Il y a ceux qui usent du bâton, et ceux qui préfèrent la carotte. Ian Clarke, le créateur de Freenet, fait partie de cette deuxième catégorie. Avec Revver, il propose un système de répartition des revenus entre ceux qui proposent leurs vidéos et ceux qui les diffusent.

Les distributeurs, habitués à leur position monopolistique, ont du souci à se faire. Avec Internet, chaque internaute est amené à remplacer les magasins de produits culturels pour devenir lui-même distributeur d’un album ou d’une vidéo. Le P2P n’est rien d’autre que cela, et si le piratage est aujourd’hui un obstacle à sa légitimité, cette distribution déconcentrée a tout pour s’imposer dans la légalité. Non pas grâce aux lois aux effets de bord desastreux, mais grâce à des modèles économiques qui font entrer les internautes dans la danse. Puisque les Fnac ou Virgin gagnent de l’argent avec la distribution, autant rémunérer les internautes qui jouent le jeu de la légalité et qui deviennent distributeurs.

La musique connaît déjà ce modèle. Il a été expérimenté avec succès par Weed, dont notre collaborateur Ignazio Lo Faro (BnFlower sur Ratiatum) est le principal importateur en France. Les artistes fournissent leur musique au format Weed, et ils reçoivent 50 % du montant versé. Les internautes qui diffusent le fichier acheté reçoivent alors eux-mêmes un quart de la somme payée par les internautes qui ont pu écouter le morceau et choisissent de l’acheter à leur tour. Gagnant-Gagnant, la formule séduit les musiciens indépendants qui y voient une façon intelligente et profitable de vivre de leur musique tout en s’associant aux désirs des internautes. Certes, reste le DRM inévitable à un tel modèle économique, mais l’on peut alors parler de DRM équitable.

Revver, le Weed de la vidéo
Revver reprend sensiblement le même principe avec la vidéo, et avec un modèle exclusivement publicitaire. Le service qui entre dans la mouvance des Google Video, YouTube ou autres DailyMotion, propose d’ajouter une logique de partage des revenus avec les créateurs. Ces derniers peuvent en effet soumettre leurs vidéos et recevoir 50 % des revenus générés par le service. Mais surtout les vidéos peuvent être diffusées en seconde main par les internautes, sur leurs blogs ou par les réseaux P2P, et ils reçoivent à leur tour 20 % du montant publicitaire généré grâce aux clics sur les pubs. C’est le format QuickTime d’Apple qui a été choisi pour sa capacité à afficher des publicités interactives.

Le projet Reever a été mis au point par Ian Clarke et par son complice Steven Starr, avec lequel il a travaillé sur Freenet et créé Dijjer et Indy. Plus que Weed, c’est le service Adsense de Google qui a servi de modèle. Des mots clés sont présents sur les vidéos sous forme de tags, et les annonceurs sont appelés à acheter ces mots clés aux enchères.

Reste que Reever devra faire face à d’évidents problèmes de droits d’auteur. Comment éviter qu’un internaute upload une vidéo dont il n’est pas l’auteur et empoche illégalement les 50 % de revenus ? Pour limiter les risques, l’équipe regarde chacune des vidéos avant leur publication, et la taille est limitée à 100 méga-octets pour contrer la mise en ligne de longs métrages. Mais déjà certaines vidéos piratées sont présentes sur le service…

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