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C'est arrivé avant, cela arrivera encore.

En 2005, Battlestar Galactica arrivait en France. Parce que son ambiance spatiale enivrante et l'immense talent des acteurs nous font vivre une histoire futuriste guidée par l'espoir, il est plus que temps de redécouvrir cette série culte.

 

Trente-trois secondes

Avant que je ne me lance dans Battlestar Galactica pour la première fois, il y a un peu plus d’un an, beaucoup de gens avaient tenté de m’en dissuader ; je ne compte pas le nombre de personnes qui m’avaient prévenue que, si ses deux premières saisons étaient excellentes, ses deux dernières étaient un gâchis et son series finale ridicule et frustrant. Mais mon besoin de me forger ma propre opinion l’a emporté, aidé par le vide consécutif à la fin d’un énième marathon Gilmore Girls, et j’ai lancé la première partie de Battlestar Galactica : miniseries, le téléfilm qui introduit la série.

Moins d’un mois plus tard, j’en achevais le series finale bouleversée, et c’est sans aucune exagération que je peux affirmer que Battlestar Galactica et sa conclusion m’ont, à leur façon, sauvé la vie. Pourtant je comprenais aisément (sans les considérer comme tels) les défauts que nombre de fans y trouvaient  : une relative absence d’explications rationnelles et scientifiques au profit d’une conclusion qui laisse une grande place à la spiritualité, décision que beaucoup ont perçu comme du prosélytisme.

Certains ont cru voir une volonté du showrunner Ron D. Moore de glorifier la chrétienté dans la série même si cette religion est absente de tout l’univers. Des mots comme « anges » utilisés par certains personnes ont, c’est vrai, pu entretenir l’ambiguïté. Mais la fin aux tonalités mystiques n’était pour moi, ni plus ni moins, qu’une conclusion parfaite à ce qu’avait été la série dès le début.

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Battlestar Galactica est évidemment un brillant show militaire et politique, traitant de la guerre entre les Cylons et leurs créateurs et de la survie de l’espèce humaine, doublé d’une narration hautement philosophique qui pousse à la réflexion, que ce soit sur ce qui définit l’humanité telle qu’on la conçoit, sur le libre arbitre ou encore sur les dangers que peuvent engendrer une diabolisation systématique de ses adversaires. Mais tout au long des quatre saisons que compte la série, la constante reste son exploration de la foi – sous toutes les formes qu’elle peut adopter – et de son impact sur notre existence.

Et la foi ne nous apportera fatalement jamais toutes les réponses que nous désirerions avoir, car elle repose par définition sur notre capacité à croire en quelque chose sans réclamer de preuves, à accorder notre confiance sans justification. Un état de fait qui peut être décevant, voire irritant de prime abord, surtout si l’on est obsédé par les explications logiques, mais qui lorsqu’on l’examine en laissant un moment de côté son esprit cartésien a beaucoup plus à nous offrir qu’une résolution qui se serait contentée de nous donner des explications fermement ancrées dans ce qu’on nomme « réalité ». Alors si vous avez été rebutés par l’aspect religieux de la série à l’époque et qu’il vous a dérangé, je vous en conjure, donnez-lui une nouvelle chance : vous ne le regretterez pas. Parole d’agnostique.

Et puisque c’est la question à laquelle vous êtes venus chercher une réponse, osons la reposer : pourquoi 2015 est-elle si propice à se replonger dans ce space opera post-apocalyptique ?


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There’s Too Much Confusion
– I Can’t Get No Relief

La première raison est on ne peut plus égoïste. Rassurez-vous, si c’est l’altruisme qui guide vos choix télévisuels, votre tour viendra.

On ne choquera probablement personne en affirmant que 2015 a été une année plutôt difficile émotionnellement, à l’échelle globale. Les attentats qui ont frappé la France début janvier ne faisaient qu’annoncer la couleur d’une année qui allait aligner les injustices et les tragédies.

On a l’embarras du choix.

