La campagne présidentielle est finie et si elle n'a pas brillé pour sa qualité, elle a fait briller l'humour du web français. Des mèmes qui méritent de passer à la postérité.

À la rédaction de Numerama, on se demande tous les jours si cette campagne présidentielle aurait pu être pire. Nous gardons pourtant nos larmes car le web français a répondu à la médiocrité par l’humour, donnant naissance à une flopée de mèmes plus drôles les uns que les autres.

Au lendemain du scrutin et à une époque où les phénomènes web ont une importance qu’il ne faut pas négliger et où ils accompagnent tous les débats sur les réseaux sociaux, nous avons avons pris le temps de remonter dans nos timelines et dans nos souvenirs pour vous proposer une compilation détaillée.

Danse Marine, danse !

Quoi ?

Ce sont les séquences burlesques que nous retiendrons de la campagne du second tour de Marine Le Pen. D’abord lors du débat face à M. Macron puis ensuite, durant sa soirée de défaite, la candidate du Front National a offert aux internautes quelques pas de danse plus ou moins volontaires. La toile a eu une réaction instantanée : faire danser la candidate sur des chansons toutes plus improbables.

Quand ?

La séquence ils sont là, où l’on voit Mme Le Pen agiter les bras mystérieusement sur le plateau du débat, a initié le mouvement repris sur le compte Marine Dances To. Puis l’apparition en ligne d’une vidéo amateure et celle d’un journaliste ayant capturé l’image de la candidate célébrant sa défaite en dansant ont accéléré le mouvement, entraînant de nombreux comptes dans la création des détournements.

Comment ?

Les chansons populaires ou ringardes ajoutent évidemment une ironie à la scène, déjà ironique, de Marine Le Pen dansant pour sa défaite. Ou perdant les pédales face à son adversaire en plein débat.

Nos préférés

Poudre de perlimpinpin

Quoi ?

En utilisant, dans un contexte plutôt grave, l’expression désuète poudre de perlimpinpin, M. Macron a rappelé aux Français l’existence de celle-ci. Les recherches Google pour perlimpinpin ont décuplé les jours suivant et le mot est revenu dans toutes les bouches.

Quand ?

Lors du débat du second tour, face aux réponses de Marine Le Pen sur le terrorisme, M. Macron explique qu’il s’agit de mesure irréalistes, les qualifiant de poudre de perlimpinpin. Quelques instants après, les internautes comprennent que l’expression restera comme un des éléments forts du débat.

Comment ?

Remix, détournement et mème, perlimpinpin a fait un retour remarqué dans le lexique du web francophone en quelques jours.

Nos préférés

Rends l’argent

Quoi ?

C’est LE mème de la présidentielle. Personne n’est passé à côté, tout comme personne n’ignore son origine : les affaires qui accablent aujourd’hui le candidat des Républicains ont toutes un point commun — l’argent public qui aurait été mal dépensé. L’affaire Penelope ou celle qui implique les enfants de François Fillon mêlent emplois fictifs et sommes indues. Le contribuable n’a donc qu’une injonction à la bouche : rends l’argent.

Quand ?

C’est le 25 janvier 2017 que le Canard Enchaîné publie le premier volet de ce qui deviendra l’affaire Penelope. Le 28 janvier 2017, une pétition commence à tourner sur change.org : elle se nomme, polie, « Madame Fillon, rendez-nous ces 1.500 000 euros  ». Le 10 février, un rassemblement à Poitiers commence déjà à crier « Rends l’argent » à la venue de François Fillon. Les mots étaient prononcés — le mème était lancé et sur Twitter, il n’aura même pas attendu février pour décoller.

Comment ?

Le ressort comique se fonde sur la répétition. Chaque intervention de François Fillon, sur n’importe quel sujet, a donné lieu à un torrent de « rends l’argent ! ». Petit à petit, le mème s’est raffiné : il a phagocyté d’autres mèmes ou s’est caché dans des décors connus ou anodins, le jeu étant de placer un rends l’argent dans un endroit improbable.

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Poutou de dos

Quoi ?

« Poutou de dos » est incontestablement l’un des mèmes qui nous a fait le plus rire lors de cette présidentielle. Il montre le candidat Philippe Poutou de dos (no shit), tourné vers ses soutiens. Bien souvent, il est accompagné d’une vanne sur une intervention que le candidat vient de faire ou d’un commentaire badass sur l’actualité. Il a connu ses meilleures heures lors du premier débat réunissant les candidats.

Quand ?

C’est à l’occasion du deuxième débat télévisé entre les candidats que ce mème est apparu, le 4 avril 2017. Philippe Poutou venait alors de faire une tirade dans laquelle il démontait coup sur coup Marine Le Pen et François Fillon, rappelant ce qu’aucun adversaire n’avait osé faire : les affaires nationales et européennes des deux candidats.

Comment ?

Poutou de dos est un mème brut et spontané. Il témoigne d’une réjouissance toute particulière, qui oppose la vérité crue à la langue de bois des candidats présents sur un plateau TV. La suite n’est que merveille.

