Lorsqu'il signera un contrat d'édition avec un auteur pour le distribuer dans certains pays, Hachette exigera désormais que l'auteur n'accorde pas de droits à un autre éditeur pour d'autres pays, sauf si la version numérique du livre n'est distribuée qu'avec DRM.

L'activiste et auteur de romans de science-fiction Cory Doctorow a publié lundi une tribune dans Publishers Weekly, dans laquelle il révèle avoir pris connaissance d'une lettre signée de la PDG de Hachette UK, Ursula Mackenzie, à l'un des ses auteurs. Ce dernier a signé un contrat d'édition avec Hachette pour la publication d'une dizaine de livres dans certains pays, et avec Tor Books (une filiale de MacMillan) pour d'autres. Or Hachette reproche à l'auteur d'avoir laissé Tor Books publier la version électronique des livres sans DRM, alors que la filiale de Lagardère utilise des DRM pour (croit-il, espère-t-il) se protéger du piratage.

Hachette "a acquis auprès de vous et de bonne foi les droits de publication exclusive dans nos territoires", rappelle la missive, qui accuse Tor Books de "rentre difficile la protection appropriée des droits qui nous ont été confiés". L'éditeur français demande à l'auteur d'exiger de Tor Books qu'il impose également des DRM, et livre même un plaidoyer pour les mesures de contrôle techniques censées empêcher les lecteurs de faire ce qu'ils veulent des livres qu'ils achètent.

"Des améliorations dans les systèmes des revendeurs et des plateformes d'e-books ont conduit à des DRM plus flexibles qui accordent aux consommateurs une plus grande flexibilité dans leur utilisation des fichiers achetés, telle que la possibilité de les partager au travers de plusieurs appareils", affirme Hachette. Pour lui, "dans le contexte de la contrefaçon occasionnelle, du partage de fichiers aisé, et en tant qu'élément d'une stratégie globale de lutte contre la contrefaçon, les DRM s'avèrent efficaces".

L'essentiel c'est d'y croire, et de ne jamais se rendre sur les sites de liens P2P ou des communautés de lecteurs.

Hachette va même modifier ses contrats d'édition pour imposer à tous ses auteurs qu'ils ne signent pas de contrat avec d'autres éditeurs dans le monde, s'ils n'imposent pas eux-mêmes des DRM.

A croire que le monde de l'édition littéraire n'a rien compris des déboires de l'industrie musicale, qui a dépensé une énergie considérable pendant des années à défendre des plateformes verrouillées, à l'encontre des besoins et des envies de leurs potentiels clients. Ou en tout cas, une partie de l'édition littéraire. Car il reste des éditeurs qui, heureusement, sont plus fins que d'autres.

Cory Doctorow rappelle que Tor Books, le plus gros éditeur SF au monde, a vu ses recettes croître considérablement quand il a décidé de lancer sa plateforme Tor.com, sans DRM. En France aussi, c'est un éditeur de science-fiction qui s'est imposé comme un éditeur incontournable dans le numérique, en abandonnant les DRM : Bragelonne. L'éditeur, qui trouve "cool d'être piraté", est devenu le numéro 1 des ventes d'e-books, sans rien faire pour empêcher ses clients de copier les livres.

Mais bien sûr, "les DRM s'avèrent efficaces". 

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