La réédition de séries TV cultes sur DVD est à la mode. La demande est forte et les studios y voient une source de profit nouvelle. Mais les chansons présentes dans les épisodes de vos séries préférées ne sont peut-être pas celles entendues il y a 15 ans...

Indyflow pose la question sur Amazon à propos du coffret de la saison 3 de Mariés deux enfants : « Cette saison est vraiment fidèle à l’esprit de la famille Bundy, plus affirmée encore… Seul problème : où est passé le générique chanté par Sinatra ? ? ? C’est franchement dommage, car ca fait partie de la série et là c’est absent« . Réponse : il a été supprimé car Warner, la maison de disque qui possède les droits sur les enregistrements du crooner, est trop gourmande.

Lorsqu’un studio souhaite réaliser un film ou une série TV, il doit s’assurer de négocier tous les droits sur les chansons utilisées, que ce soit celle du générique ou celles qui viennent illustrer les scènes de comédie. La situation n’est pas nouvelle ; la célèbre chanson « Quand te reverrai-je, pays merveilleux » des Bronzés est née en post-production après que le réalisateur se soit aperçu que la chanson « Etoile des Neiges » réellement chantée par Michel Blanc lors du tournage n’était pas passée dans le domaine public…

Jusqu’à récemment, aucun studio ne pensait rééditer des épisodes de séries TV pour les commercialiser directement en magasin. Les séries étaient par nature conçues pour être diffusées par les chaînes de télévision, et les droits n’étaient négociés qu’à cette fin avec les maisons de disques. Le problème se pose donc aujourd’hui lorsqu’un studio comme Sony Pictures veut commercialiser Mariés deux enfants et donc reproduire à nouveau l’enregistrement. Warner va-t-il encore aujourd’hui autoriser son concurrent à utiliser la chanson culte « Love and Marriage » de Frank Sinatra pour son générique ? Oui, mais au prix fort.

Trop fort, selon de nombreux studios qui ont finalement décidé d’ignorer les maisons de disques et de remplacer certains des morceaux les plus chers par des productions indépendantes beaucoup, beaucoup plus abordables.

Le droit d’auteur au service de la création ?
« Le coût pour obtenir les droits sur la musique fait souvent doubler le nombre d’unités qu’il faut vendre [pour être rentable]« , explique un distributeur. « Parfois, ça devient impossible« . Les maisons de disques croyaient pouvoir fixer le prix qu’elles voulaient, se disant que leurs chansons étaient indispensables à la réédition des séries. Elles se sont visiblement trompées puisque même Sinatra n’a pas survécu au passage en DVD.

Le cas de Mariés deux enfants n’est toutefois pas isolé, et si cette série a pu finalement sortir en DVD avec un nouveau générique, certaines fois les droits sont tellement difficiles à obtenir qu’ils condamnent toute chance de voir une réédition commercialisée. C’est le cas notamment de WKRP in Cincinnati, une série des années 1970 très populaire aux Etats-Unis, mais qui contient tellement de morceaux de vieux rock que sa réédition est inespérée.

Lorsque c’est encore possible, les studios remplacent les chansons, et en font même un argument commercial. Sur le boîtier de la saison 3 de Mariés deux enfants (en tout cas aux Etats-Unis) est ainsi écrit en gros : « Inclus une nouvelle chanson générique ». C’est la méthode Orangina qui, n’arrivant pas à vendre son breuvage, a fait de son défaut son principal atout marketing : « Orangina, il faut secouer, sinon la pulpe elle reste en bas ! ».

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