La Ligue Internationale Contre le Racisme et l’Antisémitisme (LICRA) a dénoncé lundi une prétendue prolifération de la haine sur Internet. « Faute d’une régulation suffisante, la Toile est aujourd’hui un accélérateur du phénomène de banalisation de l’acte raciste« , a ainsi regretté le président de la Licra, Alain Jakubowicz, en ouverture d’une conférence organisée avec le Réseau International contre la Cyberhaine (INACH).

« Le nombre de contenus racistes et antisémites pour lesquels la LICRA a été sollicitée a augmenté de 74 % ces douze derniers mois. En dépit de cette hausse exponentielle des contenus délictueux sur le Web, l’harmonisation des législations internationales relève toujours de l’utopie et les pouvoirs publics français, de leur côté, demeurent encore trop attentistes« , a regretté l’association.

Il faut cependant se méfier des chiffres. Au début de l’année, la plateforme Point de Contact qui rassemble les signalements d’infractions auprès des fournisseurs d’accès à Internet notait bien une explosion du nombre de signalements de contenus racistes et xénophobes, en hausse de 85 %. Et pourtant, elle notait une diminution de 4 % du nombre de cas réellement qualifiés par ses juristes de propos racistes et xénophobes, et donc retenus pour être transmis aux services de police. Ca n’est donc pas tant les contenus racistes qui avaient explosé que la paranoïa ambiante sur la teneur des propos publiés.

Dans un rapport remis il y a bientôt deux ans au premier ministre, l’actuelle présidente de la CNIL Isabelle Falque-Pierrotin avait d’ailleurs noté que « la présence des contenus racistes sur internet est réelle mais difficile à évaluer dans sa volumétrie exacte« . Elle rappelait, surtout, qu’Internet n’est qu’une vitrine de la société, et que si le racisme montait sur Internet, c’est d’abord le signe qu’il monte dans la société tout entière. Vouloir lutter spécifiquement contre le racisme sur Internet aura juste pour effet de le rendre moins visible, et donc beaucoup plus pernicieux. Au moins lorsqu’il est affiché, il peut être contredit.

Dès lors, lorsque M. Jakubowicz appelle « à la responsabilité individuelle et collective de tous les acteurs d’Internet pour que la Toile ne devienne pas la vitrine mondiale de la haine« , c’est d’abord aux causes profondes du racisme qu’il faut s’attaquer. Pas à sa visibilité.

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