Manuel Valls s'est élevé contre une "certaine impunité" juridique régnant sur Twitter, regrettant en filigrane les trop grandes largesses accordées par le premier amendement de la Constitution des États-Unis. Il estime que les USA doivent concilier liberté d'expression et sécurité et que les hébergeurs et fournisseurs d'accès à Internet doivent être mis à contribution pour lutter contre l'idéologie extrémiste.

Avec la précédente majorité présidentielle, Internet était régulièrement dépeint comme une zone de non droit qu'il fallait civiliser. Le discours de Nicolas Sarkozy en 2007 lors de la signature d'un accord interprofessionnel sur la lutte contre le piratage "sur les nouveaux réseaux" a ainsi particulièrement marqué par une vision aussi pessimiste et sombre du réseau des réseaux.

Depuis, les cris d'orfraie se sont calmés. En place depuis mai, la nouvelle équipe gouvernementale a fait preuve de mesure sur ce terrain ; il n'est plus question d'Internet civilisé ni de zone de non droit. Lors de l'affaire du hashtag #UnBonJuif, la garde des Sceaux Christiane Taubira a même affirmé le contraire, en rappelant que les propos tenus sur la toile n'ont rien de virtuel et que leurs auteurs en sont responsables.

Mais à l'occasion d'une conférence internationale à Bruxelles, Manuel Valls a fait entendre une autre petite musique. Le ministre de l'Intérieur s'est élevé contre la "segmentation des régimes juridiques" qui "procure une certaine impunité". "L'Europe doit s'imposer et convaincre les États-Unis qu'il faut concilier liberté d'expression et sécurité", a-t-il ajouté, au risque de se voir opposer la célèbre citation de Benjamin Franklin.

"Nous pouvons légiférer au plan national, voire européen, mais les connexions ne tiennent pas compte des frontières", a poursuivi le ministre, ajoutant que "la France a ainsi contraint la plateforme de micro-blogging Twitter à communiquer les données permettant d'identifier les auteurs de propos racistes et antisémites", en référence à la décision rendue par le TGI de Paris dans l'affaire opposant Twitter à l'UEJF.

Le locataire de la place Beauvau se refuse à rester inactif face à un Internet "devenu un vecteur pour la propagation de messages et d'appels [extrémistes, ndlr]". "L'Internet ne peut plus être ce lieu privilégié pour l'échange d'informations, de formation et de techniques" en lien avec le terrorisme, a-t-il complété. "L'action doit impliquer les hébergeurs et les fournisseurs d'accès".

Partager sur les réseaux sociaux

Articles liés