Amber Rudd, ministre de l'intérieur britannique, estime ne pas « avoir besoin de comprendre » le chiffrement pour savoir qu'il peut notamment aider des « criminels » à échanger des messages en toute confidentialité comme pour légiférer sur le sujet.

Deux mois après avoir affirmé que « les gens normaux » n’ont pas besoin du chiffrement, la ministre de l’intérieur britannique, Amber Rudd, se retrouve de nouveau sous le feu des critiques pour une déclaration maladroite sur le sujet.

À l’occasion d’une intervention lors de la Convention du Parti conservateur rapportée par la BBC, Amber Rudd était amenée à répondre à un membre du public qui l’interrogeait sur sa compréhension personnelle du chiffrement. L’occasion pour elle de fustiger les grands noms de la tech : «  Il est tellement courant d’être pris de haut dans ce secteur. […] Nous suivrons les conseils d’autrui mais j’ai le sentiment qu’une vague de critiques attend ceux qui, comme nous, tentent de légiférer dans de nouveaux secteurs. Nous sommes systématiquement méprisés et moqués parce que nous ne le ferions pas bien. »

Dans sa réponse, la ministre de l’intérieur a toutefois fini par admettre sa méconnaissance du sujet : « Je n’ai pas besoin de comprendre comment fonctionne le chiffrement pour comprendre comment il aide — avec le chiffrement de bout en bout — les criminels ». Et ce alors que plusieurs députés britanniques recourent quotidiennement à WhatsApp, à l’instar du ministre des affaires étrangères Boris Johnson, qui en a même fait un outil de communication politique.

Le chiffrement, cible fétiche mais mal comprise des gouvernements

Cette déclaration maladroite n’a pas manqué de provoquer une série de commentaires sarcastiques sur les réseaux sociaux, tels que «  Amber Rudd a poursuivi : ‘Je n’ai pas besoin de comprendre ce que sont les téléphones et les voitures pour savoir que les criminels les utilisent. Interdisons-les ! »

Surtout, l’aveu d’Amber Rudd rappelle à quel point les hommes et femmes politiques, prompts à dénoncer, au lendemain de chaque attentat, l’usage de messageries chiffrées — qu’il s’agisse de WhatsApp ou de Telegram — par les terroristes, semblent difficilement saisir le fonctionnement technique du chiffrement. Celui-ci permet d’échanger des messages visibles seulement de l’expéditeur et du destinataire, sans possibilité d’interférence dans la transmission du contenu.

Emmanuel Macron avait notamment démontré sa méconnaissance du sujet en juin 2017. Amber Rudd a pour sa part répété qu’elle ne voulait pas instaurer de portes dérobées dans les services de chiffrement, ni bannir celui-ci, sans toutefois préciser ce qu’elle entendait par conséquent changer en la matière.

WhatsApp

« On affaiblirait la sécurité de tous »

Michael Beckerman, responsable de l’Internet Association, qui regroupe de nombreux géants du secteur comme Google, Amazon et Microsoft, n’a pas manqué de pointer à Amber Rudd la difficulté du problème : « Même si chaque entreprise que nous représentons disait ‘OK, on arrête le chiffrement’, on affaiblirait la sécurité de [l’ensemble de ces sociétés] mais cette technologie serait encore utilisable par d’autres sur d’autres plateformes. »

Une intervention qui lui a valu une réponse cinglante de la ministre de l’intérieur britannique : « Je ne demande pas que vous nous donniez le code. Je comprends le principe du chiffrement de bout en bout — il ne peut pas être détricoté. » Elle appelle donc les entreprises concernées par le chiffrement à collaborer avec les autorités. Sa visite au sein de la Silicon Valley, cet été, n’a visiblement pas suffi à convaincre les intéressés.

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