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Président X ne peut pas faire ça

Quoi ?

Les Américains s’étonnent parfois de notre capacité, en France, à faire des mèmes textuels (certains vont me dire : mer il et fou). Il est vrai qu’on sait se marrer avec du texte. X ne peut pas gagner / Président X ne peut pas faire ça est pourtant une adaptation d’un mème américain, qui se moquait de la victoire impossible de Trump. Il se construit en 3 temps :

2017 : X ne peut pas gagner
2018 : Président X ne peut pas faire ça
2020 : la blague

Il s’agit, en gros, de prendre l’une des propositions les plus grosses (ou caricaturées) d’un candidat et d’en faire une réalité. Le tout doit pouvoir se propager sur Twitter, donc rentrer dans les 140 signes.

Quand ?

Notre mémoire de ces mèmes remonte aux primaires. Sur Twitter, on en trouve début décembre mais leur apparition réelle est difficile à dater, notamment parce que l’orthographe des phrases change et reste plutôt aléatoire.

Comment ?

« Président XX ne peut pas faire ça » est un mème raffiné dans la forme, mais bourrin dans le fond : il extrapole une proposition d’un candidat jusqu’à l’absurde — la France de Hamon est une nation de fumeurs de weed, celle de Macron une startup, celle de Mélenchon, l’URSS.

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Article 50

Quoi ?

Lors du débat entre les 11 candidats, le candidat qu’on imaginait à tort comme un complotiste illuminé, s’est avéré être l’homme le plus ennuyeux du monde. Vous aviez le choix : chacune de ses interventions commençait par la citation d’un article de loi ou d’un proverbe chinois. Cela n’a pas échappé aux facétieux internautes qui ont parodié cet exposé intellectualisant cachant un grand vide.

Quand ?

Comme pas mal de mèmes de cette présidentielle, Article 50 est né lors du débat télévisé opposant les 11 candidats. Il rend compte d’un bon tiers du temps de parole accordé à François Asselineau.

Comment ?

Article 50 est un poil obscur et n’a pas beaucoup percé : en effet, à part ses soutiens, pas grand monde ne s’intéresse à François Asselineau. On le voit émerger ici et là quand il est question d’un discours trop complexe, trop juridique ou trop creux. Ou n’importe quand, à vrai dire. Notez que l’article 50 fait référence à l’article du même chiffre dans le Traité sur l’Union européenne, encadrant la sortie d’un état membre.

Nos préférés

Le graphique de Marine

Quoi ?

Pour appuyer l’une de ses sorties contre l’Europe, la candidate Marine Le Pen a apporté sur un plateau télévisé un petit schéma sur une feuille A4. Très fière, elle l’a montré à la caméra comme une preuve irréfutable que l’Union européenne était responsable (au moins) de tous les maux de la France. Le graphique, particulièrement malhonnête, associé à la satisfaction de la présidente du FN aura suffi aux internautes pour lancer une vague de parodies, inspirée du mème américain montrant Donald Trump signant ses premiers décrets.

Quand ?

C’est lors du débat du 20 mars 2017 que la scène s’est produite. Les mèmes ont commencé à pleuvoir un peu plus tard dans la soirée.

Comment ?

Simple : il suffit de reprendre l’un des thèmes préférés du FN que le parti aimerait bien oublier ou d’écrire absolument n’importe quoi sur une capture d’écran de la feuille, dans la plus pure tradition du shitposting. L’effet comique est immédiat.

Nos préférés

C’est notre projet

Quoi ?

En clôture du discours qui a lancé véritablement sa campagne, le candidat Macron s’est envolé et a terminé sur un mémorable « C’est notre projet  », hurlé. Ce moment qui devait être le point culminant de son intervention, son cri de ralliement, a mal tourné : sa voix a déraillé et le projet s’est perdu dans les aigus. La suite, on la connait. Notez que Macron, entouré d’habiles communicants, a tué ce mème en deux temps : en en rigolant avec les enfants lors de l’interview dans les classes et en l’affichant avec ironie lors de son meeting du 17 avril. Un mème meurt quand il est repris au premier degré par celui qu’il parodie.

Quand ?

C’est le 10 décembre que le meeting a eu lieu. Diffusé en live sur les plateformes de streaming, il a été suivi par de nombreux internautes et l’intervention du candidat n’est donc pas passée inaperçue. Les premières parodies ont immédiatement suivi.

Comment ?

Si les mèmes les plus simples se contentaient de faire des montages, les plus élaborés jouaient sur la rime en é, mettant Macron dans les situations les plus absurdes. Il peut encore s’utiliser au 38e degré en réponse à quelqu’un, selon le contexte.

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Le Front National sous LSD (Shooting Stars)

Quoi ?

Inventé par la chaîne D8 qui citait alors le Shooting Stars Meme, ce mème a ensuite été repris pour mettre les différentes personnalités du Front National dans des décors hallucinogènes. Inauguré par Florian Philippot, le mème a depuis été utilisé pour moquer Marine Le Pen. Les références du mème sont très simples : sur fond de pop électro des années 2000 (Bag Raiders – Shooting Stars), les personnalités du FN s’envolent dans un entrelacs de décors hallucinogènes.

