La police allemande a procédé à une série de perquisitions au domicile de 36 individus accusés d'avoir publié des contenus haineux sur Internet. Une descente qui survient alors que le gouvernement envisage d'accroître la responsabilité des réseaux sociaux.

Contre les messages haineux sur Internet, faut-il refiler la responsabilité de la lutte contre leur propagation aux grandes entreprises du web, quitte à brandir de très lourdes peines si elles tardent à prendre les mesures qui s’imposent ? Ou est-ce aux gouvernements d’être à l’initiative et d’agir, en lien avec les autorités judiciaires, afin de s’attaquer à ceux et celles qui publient ou relaient ce type de commentaires ?

Sur ce sujet, l’Allemagne ne semble guère savoir sur quel pied danser. D’un côté, le pays envisage, à travers un projet de loi, d’infliger des amendes particulièrement élevées — jusqu’à 50 millions d’euros — contre les sites communautaires qui tardent trop à retirer un contenu illégal (incitation à la haine, discours raciste ou homophobe, propagande terroriste…), c’est-à-dire dans un délai maximal de 24 heures.

Une perspective qui ulcère Facebook : « la loi ne peut pas transférer ses propres lacunes et responsabilités aux entreprises privées. La prévention et la lutte contre les discours haineux et les fake news est une responsabilité publique que l’État ne peut esquiver », avait écrit le site américain dans un communiqué, alors que le ministre de la justice, Heiko Maas, pousse pour une responsabilité accrue du site.

De l’autre, l’exécutif allemand n’a pas renoncé à faire respecter la loi. La preuve avec cette vague de perquisitions outre-Rhin : la police a annoncé le 20 juin avoir procédé à des descendes au domicile de 36 individus accusés d’avoir publié des messages haineux sur les réseaux sociaux, incluant des menaces et des incitations au racisme, rapporte le New York Times.

Faut-il toucher à la loi ?

Les arrestations concernent des personnes soupçonnées d’appartenir à l’extrême-droite ainsi que des particuliers qui auraient des liens avec l’extrême-gauche (seuls deux prétendus militants sont toutefois concernés, un nombre bien inférieur à celui qui concerne l’autre frange des interpellés). Un individu suspecté de harcèlement envers des internautes en raison de leur orientation sexuelle a aussi été attrapé.

Pour des observateurs, comme Christian Mihr, de Reporters Sans Frontières, l’action coordonnée des forces de l’ordre montre que la loi fonctionne et qu’il n’est pas nécessaire de l’ajuster pour la faire respecter. Car si jamais la responsabilité de Facebook est accrue dans ce genre de cas, le risque est que le site se montre davantage paranoïaque sur des contenus, et censure à tour de bras pour ne pas avoir de problème.

Au risque, évidemment, de nuire à la liberté d’expression.

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