BitTorrent veut prendre ses distances avec le piratage. Diabolisée par l'industrie du divertissement au début des années 2000, la technologie P2P ne sert pas qu'à échanger illicitement des fichiers protégés par le droit d'auteur. Et la société fondée par le créateur du protocole BitTorrent tient à le rappeler, en lançant une campagne d'information que BitTorrent n'est pas synonyme de piratage.

Acronyme de pair à pair (ou peer to peer en anglais), le P2P désigne un modèle de réseau informatique au sein duquel chaque ordinateur est à la fois client et serveur. Qu'il soit centralisé ou non, le P2P permet d'effectuer diverses tâches, comme le partage de fichiers, la communication entre internautes ou la répartition de la charge d'un calcul scientifique sur plusieurs machines.

Un peu d'histoire

Avec l'apparition de logiciels dédiés et le développement du haut débit, le P2P a très vite été perçu seulement comme un moyen de partager des fichiers. De multiples protocoles ont vu le jour, tout comme de nombreuses applications. Certaines sont très célèbres : citons par exemple µTorrent, Limewire, Kazaa, eMule, BitComet, Shareaza, Frostwire, Grokster ou encore Direct Connect.

Ces logiciels permettent d'échanger tout un tas de contenus. Des fichiers légaux bien sûr, comme des distributions Linux, des logiciels libres ou des œuvres libres de droits ou couvertes par une licence de libre diffusion. Mais aussi des fichiers protégés par des droits d'auteur, mis à disposition sans aucune autorisation. Or, c'est surtout ce dernier aspect qui est retenu par les ayants droit et, parfois, le grand public.

Depuis Napster en 1999, premier service P2P à avoir percé auprès des internautes, on ne compte plus les affaires de piratage impliquant de près ou de loin des programmes de partage de fichiers en pair à pair. Des condamnations ont été prononcées dans de nombreux pays, des mesures techniques ont été prises pour limiter le téléchargement illicite et des lois ont été votées pour dissuader les internautes de pirater.

Cette situation a conduit l'industrie du disque à voir le P2P uniquement comme un moyen de violer la propriété intellectuelle d'autrui. Au début des années 2000, les déclarations emportées contre ces protocoles d'échange n'ont pas manqué. Certains suggéraient de les bloquer techniquement, d'autres ont cherché à criminaliser la conception ou l'utilisation de ces programmes.

Depuis, le ton est moins vindicatif envers le P2P. Warner Bros a ainsi estimé que cette technologie a été injustement diabolisée, même si le studio reste très engagé dans la lutte contre le piratage. La BPI considère qu'il aurait mieux valu travailler de concert avec Napster pour juguler en douceur le piratage, plutôt que de déchaîner les enfers contre le programme.

Si les ayants droit et les organismes chargés de défendre leurs droits concentrent désormais leurs efforts sur les internautes, en essayant de modifier leurs pratiques en brandissant à la carotte (émergence de l'offre légale) et le bâton (riposte graduée, saisie de la justice), la société BitTorrent Inc considère que la réhabilitation du P2P doit se poursuivre afin que cesse cette diabolisation.

BitTorrent veut que cesse la diabolisation du P2P

La firme, dont le fondateur Bram Cohen a donné naissance au protocole BitTorrent, a donc lancé une campagne d'information pour expliquer que BitTorrent n'est pas synonyme de piratage. Baptisée "Does BitTorrent = Piracy ?", elle consiste en une page web dans laquelle la société liste toutes les utilisations légales du protocole. À chaque pression sur le bouton, un nouvel exemple d'usage légal est présenté.

"BitTorrent est ce que Wikipédia utilise pour réduire ses dépenses en bande passante". "BitTorrent est la source de distribution de contenus légaux la plus importante au monde, avec 1,5 million d'œuvres disponibles". "BitTorrent est ce qui permet aux créateurs de diffuser en direct depuis n'importe où, sans restriction de bande passante". Des dizaines d'exemples sont disponibles.

La société BitTorrent, qui s'occupe notamment des logiciels Vuze et µTorrent, explique sa démarche sur son blog. "Nous ne cautionnons pas le piratage. Nous ne l'encourageons pas. Nous ne pointons aucun lien vers des sites pirates. Nous n'hébergeons aucun contenu enfreignant le droit d'auteur". Et d'affirmer que les industries du divertissement ont tout à gagner à se rapprocher du P2P.

"Nous travaillons et nous continuerons de travailler sans relâche avec les industries du divertissement, les artistes et le public pour créer un avenir numérique durable pour les contenus. Et nous avons été reconnus ainsi par des institutions médiatiques de premier plan pour notre contribution à tendre vers cet objectif", affirme enfin Eric Klinker, le directeur exécutif de BitTorrent.

"BitTorrent est la façon dont des entreprises comme Facebook, Wikipédia, Blizzard et Twitter déploient des évolutions techniques à grande échelle. BitTorrent est la manière dont le site Internet Archive préserve et protège des artefacts culturels. BitTorrent permet la décongestion d'Internet. BitTorrent est derrière les artistes", conclut Eric Klinker.

En somme, ces protocoles P2P ne sont que des technologies. Elles sont donc neutres. Comme souvent, elles peuvent servir à tout un tas d'usages, légaux ou non. Ce qui importe, au final, ce sont les pratiques des usagers. BitTorrent en tant quel n'est pas non plus responsable des difficultés de l'industrie du divertissement ou du retard pris à se convertir à la révolution du numérique.

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