  • La guerre en Syrie, et les virulents réfractaires à l’accueil des réfugiés qui s’empressent de faire part aux médias de leur haine en l’habillant, pour les plus pudiques d’entre eux, d’un pseudo pragmatisme.
  • Les morts par balles accidentelles et fusillades aux États-Unis – que ce soit celle de Charleston, de Lafayette, ou ces autres dont on a déjà oublié les noms parce qu’elles sont si fréquentes que notre cerveau ne peut plus retenir les détails, mais juste l’horreur ressentie encore et encore devant l’absurdité de ces vies perdues.
  • On peut y ajouter les toujours trop nombreuses femmes assassinées, décédées sous les coups de leurs conjoints ; violées ; harcelées dans la rue, au travail et sur le net ; ou, pour les plus « chanceuses », seulement victimes de disparités salariales et de toutes ces violences psychologiques – des injonctions parfois subtiles mais non moins présentes – qu’entraîne la vie dans une société patriarcale.
  • Ou encore, grâce aux réseaux sociaux et à la viralité de telles informations, une prise de conscience douloureuse des violences subies par les « minorités » qu’on avait, par le passé, rendues invisibles. Dernièrement, pas un mois n’a semblé passer sans qu’on apprenne le meurtre d’une femme ou d’un homme transexuel.le, ou le suicide d’adolescent.e.s transgenres.

Un rappel à la réalité primordial, une mise en avant nécessaire de souffrances que personne ne devrait pouvoir ignorer, mais néanmoins une accumulation d’informations dures à assimiler sans ciller.

Alors quand on ajoute à ces quelques éléments déjà alarmants toutes les mauvaises nouvelles qu’on peut recevoir chaque jour, il est facile de se sentir abattu. De se retourner sur l’année écoulée et de se demander s’il ne serait pas plus simple d’annihiler l’ensemble de l’espèce humaine et de laisser la terre à des gérants plus compétents et moins autodestructeurs que nous, comme ces chats qui sont capables d’utiliser des toilettes ou ces loutres qui se tiennent par la patte en flottant.

Et c’est précisément pour cela que vous devriez revoir Battlestar Galactica.


« Je suis venue à bord du Galactica pour raconter une histoire. Pour être tout à fait honnête, je pensais déjà savoir ce que cette histoire était avant d’avoir mis le pied ici : comment ces militaires arrogants laissent leurs egos affecter leur travail, celui de préserver les vies de la population civile. Mais j’ai découvert que la vérité était bien plus complexe que ça. Ces gens ne sont pas des Cylons. Ils ne sont pas des robots suivant aveuglément des ordres et cirant leurs bottes. Ce sont des personnes. Profondément imparfaites, mais également profondément humaines, et peut être que cela revient à dire la même chose.

Ce qui m’a le plus impressionnée est qu’en dépit de tout ça : les difficultés, le stress, le danger omniprésent d’être tué, en dépit de tout ça ils n’abandonnent jamais. Ils ne s’allongent jamais sur la route pour laisser le camion les écraser. Ils se réveillent au petit matin, enfilent leurs uniformes et font leur travail. Chaque jour. Pas de salaire, pas de repos, pas le moindre espoir d’un jour pouvoir laisser quelqu’un d’autre porter le poids qu’ils ont sur leurs épaules ou faire leur travail. Il n’y a pas de troupes de secours qui arrivent, pas de flotte Coloniale entraînant de nouvelles recrues chaque jour. Les gens sur Galactica sont tout ce qu’il nous reste. Ils sont la fine ligne de défense qui nous sépare des Cylons.

Lieutenant Gaeta m’a fait part d’une statistique remarquable : aucun membre de l’équipage du Galactica n’a demandé à démissionner. Pas un seul. Pensez à ça. Si vous portiez l’uniforme, ne voudriez-vous pas démisionner ? Vous retirer et dire « Assez ! Laissez quelqu’un d’autre protéger la flotte » ? Je sais que je le voudrais. Mais le fait est que je ne porte pas d’uniforme. La plupart d’entre nous n’en portent pas, et la plupart de nous n’en porteront jamais. »

Battlestar Galactica, saison 2, épisode 8.

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Journalisme galactique

Ce discours, tenu par une journaliste réalisant un reportage sur les membres de l’équipage du Galactica, pose les bases d’un thème qui refera souvent surface au fil des épisodes : la résilience de ces individus face à l’adversité, et leur capacité à continuer à mener un combat qui paraît pourtant dénué de sens. Au cours des quatre saisons que compte la série, chacun de ses personnages est mis à l’épreuve, encore et encore. Inlassablement, on les voit se relever ; abîmés, certes, mais se tenant bien droits.

Pire, puisque les épreuves qu’on les voit traverser ne sont pas suffisantes, une prédiction répétée fréquemment par plusieurs personnages nous annonce que ce cycle de destruction est voué à se répéter : « All of this has happened before and it will happen again. » (S01E08)

Et c’est en dépit de tout cela que la flotte continue à se battre, à la recherche d’une nouvelle planète habitable qu’ils ne trouveront peut-être jamais.

