Google propose aux internautes américains de les rémunérer pour espionner ce qu'ils font de leur accès à internet. Ils pourront installer un module sur le navigateur de leur ordinateur, ou, pour un gain financier très supérieur, installer chez eux un routeur qui analysera tout le trafic provenant de tous les appareils connectés.

Quelle valeur monétaire accorder à sa vie privée ? Google vient de lancer un programme baptisé Screenwise, qui propose aux internautes de se laisser espionner leur navigation sur Internet en échange d’une maigre compensation financière : un code de réducation de 5 $ chez Amazon à l’inscription, puis 5 $ par trimestre pendant un an. Soit au maximum 25 $. Pour ce prix, les internautes devront installer une extension sur leur navigateur « qui partagera avec Google les sites que vous visitez et comment vous les utilisez« .

Mais cette méthode a ses limites. Rien n’empêche d’utiliser un autre navigateur, et le procédé ne permet pas de saisir ce que font les internautes de leurs smartphones, qui prennent une place croissante dans la navigation sur Internet.

C’est donc pour cela que, de façon plus discrète, Google s’est associée à la société de sondages et d’analyses Knowledge Networks, pour proposer aux internautes d’installer chez eux un routeur Cisco qui analysera tout le trafic passant par leur accès à internet. Toutes les données seront ainsi enregistrées et analysées, y compris celles des utilisateurs se connectant par exemple au réseau Wifi du foyer, ou celles des onglets ouverts dans un mode de navigation privée.

Il n’y a théoriquement aucune limite, seulement la promesse que les données seront anonymées. Or l’on sait que les données anonymées peuvent souvent être dés-anonymées par simples recoupements.

« Certains utilisateurs de Knowledge Networks se sont vus proposer de faire partie des 2 500 premiers foyers de l’étude, qui rapporterait 100 $ immédiatement puis 20 $ par mois« , rapporte Techcrunch.

La proposition de Google rappelle évidemment l’offre de DPI d’Orange, qui propose aux internautes français d’espionner leur navigation, pour le moment contre la seule promesse de publicités mieux cilbées (mais demain, il s’agira certainment d’offrir des abonnements moins chers à ceux qui acceptent de vendre leur vie privée). Le parallèle n’a pas échappé à Reflets, qui note qu’au moins dans le cas d’Orange, les choses ont été préparées en concertation avec la CNIL, avec certaines garanties :

Ce n’est en revanche, à notre connaissance, pas le cas pour Screenwise. Nous n’avons pas connaissance d’un rapprochement entre la CNIL et Google sur ce projet et donc pour le moment bien peu de garanties sur l’anonymisation des données collectées, leur stockage, leur traitement (revente ou partage avec des  » partenaires  » par exemple), ni ce que couvre la collecte en terme de contenus. Orange précisait que les données relatives aux opinions politiques ou religieuses par exemple étaient de fait exclues pour se conformer à la loi Informatique et Libertés.

Et sans doute n’est-ce qu’un début. Facebook vient de demander son introduction en bourse avec une valorisation de 100 milliards de dollars, en basant son modèle économique essentiellement sur la connaissance qu’il a des centres d’intérêts de ses utilisateurs. Il est donc attendu que des entreprises soient prêtes à payer ces utilisateurs pour obtenir les informations qu’elles pourront revendre aux mieux offrants.

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