Quelques jours après avoir fait adopter un projet de loi contre le terrorisme guidé par la peur des terroristes, Bernard Cazeneuve affirme aujourd'hui que "la France n'a pas peur" des djihadistes. Quelle crédibilité ?

C'est l'anaphore du jour. Réagissant aux menaces de l'Etat Islamique, qui a appelé les siens à tuer des citoyens français suite à la décision de François Hollande d'ordonner des frappes aériennes en Irak, le ministre de l'intérieur Bernard Cazeneuve a répété lundi dans un discours solennel que "la France n'a pas peur" des terroristes.

"La France n'a pas peur. Elle n'a pas peur car ce n'est pas la première fois qu'elle se trouve menacée par des groupes terroristes qui s'attaquent aux valeurs de tolérance, d'humanisme, de respect des Droits de l'Homme, de la démocratie, qui sont les valeurs que porte la France à travers une histoire séculaire".

"La France n'a pas peur. Car elle n'entend pas céder au piège des terroristes. Elle sait que l'unité, la sérénité, et la vigilance des citoyens constitue la meilleure des réponses qui puisse leur être opposée", a-t-il affirmé.

Mais c'est bien pourtant la peur qui a guidé le ministre de l'intérieur à céder au terrorisme en renonçant aux propres valeurs séculaires qu'il prétend défendre, avec le projet de loi de lutte contre le terrorisme qu'il a fait adopter la semaine dernière par l'Assemblée Nationale. Lors des débats, Bernard Cazeneuve n'a pas cherché à calmer les peurs de ces députés terrorisés et terrorisants qui ont réclamé à "s'asseoir sur les libertés démocratiques" ou qui expliquaient que les Français partis à l'étranger faire le djihad "n’hésiteront pas à vous tuer ni à tuer vos enfants".

Ne pas avoir peur, ça ne se dit pas, ça se prouve

Qu'est-ce d'autre, sinon la peur, qui a incité le Gouvernement à faire adopter dès le premier article de son projet de loi un texte qui permettra à la police de priver de son droit de sortie du territoire et de confisquer les papiers d'identité de "tout ressortissant français (…) lorsqu’il existe des raisons sérieuses de croire qu’il projette des déplacements à l'étranger (…) dans des conditions susceptibles de le conduire à porter atteinte à la sécurité publique lors de son retour sur le territoire français". Qu'est-ce d'autre que ce principe de précaution d'un flou à faire sursauter tout juriste normalement constitué, sinon la traduction d'une peur ?

Qu'est-ce d'autre, sinon la peur de ne pas réussir à convaincre soi-même les jeunes qu'il y a un espoir pour eux en France, qui a incité le Gouvernement à faire de l'utilisation d'Internet une circonstance aggravante dans la pénalisation de discours terroristes, ou à obtenir le pouvoir de faire bloquer l'accès à des sites internet sans même qu'un juge confirme qu'ils sont bien illicites et dangereux, et sans qu'un tiers ne puisse s'y opposer en justice ? 

Le projet de loi de lutte contre le terrorisme, qui doit encore approuvé par le Sénat (il le sera), n'a été dicté que par la peur. Les terroristes le savent parfaitement et se sentent plus forts que jamais. La loi débattue en France est pour eux un acte bien plus signifiant que les paroles d'un ministre de l'intérieur qui affirme que "la France n'a pas peur", mais qui fait tout pour démontrer le contraire à longueur d'initiatives.

Oui, hélas, la France a peur. Et oui, hélas, cette peur l'incite à oublier ce que doivent être les libertés, pour n'être plus obsédée que par la sécurité. Comme l'ensemble de l'Occident, la France ne pourra pas faire encore très longtemps l'économie d'un nécessaire débat d'envergure sur l'équilibre entre libertés et sécurités. Ni d'un débat sur la politique économique et sociale qui fait qu'une partie de la population se sent à ce point sans avenir en France qu'elle préfère rejoindre des combattants étrangers, et leurs thèses les plus extrémistes, pour donner un sens à leur existence.

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