De eux à nous,
il n’y a qu’un pas.

Certes, nous ne portons pour la plupart pas d’uniforme, mais nous avons tous des obstacles à traverser et des ennemis à combattre — et j’étais justement aux prises avec l’un des miens quand j’ai découvert Battlestar Galactica. Bipolaire, diagnostiquée depuis 5 ans à l’époque, et malheureusement peu réceptive aux traitements qu’on avait pu essayer, j’étais familière des périodes de dépression, en en traversant justement une énième tandis que j’enchaînais les épisodes de la série.

Alors que je regardais ces robots et ces humains se détruire, j’étais incapable de faire taire la voix qui me demandait pourquoi je m’obstinais — pas à regarder la série, qui elle me captivait, mais bel et bien à vivre. Si je savais que mon état passerait, que je finirais par aller mieux, je savais aussi que la dépression reviendrait, et que le cycle se répéterait encore et encore, jusqu’à ce que ma mort vienne éventuellement y mettre un terme.

Les « It happened before, and it will happen again. » du show sonnaient à mes oreilles comme une plaisanterie cruelle. Une menace déjà mise à exécution qu’on ne voulait pas me laisser oublier. Et si les personnages de la série se réfugiaient, eux, derrière des religions et des prophéties pour justifier leur obstination, je n’avais aucun de ces opiums auxquels me raccrocher. Juste cette question :


pourquoi ?

 

Et puis quelque chose de merveilleux s’est produit. La fin de Battlestar Galactica, dont je m’attendais à ce qu’elle soit aussi sombre que le reste du show et qu’elle m’achève, m’a au contraire redonné espoir. Non pas avec la promesse vaine d’un bonheur éternel pour ses personnages. Tout simplement en me rappelant que, brève ou longue, toute période où on peut lâcher ses armes et se reposer mérite le combat qui l’a précédée — et que, aussi infime soit-elle, la possibilité que les choses tournent différemment cette fois-là existe, à condition qu’on n’ait pas quitté la partie.

L’espoir fait l’humanité, bien plus parfois que tout autre caractère qu’on pourrait lui attribuer.

2015 a été semée de morts inutiles, de conflits absurdes, de souffrances et d’épreuves et 2016 ne s’annonce pas sous de meilleurs auspices. Mais, comme l’équipage du Galactica s’est battu, nous avons le choix de nous battre pour, peut-être, aider à faire que l’année à venir soit un peu moins sombre.

Et si nos efforts s’avèrent vains cette fois-ci, il y aura toujours 2017.

« — Tout ça s’est déjà produit par le passé. Mais la question demeure : cela doit-il nécessairement se reproduire ?

— Cette fois je parie que non.

— Tu sais, je ne t’ai jamais connue jouant à l’optimiste. Pourquoi un tel revirement ?

— Les mathématiques, la loi des moyennes. Laisse un système complexe se répéter suffisamment longtemps, et finalement quelque chose de surprenant pourrait se produire. Cela fait également partie du plan de Dieu.

— Tu sais que Ça n’aime pas ce nom. »

 

Battlestar Galactica, saison 4 épisode 20

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There Must Be Some Kind Of Way Out Of Here

Si vous êtes quelqu’un de naturellement positif et que l’argument ci-dessus n’a du coup pas éveillé en vous le besoin de revoir Battlestar Galactica – ou qu’il ne suffit pas à justifier les dizaines d’heures que vous devrez passer devant l’écran ce faisant, pas de panique : vous n’avez peut-être pas considéré le pouvoir que cette série peut avoir sur autrui.

Car, non contente d’avoir testé nos nerfs, 2015 semble aussi être une année qui cherche à tester notre capacité à faire preuve de bienveillance envers ceux qui en ont besoin ; à ne pas rejeter ceux qui sont différents sur la seule base de l’incompréhension qu’ils font naître en nous – une incompréhension qu’il ne faut en aucun cas autoriser à se muer en peur ou en haine ; et, enfin, à laisser de côté les différences qui nous séparent pour chercher ce qui nous unit tous, quel que soit notre couleur de peau, notre orientation sexuelle, notre genre, le pays d’où l’on vient ou la religion vers laquelle on se tourne. Des petites choses qui sont évidentes pour certains (ces gens, toujours trop peu nombreux, qu’on peut qualifier, à choix, de tolérants, d’ouverts d’esprit, ou plus simplement d’humains décents) mais qui restent malheureusement difficiles à entendre pour beaucoup.

