Dans une interview accordée au Gouvernement (sic), la ministre du droit des femmes Najat Vallaud-Belkacem dit vouloir "exclure du champ de la liberté d'expression" sur Internet tous les propos qui incitent à la haine, y compris les propos "sexistes".

Voilà la drôle d'idée du jour. Le Gouvernement, jamais mieux servi que par lui-même, a décidé de réaliser et de publier lui-même une "interview exclusive" d'une ministre. En l'occurrence, une interview de Najat Vallaud-Belkacem, la ministre du Droit des femmes, publiée sur le site officiel du Gouvernement, et réalisée par les services de communication de Matignon.

A cette occasion, Mme Vallaud-Belkacem revient sur ses propos tenus le mois dernier, dans lesquels elle disait souhaiter "que l'entreprise Twitter puisse examiner les conditions de mise en place de dispositifs concourant à la lutte contre les infractions en matière de provocations ou d'injures". Choquée par une réelle ou prétendue montée de l'homophobie visible sur Twitter, la ministre et porte-parole du Gouvernement voulait que Twitter puisse "prévenir et éviter de tels débordements".

"Les réseaux sociaux quand ils incitent à la haine de cette manière s’inscrivent contre les principes démocratiques", indique la ministre du Droit des femmes, qui ne comprend pas que les réseaux sociaux n'incitent jamais à la haine. Seuls leurs leurs utilisateurs le font. "Il faut être particulièrement vigilant sur ce terrain qui est aussi celui du racisme, de l’antisémitisme ou du sexisme car les répercussions, sur les plus jeunes, sont très graves".

"Il n’y a rien de virtuel dans ces propos haineux et discriminatoires qui doivent rester exclus du champ de la liberté d’expression", continue-t-elle, alors que le simple "sexisme" n'est pas encore un délit pénal. Il existe des lois contre les discriminations en raison du sexe, contre le harcèlement sexuel, mais rien contre le "sexisme", qu'il faudrait définir.

Qu'est-ce que le sexisme ?

Le fait d'affirmer que les femmes sont attirées par le pouvoir des hommes est certainement sexiste, et a provoqué de vives réactions, mais faut-il pour autant interdire à cette idée d'être exprimée ? Selon le Larousse, "le sexisme aurait pu se définir comme le principe explicatif accordant une place privilégiée à la différence sexuelle dans la compréhension du monde". Mais, semble regretter l'encyclopédie, "il désigne une attitude discriminatoire fondée sur le sexe et, qui plus est, assimilée à l'hostilité aux femmes", et "cet infléchissement traduit une double altération : ce qui se prétend une doctrine est, en réalité, un préjugé ; c'est la victime de la discrimination (le plus souvent une femme) et non l'auteur (homme ou femme) qui délimite le champ de la notion".

"Ma conviction est que ma responsabilité est d’agir, pas de constater les dégâts et de les déplorer : internet n’est pas une zone de non-droit", assure Najat Vallaud-Belkacem. "Les utilisateurs de Twitter sont des citoyens et des justiciables qui ont droit à la protection de la loi, et qui sont responsables de ce qu’ils font. Il ne s’agit de censurer, mais d’appliquer la loi, qui est une bonne loi"

"Nous savons que les difficultés sont importantes, mais nous resterons déterminés et combatifs, pour obtenir des résultats. Nous avons engagé un dialogue très encourageant avec Twitter pour trouver des solutions concrètes, dans un travail étroit avec les associations".

De son côté, le cabinet de Fleur Pellerin nous a assuré qu'il n'y avait pas de volonté du Gouvernement de faire interdire l'utilisation de certains hashtags, mais simplement de retirer de la liste des "tendances" ceux qui sont manifestement illicites au regard de la loi française.

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