Sans avoir conscience qu'un projet européen existe déjà, et qu'il s'agit d'un échec, les députés français se disent favorables à la création d'un moteur de recherche français ou européen, qui constituerait une alternative sérieuse à Google. Mais encore faut-il pouvoir le faire connaître, et le faire utiliser.

A l'heure où l'on ne parle plus que de taxer Google, et à une époque ou un ministre de la République pose en marinière en couverture d'un grand magazine pour défendre le "made in France", la question de l'absence d'un puissant moteur de recherche français ou européen se pose à nouveau. Pour recueillir l'opinion des députés, le site StreetPress s'est rendu dans la salle des quatre colonnes à l'Assemblée Nationale, et a interrogé les députés pour savoir ce qu'ils penseraient de l'idée de créer un Google à la française.

Tous, sans exceptions, sont favorables par principe. Mais tous semblent ignorer que le site Exalead, aujourd'hui largement oublié, devait devenir ce moteur de recherche de référence créé sous l'impulsion de l'Union Européenne, dans le cadre du projet Quaero lancé en 2005. "On aurait pas eu l'aérospatiale si on n'avait pas eu de décision politique pour le faire. On aurait peut-être dû avoir une décision européenne pour faire (une alternative à Google)", regrette ainsi Anne-Yvonne Le Dain, députée socialiste de l'Hérault.

Les lenteurs administratives étant ce qu'elles sont, il avait fallu attendre mars 2008 pour que le programme franco-allemand (qui rassemblait notamment France Télécom, Deutsche Telekom et Thomson) bénéficie enfin d'un feu vert des autorités de la concurrence pour recevoir son financement. Pendant ce temps, Google a creusé son trou et paraît aujourd'hui inarrétable.

Jean-Frédéric Poisson (UMP), a lui aussi des regrets, et ils remontent à loin. "Ou aurait dû dérouler dans toutes ses conséquences le fameux plan calcul le jour où le général De Gaulle a voulu doter la France d'industries pour faire de grands calculateurs et des ordinateurs dignes de ce nom pour concurrencer les Américains à l'époque, on aurait dû aller jusqu'au bout", regrette-t-il. "Il y a en France suffisamment de capitaux et de matière grise pour y arriver si on le décide. On aurait dû avoir un moteur de recherche depuis longtemps".

"C'est facile de faire un moteur de recherche. Plus difficile de l'imposer".

"C'est tout de même mieux d'être maître de son destin plutôt que s'en remettre à un autre", note aussi Bernard Debré, dont le père avait participé à l'élaboration du plan calcul. Il souhaite un Google "made-in France, ou même made-in Europa".

Pour les députés, c'est d'abord une question de souveraineté. "On a intérêt à mettre au point un système de recherche qui soit sous le contrôle de la juridiction française et des tribunaux français", souhaite ainsi Jacques Myard, qui rappelle qu'il a "toujours eu un problème avec le fait que la toile était complètement dans la main des Américains" (voir à ce sujet  sa proposition pour nationaliser Internet, ou son affirmation selon laquelle les DNS sont sous contrôle américain).

Mais c'est aussi une question de souveraineté culturelle. Google qui domine 95 % des recherches, cela veut dire que Google affiche 95 % des réponses, ce qui n'est pas neutre pour l'éducation au sens large. "Concrètement, il va pouvoir modifier l'histoire de l'humanité", s'emballe à cet égard Pascal Terrasse (PS). "On imagine demain que Google décide que ce ne soit pas Leonard de Vinci qui ait écrit tel ou tel livre mais Jean-Louis Patatin"…

Le plus pragmatique reste néanmoins Hervé Mariton. "C'est facile de faire un moteur de recherche", rappelle-t-il, mais "c'est plus difficile de l'imposer". Or, "il ne faut sûrement pas faire comme les Chinois, qui ont une pratique très chinoise de leur moteur de recherche". Le problème d'Exalead n'est pas qu'il soit pas assez pertinent, mais qu'il n'a aucune force de frappe médiatique pour s'imposer comme une alternative sérieuse dans le coeur des internautes.

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