Quand ?

La première version du mème a été mise en ligne sur le compte Twitter de l’émission de la chaîne le 4 avril. Alors que le reportage d’OFNI se concentrait sur la participation de Florian Philippot à la Foire du Trône, une chute de manège de celui-ci a servi à poser le cadre du futur mème.

Comment ?

La question du rire face au Front National est toujours délicate. Or plutôt que de rire stricto sensu sur les propositions ou la parole de ce parti pas comme les autres, ces mèmes proposent d’extraire les personnalités sulfureuses des dirigeants pour les convier dans une autre réalité, plus légère. On finit par rire de voir ceux qui nous inquiètent voler dans un océan de psychédélisme.

Nos préférés

Fillon et son smartphone à Sablé

Quoi ?

Un duo de photos de François Fillon où il consulte son smartphone avant de détourner le regard. Utilisé à de très nombreuses reprises par les twittos, ce duo de photos qui exprime une réaction de dépit aura marqué la campagne par son actualité quasi permanente. Prises par l’AFP à Sablé, les photos s’offrent même un décor caustique : le désormais célèbre bistrot Élysée de la petite bourgade de la Sarthe.

Quand ?

Apparue quasiment deux mois après les premières révélations du Canard Enchaîné sur le candidat de la droite, cette série de photos retrace la journée du 20 mars durant laquelle — une nouvelle fois — les médias alourdissaient le bilan de ses casseroles. Alors reclus dans la Sarthe, Fillon y exprime malgré lui toute sa lassitude face à une campagne infaisable. Dès le 20 mars, les photos sont détournées… jusqu’à aujourd’hui.

Comment ?

Dans ce mème le travail du photographe compte autant que les détournements. Le photographe a réussi à saisir avec une incroyable spontanéité la réaction de François Fillon à une information qu’il vient de lire sur son smartphone. Or ce visage fermé et bougon qui apparaît sur le deuxième cliché incarne parfaitement l’exaspération des internautes face au scénario rocambolesque de cette campagne présidentielle. Chaque jour réservait son lot de surprises et d’affaires et nombreux furent ceux qui eurent la même réaction que M. Fillon en lisant l’actualité. Par ailleurs, le mème fait référence au nope, there is nothing here.

Nos préférés

Hamon Old Tweets

Quoi ?

Pionnier sur Twitter, le jeune Benoit Hamon — peu présent sur la scène médiatique alors — tweetait sur tout et surtout sur n’importe quoi il y a encore quelques années. Blagues pas drôles, anecdotes sans intérêt ou poésie maladroite : le compte du candidat est rempli de tweets aussi vieux qu’étranges qui en dérouteront plus d’un.

Quand ?

Benoit Hamon a indéniablement fait sa réputation sur Internet lors des Primaires de la Gauche et leurs débats, soit en tout début d’année. Toutefois, le principe des old tweets est d’être intemporel. De fait, depuis, dès que M. Hamon s’illustre dans l’actualité, on trouve une remontée de ses vieux tweets plus franche que sa remontée dans les sondages. Au soir des débats par exemple, un tweet sur sa course poursuite avec des Yorkshires datant de 2010 s’est très bien prêté à la situation.

Comment ?

La pratique des old tweets n’est pas nouvelle et de nombreuses personnalités politiques ont déjà vécu la même situation dont l’ancien ministre de l’économie Pierre Moscovici. Toutefois, Benoit Hamon était encore perçu comme une jeune figure de la classe politique, son profil était encore largement inconnu pour les Français. De fait, trouver des messages d’une telle spontanéité ont aidé à construire la réputation d’un homme accessible et rieur.

Le Mélenchologramme

Quoi ?

La version holographique (c’est plus compliqué que ça) de Jean-Luc Mélenchon a durablement marqué la campagne présidentielle. Alors que le candidat de la France Insoumise se targuait d’innover pour ses meetings, les internautes ont d’abord vu une incroyable occasion de détourner le célèbre tribun.

Quand ?

Dès le premier meeting holographique du candidat le 5 février, les détournements ont proliféré. Sans vraiment connaître d’affaiblissement puisque le candidat a récidivé et se retrouve depuis dans la lumière grâce à son impressionnante remontée dans les sondages.

Comment ?

Plutôt iconoclaste et avec sa verve bien à lui, le candidat Mélenchon avait déjà de nombreux arguments pour devenir un mème. Mais l’apparition dans sa campagne d’un motif de fiction comme l’hologramme a littéralement débridé les internautes qui ont ensuite mêlé l’ancien sénateur à diverses représentations mythiques, de Star Wars en passant par la k-pop et Trappist-1. Le mème a fini récemment dans le talk show de John Oliver.

Nos préférés

Cet article a été construit par la rédaction de Numerama, écrit et édité par Corentin Durand et Julien Cadot.

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