Non, la France ne demande pas que soit reconnu partout dans le monde un droit à l'oubli…

Décidément, l’idée que les citoyens puissent avoir un droit à l’oubli et que ce droit puisse les accompagner partout sur Internet a du mal à passer aux yeux de certains géants du web. Après Google qui a totalement déformé les termes du débat pour mieux imposer l’idée absurde que le droit à l’oubli serait juste un instrument de censure, c’est le fondateur de Wikipédia, Jimmy Wales, qui met également les pieds dans le plat.

« L’une des choses les plus perturbantes c’est que les régulateurs en France ont demandé que Google cache des choses au niveau mondial, pas uniquement au sein des frontières de la France », s’est ainsi désolé Wales lors d’une conférence à Stockholm, modestement appelée « Brillant Minds » (esprits brillants).

« C’est juste ouvrir une boîte de Pandore désastreuse, assure-t-il. Ça devient une course ridicule vers le fond, où l’Internet est censuré par les juridictions les plus restrictives. Et personne ne pense que nous devrions censurer en fonction des caprices du gouvernement chinois, par exemple. Mais c’est le chemin que prendront les gens si on ne reste pas vigilant ».

JimmyWales

Une question politique bien plus complexe

Mais exactement comme Google, le fondateur de Wikipédia feint de ne pas comprendre que le droit à l’oubli reconnu en Europe n’impose absolument pas d’internationaliser le droit français. Il impose uniquement de respecter partout, exclusivement à leur égard, les droits que les citoyens français et plus largement européens se sont reconnus pour eux-mêmes, par l’intermédiaire de leurs représentants élus et de leurs juridictions.

Si les Américains ne veulent pas de ce droit pour eux, c’est leur décision souveraine et personne ne leur demande que le droit à l’oubli soit respecté aux États-Unis au bénéfice des citoyens américains.

En revanche, la question de fond est beaucoup plus complexe que ce que laisse entendre Jimmy Wales, et elle a une dimension politique fondamentale qui renvoie à l’éternel débat sur la portée des lois nationales dans un environnement international comme Internet. Il s’agit de savoir si les Américains doivent respecter le droit à la vie privée des citoyens européens au nom de la souveraineté du droit européen sur le peuple européen. Ou si les Américains peuvent ignorer ces droits d’étrangers pour conserver leur propre liberté d’expression et d’information, au nom de la souveraineté que devrait avoir le droit américain.

Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise réponse dans ce débat. Mais il y a bien un débat, et il est ridicule de le réduire à une «  censure selon les caprices du gouvernement chinois » pour en masquer les subtilités, essentielles à comprendre.

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