Oui, la formulation est étrange. Mais elle est bien celle employée jeudi par Nicolas Sarkozy lors de sa conférence de presse au Sommet du G8. Le Président de la République revenait sur la rencontre des chefs d’Etat des huit plus grandes puissances mondiales (sauf la Chine) avec une délégation d’industriels ayant participé à l’e-G8. Une délégation composée d’Eric Schmidt (Google), Mark Zuckerberg (Facebook), Hiroshi Mikitani (Rakuten), Stéphane Richard (Orange), Maurice Lévy (Publicis), et Yuri Milner (investisseur russe) :

Nous avons une rencontre avec les grands acteurs d’Internet. C’était extrêmement intéressant. On a décidé d’ailleurs que cela se reproduirait chaque année ; que chaque année, il y aurait le e-G8, les états généraux d’Internet et qu’il y aurait cette rencontre entre les chefs d’Etat et de gouvernement du G8 et ceux d’Internet.

Le Président a aussi résumé les échanges avec la délégation, en commençant par leurs engagements de principe :

Les acteurs d’Internet sont parfaitement conscients qu’ils ont des impératifs et des devoirs vis-à-vis de la sécurité, vis-à-vis de la propriété intellectuelle et même vis-à-vis de la fiscalité numérique.

En échange de leur collaboration sur ces sujets, les six représentants ont fait part de leurs doléances :

Leurs préoccupations étant qu’aucune règle ne puisse venir brider l’innovation et que si règles il y a, elles doivent être compatibles avec le développement de l’innovation : la liberté et l’ouverture d’Internet.

Enfin, Nicolas Sarkozy a avancé la méthodologie :

Nous avons décidé de travailler ensemble et nous avons même fait la proposition qu’eux proposent un corpus, un socle de ce que pourraient être des règles minimum sur un certain nombre de sujets que nous avons, par ailleurs, évoqués en détail.

Or cette méthodologie a été fortement critiquée par Lawrence Lessig, le professeur de Harvard fondateur des Creative Commons, lors du coup de gueule poussé par des représentants de la société civile : « Il est surprenant de venir en France et de trouver quelque chose d’aussi profondément américain. Aux Etats-Unis ces trente dernières années nous avons été pris au piège dans une idéologie qui dit que nous devrions réguler en réunissant les entreprises et en leur demandant ce qu’est une bonne politique publique. Nous avons fait ça aux Etats-Unis à notre grand détriment (…) Donc venir en France, à un tel évènement, où la présomption du Président c’est de réunir les plus grandes entreprises et de leur demander ce que l’avenir d’internet devrait être, c’est époustouflant. J’ai fais un petit peu de philosophie française, et je ne me souviens pas du philosophe français qui a dit que la politique publique est la mieux conseillée en demandant aux entreprises de dessiner les contours de la politique publique. Ca ne sonne pas très français à mon oreille » (voir à la 7ème minute) :

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