Ce qui se présentait comme un futur service d'échange P2P affichant sans honte à la fois son usage illégal et un système de rétribution des artistes s'est révélé être un formidable canular publicitaire.

A la mi-février, le patron de la société hollandaise de services internet PGR BV avait beaucoup fait parler de lui dans les sphères technologiques en annonçant le lancement d’une nouvelle société d’échange P2P, baptisée The Honest Thief, non pas par l’apport d’une technologie révolutionnaire mais tout simplement en présentant carte sur table, croyait-on, ses objectifs. Loin de prétexter un usage légal à son futur réseau, Pieter Plass avait en effet expliqué que sa plateforme servirait rien de moins qu’à l’échange de fichiers copyrightés.

L’homme basait son assurance sur la jurisprudence Kazaa intervenue le 28 mars 2002, lorsque les juges Coeterier, Cornelissen et Sorgdrager d’une court d’appel d’Amsterdam, avait statué que l’existence de Kazaa était légitime et que la responsabilité de l’échange de fichiers copyrightés n’incombait qu’à l’utilisateur. Kazaa était à ce titre considéré au même titre qu’un fabricant de graveur de CD : un dispositif technique ne pouvait être considéré comme responsable devant un copyright ou toute licence d’utilisation, il appartenait seul à l’utilisateur d’acheter légalement une œuvre ou de choisir l’illégalité en la téléchargeant.

« Appelez-le échange de fichiers ou vol à l’étalage, ici en Hollande, nous le voyons ça comme un commerce légitime », expliquait ainsi Plass à la mi-février pour justifier la dénomination de The Honest Thief, précisant que le lancement de la compagnie était un risque calculé. « Nous les Néerlandais sommes des gens à la libre pensée et nous n’avons jamais été du genre à légiférer la moralité. Avec notre service d’échange de fichiers et notre nouveau logiciel, nous espérons que The Honest Thief deviendra à l’échange de fichiers ce que les Suisses sont à la banque. »

Le gentleman voleur qui disait merci

Le 7 mars dernier, l’homme dévoilait un peu plus les plans de sa jeune société en divulgant que leur logiciel déchange, dénommé ThankYou 2.0, tout en permettant l’échange de fichiers, ferait fonctionner en parallèle un service de calcul distribué à la façon de SETI@home. Loué à des société de recherches, il permettrait ainsi de distribuer directement un revenu aux musiciens et ayant-droits. « Les maisons de disque ne sont pas encore morte, mais elles sont, c’est certain, sous assistance respiratoire. Et The Honest Thief tire la prise », s’était alors amusé un Pieter Plass très autosatisfait.

Seulement, malgré le sérieux affiché, à la fois par l’engagement d’une très respectable agence de relation publique, Alliant Group, et la réputation de la société d’expertise PGR BV, The Honest Thief n’aura jamais une existence tangible. Tout au moins pas sous la forme d’un réseau P2P.

The Honest Thief n’est en effet rien de moins qu’un canular qui a pris fin le 1er avril, visant avant tout à la promotion du livre du même nom, sorti en Octobre 2001, traitant de stratégie de management, dont la doctrine principale est qu’ « il recèle une part de vol honnête en tout ce que l’on fait » et prône l’usage de ce qui apparait « loin du sens commun pour réussir dans les affaires et dans la vie ».

La blague ne fait pas rire tout le monde, en particulier les diverses parties abusées (journalistes, agence de relations publiques). « Nous ne voyons pas vraiment où est l’humour dans l’irrespect de Mr Plass pour l’intégrité du processus d’information du public, ou dans son irrespect pour nos réputations, tant personnelles qu’en tant qu’entreprise. Nous regrettons d’avoir été bernés en participant au montage de Mr Plass et d’avoir contribué à tout éventuel dommage que cela a pu vous causer », s’excuse ainsi Steven Eames, dans un communiqué de sa société Alliant Group.

Au moins à leurs yeux, Le Voleur Honnête n’avait, en tant que client, d’honnête que le nom…

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