Dérogeant à la tradition du secret des opérations d'espionnage, des officiels américains ont confirmé au New York Times que les Etats-Unis avaient espionné l'ensemble du réseau de communication nord-coréen, ce qui aurait été déterminant dans la mise en accusation du régime de Pyongyang pour le piratage de Sony Pictures.

Est-ce l'information ultime qui parviendra à convaincre les derniers sceptiques que la Corée du Nord est bien à l'origine du piratage de Sony Pictures, malgré les nombreux éléments qui amènent à douter fortement de la crédibilité de l'accusation ? Le New York Times, qui cite des sources anonymes et un document (.pdf) révélé par le Spiegel, rapporte que la NSA avait mis l'ensemble du réseau nord-coréen sous surveillance, grâce à des mouchards installés au niveau des infrastructures chinoises utilisées par le régime de Pyongyang, à une surveillance de connexions malaisiennes utilisées par les hackers, et à l'aide de plusieurs alliés dont la Corée du Nord.

C'est grâce à cet espionnage massif du réseau nord-coréen que le président américain Barack Obama aurait reçu des éléments lui permettant très vite d'accuser formellement la Corée du Nord d'avoir organisé le piratage de Sony Pictures pour riposter à la sortie programmée du film The Interview. Dans son communiqué publié le 19 décembre 2014, le FBI avait dévoilé des pistes peu convaincantes permettant aux USA d'affirmer que Pyongyang était l'auteur du piratage, mais en précisant que sa conclusion était basée seulement "en partie" sur les informations communiquées au public.

Après les doutes exprimés par quantité d'experts et d'observateurs, le directeur du FBI James Comey avait réédité l'accusation en pointant les adresses IP comme principales pièces à conviction, et en disant à nouveau que des informations inconnues du public étaient par ailleurs déterminantes.

UNE COMMUNICATION TRÈS INHABITUELLE

Reste à comprendre pourquoi les Etats-Unis n'ont pas pu prévenir Sony Pictures du risque élevé d'une attaque informatique si la Corée du Nord la planifiait de longue date. Dès l'été dernier, le régime nord-coréen avait exprimé son très fort mécontentement à la sortie annoncée de The Interview, en parlant même d'un "acte de guerre". A cette question, les sources officielles consultées anonymement par le New York Times affirment que c'est seulement rétrospectivement que les agents ont pu observer le trafic collecté en Corée du Nord et comprendre la méthode employée par Guardians Of Peace, le nom utilisé par les pirates pour revendiquer leur action. "Ils ont été incroyablement prudents et patients", raconte l'une d'entre elles, qui assure que les services de renseignement n'auraient pas pu comprendre plus tôt qu'une attaque était entrain d'être réalisée, même si les étapes préparatoires avaient déjà commencé depuis plusieurs mois.

Reste aussi à comprendre pourquoi les Etats-Unis, même sous couvert d'anonymat des agents, dérogent à la tradition et confirme publiquement le fait qu'elle espionne l'ensemble du réseau nord-coréen, au risque de mettre en péril d'autres opérations plus cruciales que la protection des intérêts d'un studio de cinéma. La prudence traditionnelle des professionnels du renseignement est plutôt de feindre ne pas savoir quel Etat fomente des opérations, pour continuer à les espionner sans faire savoir urbi et orbi qu'ils le font.

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