Figure de proue de l'armée israélienne avant de rejoindre Hollywood, Gal Gadot qui incarne Wonder Woman au cinéma, provoque l'ire des voisins de l'État de Jérusalem. Les propos de Gadot sur le Hamas, radicaux, sont dénoncés. Pour la sortie du film, de nombreux citoyens et politiques appellent au boycott. Le Liban a déjà banni le film.

Ancienne du Tsahal, très bavarde sur son engagement dans les forces israéliennes, et soutien de Shimon Perez, Gal Gadot — Mme. Wonder Woman au cinéma — provoque une vive réaction dans les pays voisins de l’État hébreux.

Après une polémique débutée dès l’été 2014, cette semaine, à l’approche de la sortie du film DC en salles, le Liban a officiellement décidé de bannir la production de son territoire. Porté par des collectifs de citoyens et des mouvements pro-palestiniens, le boycott libanais est commenté et suivi dans la région du Jourdain.

En pleine guerre, Gadot soutien l’IDF

Tout débute donc en 2014, lors du très sombre été meurtrier qui opposait, à nouveau, forces palestiniennes du Hamas et du Jihad islamique et armée israélienne. Appelée Guerre de Gaza de 2014, l’épisode reste particulièrement sensible au Proche Orient : les répliques armées israéliennes ont entraîné la mort de 1 113 palestiniens dont 230 enfants selon l’ONU.

Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Navanethem Pillay avait alors clarifié devant la scène internationale : «  Le nombre d’incidents, en plus du grand nombre de civils décédés, infirme la déclaration [de l’État israélien] selon laquelle toutes les précautions nécessaires auraient été prises pour protéger la vie des civils ».

Photo prise lors de la trêve de 72 heures du 6 août 2014 entre le Hamas et Israël. Une ambulance détruite à Shuja’iyya dans la bande de Gaza. CC. Boris Niehaus

Pendant ce temps, Gal Gadot qui incarne aujourd’hui Wonder Woman est présentée par Snyder à la Comic Con de San Diego comme la future super-héroïne de l’univers DC. Celle que l’on avait aperçue dans Fast and Furious gagnait donc en popularité avec le premier rôle d’une super-production historique. Mais alors qu’elle est épiée par le monde entier, Gal Gadot publiait un statut Facebook malheureux sur les événements de la guerre de Gaza. Jamais supprimé, le statut est encore disponible.

Plusieurs éléments posent problème dans son statut de soutien aux forces israéliennes qui sont alors engagées dans le conflit à Gaza. Notamment la dénonciation des « actes horribles conduits par le Hamas  » : une version des faits qui est mise à rude épreuve par la réalité d’une réponse armée disproportionnée et ciblant bien plus largement que le seul Hamas.

Par ailleurs, l’idée que le groupe armé palestinien est un groupe terroriste n’est toujours validée par les institutions européennes, par exemple. En effet, l’organisation est absente de la liste des groupes terroristes selon l’Union Européenne. Enfin les hashtags sont également très maladroits, colportent certaines idées fausses et apparaissent comme de la pure propagande guerrière : « Nous avons raison, Libérons Gaza du Hamas, Arrêtons la Terreur, Coexistance (sic), J’aime l’IDF  »

Que l’ancienne Miss Israël soit atteinte d’un patriotisme exacerbé, c’est une chose ; qu’une ancienne soldat prenne la défense du tsahal qui l’a accueilli dans ses rangs est également compréhensible — mais qu’une actrice américaine à qui l’on confie l’un des plus importants rôles de l’année, tout symbolique, se permette une telle attitude est bien différent pour les pays concernés.

Un boycott d’abord citoyens

C’est par ailleurs ce que reprochent aujourd’hui les militants pro-boycott de Wonder Woman qui ont déjà remporté une partie au Liban. Pour la plupart d’entre eux, la question n’est pas Gadot, mais Hollywood qui n’aurait, selon eux, pas laissé passer une telle déclaration politique et clivante sur un autre sujet.

L’exemple Mel Gibson est là pour confirmer l’idée : il est courant que les studios forcent les acteurs à revenir sur des déclarations polémiques et politiques. Le cas Cotillard peut également témoigner de cela. Plus récemment, c’est l’équipe de Rogue One qui avait été rendue muette par Disney à cause de ses déclarations sur Trump.

« Nous refusons de normaliser les relations avec un État pratiquant l’apartheid »

Le collectif libanais à l’origine de la demande de boycott résume sa position : « Nous refusons de normaliser les relations avec un État pratiquant l’apartheid, un État qui continue de coloniser et tuer, un État qui continue de menacer, un État qui refuse le droit de réponse.  » Le collectif en question est déjà à l’origine de nombreux autres boycotts ciblant tous des soutiens d’Israël au Liban.

Interrogé par l’Associated Press sur ce boycott qui prend une forme de censure, le collectif balaye la critique : « Si vous voyez le monde dans lequel  nous vivons comme un monde dans lequel la liberté par rapport à l’apartheid est nécessaire, que vous considérez la résistance (sous toutes ses formes) comme un chemin vers la justice, […]  boycotter, même la culture, est et restera un acte de résistance et non de censure. »

Le gouvernement libanais pris dans la tourmente a répondu favorablement à la demande le 24 mai. Ce n’est pas la première décision gouvernementale de bannir des produits liés à Israël sur le territoire : officiellement, flux de marchandises et de personnes sont exclus du Liban. Les deux pays partagent une des plus mauvaises relations diplomatiques de la zone, la dernière guerre les opposant datant de 2006.

Nous nous sommes procuré la lettre du Ministre de l’Économie du Liban mentionnant l’interdiction de diffuser Wonder Woman

C’est pourtant le premier film de Gal Gadot à subir ce type de sanction au Liban, les précédents DC et Fast and Furious n’avaient pas été ciblés. Au Bahrain, au Qatar, aux E.A.U., au Koweit ainsi qu’en Jordanie, des polémiques similaires à celle du Liban sont nées : toutefois, aucun des gouvernements n’a procédé à la même interdiction.

Interrogé sur l’organisation de ces boycotts en-dehors des frontières libanaises, le collectif confirme à Numerama que l’organisation BDS (Boycott, Divest, Sanction), spécialisé dans le boycott israélien, porte le mouvement aux Émirats, en Jordanie et en Égypte.

De son côté, Warner Bros. se refuse à tout commentaire.

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