile neutre. Mais attention à ne surtout pas désigner le mot interdit, l’une des cartes parmi les 25, connue des deux émetteurs, car dans ce cas c’est une victoire immédiate pour les adversaires. La première équipe à recouvrir tous ses mots remporte la partie.

Notre verdict

Codenames est sans conteste à classer parmi les jeux d’ambiance, mais ne vous attendez pas à des éclats de rire comme pour d’autres jeux de ce genre. L’atmosphère y est plus feutrée, plus calme, mais le plaisir et l’amusement sont bien présents. Le rôle de l’émetteur, bien qu’un peu plus compliqué, est vraiment grisant, surtout quand on parvient à faire deviner 3 ou 4 mots avec un seul indice. Moment épique ! Il doit également s’adapter à ses coéquipiers, à leur culture, à leur âge : on ne joue pas de la même façon avec un enfant qu’avec une grand-mère.

Codenames a obtenu le prestigieux Spiel des Jahres en 2016

Le champ des possibles se réduit au fur et à mesure que la partie avance, mais dans le même temps on prend de plus en plus de risques, on ose des associations de plus en plus tarabiscotées, pour distancer ou rattraper les adversaires. Les récepteurs doivent être attentifs tout au long du jeu, aussi bien aux indices donnés par leur émetteur qu’à ceux donnés par l’émetteur adverse. Il n’est pas rare de rebondir en fin de partie sur un indice donné en tout début. Les techniques s’affinent au fur et à mesure des parties, et le jeu offre une vraie courbe d’apprentissage.

Je vous conseille la configuration à partir de 6 joueurs, même s’il est possible d’y jouer à moins : à minima deux récepteurs dans chaque équipe, qui pourront discuter et partager leur point de vue. Codenames plaira particulièrement aux amateurs de jeux de lettres, mais pas que, loin de là.

Il existe une autre boîte, Codenames Images, qui reprend exactement le même principe que l’original, mais avec des images sur les cartes à la place des mots. Le choix entre l’une ou l’autre boîte se fera en fonction des affinités de chacun : votre imagination, et celle de vos camarades de jeu, est-elle plutôt stimulée par les mots ou par les images ? En ce qui me concerne c’est sans conteste les mots qui libèrent mon esprit, les images ayant tendance à trop me contraindre dans ce que je vois. Mais cela est, bien entendu, purement subjectif.

À noter que Codenames a obtenu le prestigieux Spiel des Jahres en 2016, le jeu de l’année en Allemagne, le prix le plus convoité en Europe et même dans le monde.

  • Un jeu de Vlaada Chvátil
  • Illustré par Tomáš Kucerovsky, Stéphane Gantiez et Filip Murmak
  • Édité par Iello
  • Pour 2 à 8 joueurs à partir de 12 ans
  • Pour des parties d’environ 15 minutes
  • Environ 20 euros / 17,5 € sur Philibert

Imagine, superpose-moi un mouton

Principe

Imagine

Le monde se divise en deux catégories : ceux qui ont un pistolet chargé, et ceux qui creusent. C’est exactement la même chose pour les jeux de dessins : il y a d’un côté ceux qui savent dessiner, et de l’autre ceux qui ne savent pas, et pour qui c’est un vrai calvaire. Imagine vient à la rescousse de ces derniers, puisque dans ce jeu, venu tout droit du Japon, nul besoin de savoir dessiner, il suffit simplement d’avoir un peu d’imagination.

Imagine est principalement composé de 60 cartes transparentes, illustrées de symboles, de pictogrammes, d’icônes, représentant quelque chose de concret (par exemple un bonhomme ou un parapluie) ou d’abstrait (comme un demi-cercle ou un triangle). À son tour, le joueur pioche une carte énigme sur laquelle il choisit une proposition qu’il doit faire deviner à ses camarades. Il peut s’agir d’un lieu, d’un personnage, d’un film, d’un objet, etc.

