Contrairement à ce qu'affirme Nicolas Sarkozy, la note d'analyse de l'Hadopi concernant l'impact de la riposte graduée sur le piratage est discutable. Alors que Numerama a pointé la méthodologie des sources choisies, Le Figaro a critiqué la présentation des résultats, la jugeant biaisée.

Dans la course à l’élection présidentielle, la loi Hadopi est en matière de politique culturelle un point d’achoppement constant entre les candidats. Certains veulent la supprimer, d’autres l’aménager. Nicolas Sarkozy, lui, veut conserver le dispositif. Et non content de vouloir en étendre la portée à d’autres secteurs, à savoir le téléchargement direct et le streaming, le président juge « indiscutable » le bilan de l’Hadopi.

Cette position, tous ne la partagent pas. Dans notre article consacré à la note d’analyse publiée par la Haute Autorité, nous avions contesté la méthodologie des sources choisies. À en croire les conclusions de l’étude, la fréquentation des réseaux peer to peer serait en baisse dans l’Hexagone grâce à l’action ininterrompue de la riposte graduée contre les internautes français téléchargeant des contenus piratés.

Le Figaro s’est également intéressé à l’enquête conduite par l’autorité publique. Et contrairement à Nicolas Sarkozy, le quotidien trouve aussi matière à discuter. L’article démontre que la présentation des résultats est biaisée : « en choisissant d’agréger les audiences comme l’Hadopi le fait pour le P2P, on constate au contraire un engouement réel des Français pour le streaming illégal et le téléchargement direct« .

Présentation biaisée des résultats

Les mesures effectuées sont sévères pour la Haute Autorité. Hors P2P, les deux autres principaux moyens pour consulter des œuvres protégées par les droits d’auteur ont progressé de 12 %. En intégrant cinq hébergeurs de premier plan et en prenant octobre 2010 comme point de départ, date à laquelle les premiers mails d’avertissement ont étés envoyés, la hausse est de 29 %. +177 % en partant de janvier 2009.

Le bilan de l’Hadopi après un an et demi d’existence doit donc être fortement nuancé. L’étude montre avant tout que les internautes sont un peuple migrateur capable de changer de pratiques lorsque leurs habitudes sont contrariées par des dispositifs législatifs. Bien sûr, certains arrêtent de télécharger illégalement. Bien sûr, d’autres misent sur l’offre légale. Mais nombreux sont ceux qui restent dans le « maquis » numérique.

Il convient par ailleurs de souligner que l’étude de l’Hadopi cesse à la fin de l’année 2011. Elle ne prend donc pas en compte la fermeture de MegaUpload, qui a obligé de nombreux internautes à rebondir sur d’autres hébergeurs ou à retourner sur les réseaux peer to peer. L’étude des comportements des internautes sur l’année 2012 sera intéressant à cet égard.

Comme une critique ne vient jamais seule, Le Figaro a également pointé du doigt l’arrangement bien commode des graphiques, utile pour démontrer l’utilité de la Haute Autorité à l’heure où elle pourrait disparaître. « L’Hadopi a choisi d’adopter une échelle logarithmique qui écrase les variations entre les sites et amplifie l’audience des petites plates-formes (Deezer est bien plus éloigné d’iTunes dans la réalité)« .

« Sur une échelle linéaire, plus classique, les écarts entre les gros sites sont plus nets et les hausses des petits sites quasi anecdotiques« . Que faut-il y comprendre ? Que la fréquentation des plates-formes légales « a presque stagné« , tranche Le Figaro.

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