Une solution au problème qu’est le racisme existe et tient en seulement 73 épisodes et quelques téléfilms.

Alors, cette année, au lieu de passer vos fêtes de Noël à vous plaindre sur Twitter de votre oncle, grand-mère, sœur, cousin, tante et de ses remarques racistes ou sectaires, vous pouvez prendre ce membre de votre famille par la main, vous installer avec lui devant une télévision, et laisser Battlestar Galactica lui enseigner les bases de la tolérance. Effectivement, depuis près de dix ans, une solution au problème qu’est le racisme existe et tient en seulement 73 épisodes et quelques téléfilms.

À coup sûr, cette personne se reconnaîtra avec joie dans les humains, et exprimera sans retenue son aversion pour les Cylons ; elle hochera sûrement la tête devant les discours ignorants et odieux proférés par les habitants des 12 Colonies à l’égard de ces êtres différents, dont la réalité des émotions est si facile à nier parce qu’ils ne partagent pas leurs origines. Elle dressera peut-être même des parallèles entre la destruction de Caprica et l’état actuel de sa Mère Patrie, lui prédisant un avenir aussi sombre si on laisse « nos Toasters à nous » nous envahir (mais elle a le droit, elle-même possédant un de ces appareils dans sa cuisine). Ce sera difficile à supporter, mais prenez votre mal en patience. Acquiescez silencieusement, en vous contentant de ne pas la laisser arrêter d’enchaîner les épisodes jusqu’à la saison 2.

Battlestar Galactica

Si la vue de ces « nobles humains » – qui avaient gagné son affection pour une simple raison d’identification immédiate à quelque chose de semblable à elle – organisant des missions kamikazes  ne suffit pas à ébranler ses convictions sur ceux qu’elle considérait par défaut comme «  les gentils », tenez bon. Les préjugés sont durs à déloger. Restez fort, et attendez que le Galactica croise la route du Pegasus.

Au cas où revoir cet arc narratif vous sortirait de l’esprit des fêtes, n’hésitez pas à la laisser seule devant la télévision. Mais ce serait dommage d’avoir enduré sa compagnie si longtemps et de ne pas assister au moment où, peu importe sa mauvaise foi, elle ne pourra plus trouver d’excuses à ses chers humains. Quand elle observera tous ces Hommes en uniforme se réjouir d’avoir une nouvelle prisonnière Cylon à violer à la chaîne, après avoir infligé ce traitement et bien d’autres tortures à celle déjà en leur captivité.

— Tout ce que nous savons c’est que nous sommes des Cylons. Mais dans chaque autre aspect, nous sommes toujours les mêmes personnes.
— Vous êtes de foutues machines !
— Je ne sais pas. Mais ce que je sais, c’est que nous ne sommes pas mauvais. Nous ne sommes pas inhumains. Et nous sommes tout aussi terrifiés et confus que vous l’êtes.

Battlestar Galactica, saison 4 épisode 5

À cet instant, si elle n’a pas compris d’elle-même, offrez lui un peu de votre temps. Expliquez lui que les actes barbares et ignobles ne sont pas l’apanage d’une seule catégorie de personnes. Que, Cylons ou humains, tous sont logés à la même enseigne face à l’infamie. Que tout ce dont un homme a besoin pour se transformer en monstre, c’est de la conviction aberrante que l’individu qui lui fait face est si différent de lui qu’il ne mérite pas d’être considéré comme son égal. Si après tout cela, elle ne comprend toujours pas l’absurdité de la haine qu’elle nourrit pour ceux qui ne sont pas comme elle, baissez les bras.

Et spoilez-lui les Final Five. Elle l’a mérité.


— Si c’était vrai, et c’est un gros si, comment je peux savoir que cette force a notre meilleur intérêt en tête ? Comment tu sais que Dieu est de ton côté ?
— Je ne le sais pas. Dieu n’est pas du côté de qui que ce soit. Dieu est une force de la nature au delà du bien et du mal. Le bien, le mal, nous les avons créés. Vous voulez briser le cercle ? Le cercle de naissance ? Mort ? Renaissance ? Destruction ? Fuite ? Mort ? Eh bien, c’est entre nos mains, et nos mains seulement.

Mais cela demande que l’on vive dans l’espoir, et non dans la peur.

Battlestar Galactica, saison 4 épisode 20

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