La CNIL a jugé illégale la collecte des profils des internautes sur les réseaux sociaux par des sites tiers, en adressant un "carton rouge" au site PagesBlanches.fr du groupe Pages Jaunes. Celui-ci utilisait notamment Facebook pour enrichir les informations des pages de son annuaire.

La CNIL a rendu une décision très intéressante à l’encontre de la société Pages Jaunes, qui se voit délivrer un carton rouge en public. La Commission nationale de l’informatique et des libertés a en effet jugé inadmissible le service que le groupe privé avait lancé en mars 2010 sur son site PagesBlanches.fr, qui ajoutait à l’annuaire traditionnel des informations issues des réseaux sociaux Facebook, Copains d’Avant, Viadeo, LinkedIn, Twitter et Trombi. Trois mois plus tard, 34 millions de profils étaient ainsi indexés.

A côté des informations classiques sur le nom, l’adresse et le numéro de téléphone des particuliers indexés dans l’annuaire, PagesBlanches.fr affichait les profils des individus ayant le même nom patronymique sur les réseaux sociaux. « Les renseignements suivants étaient accessibles sur le site des pages blanches : nom, prénom, photographie, pseudonymes, établissements scolaires, employeurs, professions et localisation géographique« , rappelle la CNIL, qui précise que ces données étaient présentées y compris pour les personnes inscrites sur liste rouge, ou les mineurs.

Par ailleurs, PagesJaunes semblait tout faire pour éviter que les internautes concernés exercent leur droit d’opposition et demandent la suppression de leurs informations personnelles. Il fallait remplir un formulaire pour chacun des profils issus des réseaux sociaux, et joindre une copie d’une pièce d’identité. Rappelons qu’en janvier dernier, le site 123People – racheté en mars 2010 par le groupe PagesJaunes et qui fonctionne exactement sur le même modèle – avait bloqué un outil qui permettait aux internautes d’automatiser la suppression des données personnelles indexées.

La CNIL reproche aussi à PagesJaunes de ne pas avoir mis à jour régulièrement les profils, ce qui pouvait rendre visibles des informations que les internautes avaient ensuite modifiées. 80 % des profils issus des comptes Facebook n’avaient pas été mis à jour pendant plus de 4 mois.

Or le gendarme de la vie privée estime que PagesJaunes n’a pas le droit d’exploiter ainsi les données issues des réseaux sociaux sans l’autorisation des personnes concernées. Pour sa défense, le groupe avait prétendu agir comme un moteur de recherche, qui peut légalement indexer les contenus des sites tiers. Mais « si la société a effectivement recours à une fonction de recherche d’informations indexées dans ses propres bases de données pour la fourniture de son service d’annuaire, son activité principale n’a en revanche jamais consisté en la mise en œuvre d’une application permettant de retrouver des ressources extérieures à celles enregistrées dans ses bases, conformément à l’acception générale du terme  » moteur de recherche  » employé par les usagers d’Internet« , peut-on lire dans la décision (.pdf).

En principe, le carton rouge adressé à PagesJaunes pour son site PagesBlanches.fr devrait aussi s’appliquer à sa filiale 123People. Mais cette dernière est basée en Autriche, et ne semble pas vouloir respecter l’avis de la CNIL, alors que JagesBlanches.fr a arrêté l’intégration des réseaux sociaux en mars 2011, après avoir eu vent des menaces de sanctions.

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