Pour leur premier jour au Palais Bourbon, certains députés ont décidé de faire du bruit. À l'instar du fraîchement élu Jean-Luc Mélenchon (FI) qui a décidé de s'en prendre aux députés de la « société civile » dans la majorité présidentielle. Dans le viseur du perdant des présidentielles, Cédric Villani, mathématicien brillant et médaillé Fields, appelé d'un ton moqueur « le matheux ».

Fraichement élu au Palais Bourbon, Jean-Luc Mélenchon nous fait oublier sa cordialité de sénateur. Le député la France Insoumise compte être désormais un immanquable des quatre colonnes — c’est ce qu’on retient de sa tonitruante entrée à l’Assemblée. Le député de Marseille a proclamé être le « porte-voix du pays se préparant à crier résistance  » lors de ses premiers pas au Palais.

Alpagué par des journalistes, le chef de file de la France Insoumise a fait son premier coup médiatique en tant que nouveau député. En plus du gouvernement, M. Mélenchon s’est trouvé une cible au sein même de l’assemblée : les jeunes têtes, primo-élues, de la majorité présidentielle.

La fable du matheux et du prof

Le député de la gauche radicale a ainsi moqué les élus de la « société civile » du mouvement La République en Marche. Il s’esclaffe :  « Il y a des braves gens là-dedans, il y a beaucoup de DRH et des gens comme ça qui ont une conscience sociale souvent assez faible. Mais il y a beaucoup de chercheurs, d’intellectuels… explique-t-il à la foule environnante, avant de cibler ses attaques sur Cédric Villani : J’ai vu le matheux, je vais lui expliquer le contrat de travail, il va tomber par terre. Il ne sait pas ce qu’il y a dedans, il ne sait pas que la journée de huit heures c’est cent ans de lutte.  »

Mais le brillant génie des mathématiques (la médaille Fields n’est rien de moins que la plus prestigieuse récompense de la discipline), ancien directeur de l’institut Henri Poincaré, n’a pas tardé à répondre coup sur coup à l’ex-sénateur. M. Villani préfère le canal du tweet plutôt que celui de la télé pour le rabrouer dans un tweet dès midi : « Cher Jean-Luc Mélenchon, Directeur de l’IHP, j’en ai vu des contrats de travail… Mais c’est toujours un plaisir de recevoir des cours particuliers !  »

Dans cet échange de bons mots, à grand renfort de postures, on retrouve la verve mesquine du Palais Bourbon, à laquelle des siècles de joutes verbales nous ont plus ou moins habitué. Mais sommes-nous certain qu’il s’agisse du renouvellement des pratiques attendues à l’entrée de la société civile dans l’hémicycle  ?

Un matheux, et alors ?

Un confrère nous fait remarquer que M. Villani a non seulement déjà vu des contrats de travail lors de son incroyable parcours professionnel (CV disponible en ligne, mis à jour en 2012), mais il apparaît plutôt certain — si jamais c’était un gage de qualité — que le matheux en a même rédigé plus que le prof Mélenchon. Et alors ?

M. Mélenchon sait probablement qu’il parle pour ne rien dire

Le fond de l’affaire ne semble vraiment pas là et M. Mélenchon sait probablement qu’il parle pour ne rien dire. Un tel argument légitimiste — celui qui connaît est celui qui décide — n’est pas tout à fait le moteur de la gauche politique : la bibliothécaire qui rentre à l’Assemblée grâce à la France Insoumise (Danièle Obono, 17e circo de Paris) souffrirait d’un grave manque de légitimité pour parler… de contrats de travail.

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CC Cancillería Ecuador

Donc en somme, il n’y a pas de débat. Toutefois, nous ne pouvons nous empêcher de butter sur ce mot, lâché dans une grimace par M. Mélenchon : « le matheux ». Cette moue et ce mépris à l’égard du scientifique, quel qu’il soit, ne préfigure pas un appétit pour les choses de la vérité mise à nue — une idéologie de la défiance vis-à-vis du chercheur qui a des conséquences dramatiques de l’autre côté de l’Atlantique, alors que Jean-Luc Mélenchon lui-même a été l’un des rares candidats à porter nettement la cause écologique dans sa campagne.

Il ne faudrait pas laisser s’installer l’idée qu’entre le scientifique et le politicien il y aurait un gouffre, alors que ce sont deux mondes appelés justement à travailler ensemble par nature et par urgence. Ajoutons, que la science fut une valeur longtemps cardinale par ailleurs pour M. Mélenchon, que beaucoup aimaient écouter parler de transhumanisme, de nouvelles technologies et d’autres sujets futuristes et scientifiquement urgents il y a encore peu…

Espérons que ces projets n’ont pas disparu avec l’hologramme.

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