Alors qu'il avait soutenu activement la loi Hadopi, l'artiste Sanseverino reconnaît aujourd'hui qu'il l'a fait sans savoir ce que prévoyait le texte, par une confiance aveugle accordée aux "associés de son producteur".

Il y a quatre ans, le chanteur Sanseverino faisait partie des 30 artistes présentés par la Sacem aux journalistes, pour défendre le projet de loi Hadopi au théâtre de l'Odeon, à Paris. "Je suis d'accord avec cette loi… comme un boulanger pourrait être d'accord avec le fait que l'on ne puisse pas rentrer dans son magasin pour prendre deux éclairs au chocolat sans payer", avait-il ensuite expliqué dans une émission de radio.

Auparavant, la Sacem avait organisé une pétition au texte très flou et au processus complètement faussé, pour prétendre avoir le soutien de milliers d'artistes dans le fait de faire encourir aux internautes une sanction de suspension de leur accès à internet — nous étions alors en pleine confrontation musclée entre le Gouvernement français et le Parlement Européen, qui avait adopté un amendement contre la privation de l'accès à internet.

Mais Sanseverino explique, quatre ans plus tard, qu'il a soutenu une loi sans savoir ce qu'elle disait. "Moi personnellement, je trouve que je me suis trompé", a expliqué l'artiste dans une interview au Figaro TV publiée le mois dernier. "On m'a mal informé quand j'ai soutenu ce truc là", raconte-t-il, avec franchise.

"Si je l'avais lu, je n'aurais pas soutenu la loi Hadopi"

"Quand il y a un nouveau truc qui va défendre le milieu des producteurs et de la musique, tout de suite il faut des gens qui soient connus pour dire "ouais salut, on est pour". Moi les personnes qui m'ont demandé ça, qui sont les associés de mon producteur, m'ont demandé si je voulais bien soutenir ce truc là. Je me suis dit qu'à partir du moment où ils me le demandent, c'est qu'on est du même avis, et sans lire le contenu d'Hadopi ni même l'énorme dossier, j'ai été soutenir le truc".

Sanseverino, lorsqu'il a accompagné la Sacem à l'Odéon, était chez Sony Music. Comme nous l'avions fait remarquer à l'époque, l'ensemble des 30 artistes, à une seule exception près, étaient signés chez des majors de l'industrie musicale. 

"Après, je me suis aperçu que si je l'avais vu, je ne l'aurais pas fait", reconnaît désormais Sanseverino. "Je trouve le truc un peu trop cinglant, trop radical, carrément répressif, et j'aurais préféré un truc un peu plus cool".

Malheureusement, la méthode est connue. Déjà en 2006, l'Etat avait ouvert un site pour défendre sa loi DADVSI, et là aussi de nombreux artistes de renom s'étaient rendus à la fête d'inauguration sans vraiment savoir pourquoi ils étaient là, comme nous l'avaient confié plusieurs d'entre eux. Parmi eux figurait même Louis Bertignac, qui s'est toujours opposée aux lois DADVSI et Hadopi.

Parfois, les choses vont même plus loin. Plusieurs artistes se sont ainsi plaints d'apparaître sur des pétitions en faveur de lois-antipiratage, sans avoir rien signé, comme ce fut le cas par exemple pour le groupe Indochine pour la loi Hadopi. En 2006, pour la pétition pro-DADVSI de la Sacem, des sources proches du dossier nous avaient assuré que certaines maisons de disques avaient faxé les noms de tous leurs artistes, sans les consulter, pour compléter la liste des signataires.

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