Le joueur utilise autant de cartes transparentes qu’il souhaite pour faire deviner son énigme. Il peut les assembler, les superposer et les combiner. Il peut aussi cacher une partie de l’illustration avec ses doigts, ou encore les animer. En revanche, il n’a pas le droit de parler, de chanter, de bruiter ou de mimer. Pendant qu’il réalise son œuvre, les autres joueurs donnent autant de propositions qu’ils le souhaitent. Dès qu’un joueur trouve la bonne réponse, ils gagnent un point chacun. Puis c’est autour du joueur suivant de faire deviner en piochant une nouvelle carte énigme, et ainsi de suite.

Notre verdict

Comme expliqué en préambule, aucun talent artistique n’est nécessaire pour jouer à Imagine, ici c’est l’imagination qui prime. Les premiers tours sont souvent un peu plus difficiles, le temps que tous les joueurs comprennent bien la gymnastique de l’esprit qu’il est nécessaire d’adopter. Mais au bout de quelques minutes, les idées fusent et on se met à assembler les cartes, on construit parfois même de petites scénettes, et on anime le tout. Dans le pire des cas, chaque proposition est accompagnée d’un indice qui peut débloquer la situation. Le gros point fort d’Imagine est son aspect tout public.

 Le gros point fort d’Imagine est son aspect tout public

Il est en effet tout à fait possible de jouer entre enfants et adultes, quitte à permettre aux plus jeunes de changer de carte énigme si les propositions ne les inspirent pas. Et surtout, c’est typiquement le genre de jeux où on distribue des points, mais où on n’en tient absolument pas compte au final : ici, l’important n’est pas la victoire, mais le plaisir à faire deviner une proposition qui nous semblait insurmontable de prime abord. Il en est de même pour les joueurs qui essaient de deviner ce que peut bien représenter cet assemblage de pictogramme.

À force de faire des propositions, les idées rebondissent les unes sur les autres, et il est plutôt rare que l’énigme ne soit pas découverte. D’ailleurs, au départ, on a souvent tendance à ajouter des cartes pour aider ses camarades en panne d’inspiration, pour se retrouver finalement avec une scène surchargée. Avec un peu d’habitude, on se rend compte qu’il est au contraire beaucoup plus efficace d’aller à l’essentiel, voire  parfois de faire dans le minimalisme… à la japonaise.

Imagine joue dans la même catégorie que Codenames. Il est néanmoins plus accessible que ce dernier, plus familial, et sans doute plus drôle. À chacun d’aller vers ses préférences… pour ma part j‘ai acheté les deux.

Pouvait-on imaginer Imagine remporter l’As d’Or ? Évidemment, tant c’est un jeu évident et fédérateur, qui permet à tout le monde de passer un excellent moment. On s’y amuse, on rigole, et on taquine gentiment celui qui s’est lancé dans un assemblage totalement improbable et incompréhensible.

  • Un jeu de Hiromi Oikawa, Motoyuki Ohki, Shingo Fujita, Shintaro Ono et Shotaro Nakashima
  • Illustré par Laura Michaud et Shintaro Ono
  • Édité par Cocktail Games et MGA
  • Pour 3 à 8 joueurs à partir de 12 ans
  • Pour des parties d’environ 30 minutes
  • Environ 20 euros / 19,90 € chez Philibert.

Unlock, l’escape room à domicile

Principe

Unlock

L’histoire des escape rooms commence en 2005, avec un jeu vidéo japonais, dans lequel on est enfermé dans une pièce d’où il faut s’échapper, en trouvant des éléments cachés dans le décor et en parvenant à résoudre des énigmes. Le concept est repris en grandeur nature, d’abord en Asie, puis peu à peu partout dans le monde. Mais deux petites ombres viennent ternir le tableau. Premièrement, le jeu s’arrête au bout du temps imparti, quoi qu’il arrive. Et c’est frustrant. Deuxièmement, c’est un loisir assez onéreux : comptez 20 à 35 € par personne et par partie. C’est là qu’Unlock entre en scène.

Unlock vous propose de vivre une aventure de type escape room, mais chez vous, dans votre salon, entre amis ou en famille. Il faut au préalable installer une application (gratuite) sur votre smartphone ou tablette (iOS ou Android). Elle sert de compte à rebours, distille des indices si vous êtes bloqués, valide (ou non) les codes que vous aurez trouvés, et attribue un score à votre équipe en fin de partie.

