Une cinquantaine de lycées de la région Grand Est passe au « tout numérique », sans toutefois que la question de l'équipement des familles n'ait été résolue. La rentrée qui s'annonce pour les foyers les plus précaires face à l'informatique interroge.

Cinquante lycées vont expérimenter un passage au « tout numérique » dans les salles de classe de la région Grand Est : manuels, espace de travail, etc. rejoindront le web à la rentrée.

Le « Lycée 4.0 » du Grand Est

L’objectif de ces essais est de tendre à une généralisation dans cette région qui compte 355 établissements. Les avantages sont connus pour les enseignants et les étudiants : cartables moins lourds, accès dynamique aux contenus, flexibilité et efficacité des outils web. La région a en outre pris en charge les contrats avec les éditeurs pour les e-manuels qui seront accessibles gratuitement par le web. Enfin, le conseil régional rêve également d’un espace numérique de travail commun pour les plus de 200 000 lycéens que compte le Grand Est.

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CC Jeremy Wilburn

Mais côté parents et élèves, ce passage forcé au numérique inquiète certaines familles et fait peser une grave augmentation du prix de l’école pour les plus pauvres. Les élèves sont en effet invités à utiliser leurs ordinateurs personnels pour l’école numérique. Néanmoins il est également proposé aux familles de s’équiper à coût plus ou moins réduit à travers des achats groupés. L’appel d’offre de la région s’est soldé par la proposition suivante : une tablette avec clavier à 372 €, un ordinateur portable à 452 €, un second modèle d’ordinateur à 1 056 €.

Ces tarifs ont été négociés par la région. S’ajoute également au programme une aide pour les foyers qui gagnent moins de 6 000 € par mois, mais elle est loin de couvrir les dépenses : si elle réduit le prix de la tablette de moitié, elle ne réduit le prix des PC que de 225 €, laissant une facture à payer pour les familles variant de 186 à 831 € par élève. Selon France Bleu, 13 000 commandes ont été passées à travers ce système.

L’appel d’offres a été gagné par HP qui en profite pour écouler des appareils qu’il ne vend plus. La tablette est une HP X2 210 de 9,6 pouces avec Windows 10, 32 Go de stockage et 2 Go de RAM, autrement dit une configuration qui ne permettra pas d’utiliser confortablement ne serait-ce qu’une suite bureautique (avant 4 Go de RAM, l’utilisation de Windows 10 est vivement déconseillée).

L’ordinateur milieu de gamme est un Probook X360 G1 EE de 11,6 pouces équipé de 4 Go de RAM qui commence à être adapté aux usages à l’école. L’ordinateur le plus haut de gamme est un HP ZBook 15u G4 de 15 pouces avec 16 Go de RAM qui est largement proportionné pour des usages scolaires avancés, notamment parce qu’il embarque un SSD de 512 Go.

En bref, celles et ceux qui opteront pour la tablette convertible seront extrêmement désavantagés par rapport aux autres étudiants.

Une rentrée hasardeuse

Dans les lycées, on défend un équipement « classique pour tous les usages  » selon Véronique Laurent, directrice des lycées au C.R., elle précise également à la radio locale : « Quand un lycéen achète du matériel scolaire classique, il y en a déjà qui ont des choses plus développées que d’autres. Après, c’est un choix des parents.  » Une vision du prix de l’école et des inégalités qui fait tiquer certains défenseurs de l’école publique.

a minima 225 € par famille

La Fédération des Conseils de Parents d’Élèves (FCPE) s’est mise en ordre de bataille contre ce passage abrupt au tout numérique : les parents du Grand Est ont ainsi lancé une pétition dans laquelle les conditions de la transition numérique des lycées sont dénoncées.

L’organisation parentale parle d’une « impréparation de l’expérimentation  ». La FCPE dénonce : « Dès la rentrée de septembre, elles [les familles] vont devoir faire face à de nouvelles charges : l’acquisition des équipements numériques nomades leur coûtera au minimum 225€, les bourses aux livres n’auront pas lieu. L’information des chefs d’établissement est également très pauvre. Le Wi-Fi et le haut débit promis ne semblent pas être opérationnels pour la rentrée de septembre dans tous les établissements […]  ».

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CC Jordan Sanchez

Liliano Moyano, présidente de l’organisation, rappelle en outre que tous les contenus pédagogiques ne seront pas disponibles au format numérique à la rentrée septembre — en effet, certaines licences peu répandues (langues étrangères, spécialités) n’ont pas de e-version.  Mme Moyano souligne également que les enseignants n’ont pas reçu de formation supplémentaire pour les préparer à ce chamboulement des usages. Enfin, cette organisation hasardeuse de la région coûtera tout de même a minima 225 € par famille selon la FCPE.

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