Le système de jeu est d’une simplicité déconcertante. Une aventure d’Unlock est composée de 60 cartes numérotées et joliment illustrées, chacune appartenant à l’une des 4 catégories : les objets qui se combinent entre eux (par exemple une Porte avec une Clé), les mécanismes, sorte de mini-énigmes, à résoudre, les codes à découvrir puis à entrer dans l’application, et une dernière catégorie regroupant diverses choses (lieux, indices, etc.).

La première carte présente l’intrigue. On enclenche le compte à rebours, et c’est parti pour une heure à se triturer les méninges. Son verso représente le plan de la pièce, et différents numéros y figurent, correspondants aux cartes à chercher dans le paquet. De fil en aiguille, en combinant les cartes entre elles, en résolvant des énigmes à l’aide d’indices, et en se faisant éventuellement aider par l’application, on avance dans le scénario, jusqu’au dénouement final.

Notre verdict

Chaque aventure est prévue pour être jouée en 60 minutes. Mais en fonction de votre habileté à résoudre les énigmes, du nombre de joueurs, de votre habitude pour ce genre de challenge, vous pourrez passer de la moitié au double. Mais rassurez-vous, l’important n’est pas la performance mais l’amusement et le bon temps passé ensemble.

Unlock propose 3 aventures aux thèmes variés : la première dans une ambiance de film d’espionnage, la seconde à l’esprit loufoque, à la manière du vieux jeu vidéo Day of the Tentacle, et la dernière dans une ambiance type Indiana Jones. Elle propose également une mini-aventure qui fait office de tutoriel et vous évite totalement de lire les règles.

Pour avoir joué l’ensemble des scénarios en l’espace d’un week-end, je peux vous assurer que l’expérience est absolument prenante, on ne voit pas le temps défiler. Sans rien dévoiler des différentes énigmes, sachez que plus d’une fois vous serez surpris par l’ingéniosité des auteurs, allant même jusqu’à crier au génie dans certaines situations, tout juste après avoir pesté contre leur esprit machiavélique. Et surtout, Unlock s’affranchit des deux bémols d’une vraie escape room : vous disposez de 3 aventures à jouer à plusieurs pour le prix d’une seule séance, et vous n’êtes pas limités dans le temps, rien ne vous empêchant de dépasser la durée prévue (en-dehors d’un mauvais score final dont on se fiche éperdument).

Bonne idée supplémentaire : une version de démonstration du jeu est téléchargeable, incluant le même tutoriel que dans la boîte ainsi qu’une petite aventure d’introduction. Quelques impressions et coups de ciseaux plus tard, vous voilà prêt pour tester le concept avant un achat éventuel.

Pour les quelques grincheux du fond qui s’inquiètent d’acheter un jeu sans possibilités d’y rejouer : comptez le nombre de romans lus une seule fois qui encombrent votre bibliothèque, ou le nombre de films visionnés une seule fois qui trainent au fond de vos tiroirs. Et puis, rien ne vous empêche de prêter, offrir ou revendre le jeu une fois toutes les aventures jouées.

Une version de démonstration du jeu est téléchargeable, incluant le même tutoriel que dans la boîte

Même si Unlock ne parvient pas à remplacer une vraie escape room, c’est un jeu absolument génial, une vraie expérience palpitante à vivre à plusieurs, et un gros coup de cœur en ce qui me concerne. Et à priori le jury était du même avis que moi puisque c’est à lui qu’a été décerné l’As d’Or 2017.

  • Un jeu de Cyril Demaegd (avec des scénarios de Cyril Demaegd, Alice Carroll et Thomas Cauët)
  • Illustré par Pierre Santamaria, Legruth et Florian Gesincourt
  • Édité par Space Cowboys
  • Pour 2 à 6 joueurs à partir de 10 ans
  • Pour des parties d’environ 60 minutes
  • Environ 27 euros / 26,90 € chez Philibert

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