Le logiciel est neutre. Il peut être utilisé pour la liberté, ou pour asservir. C'est fort de cette conscience que l'avocat et activiste Eben Moglen a donné avec Debian le coup d'envoi de la FreedomBox Foundation, qui doit aboutir à la réalisation de petits boîtiers à bas prix équipés de logiciels libres qui redonnent aux internautes le contrôle de leurs données, de leur vie privée, et de leur liberté de communication. Une révolution en puissance.

C’est une idée qui germe déjà depuis de nombreux mois, mais qui connaît une urgence particulière depuis les soulèvements dans le monde arabe et les décisions prises par la Tunisie, l’Egypte ou le Bahreïn de couper l’accès à certains réseaux sociaux, voire à tout l’internet. Ces évènements ont mis en lumière la grande fragilité de sites Internet et d’infrastructures réseau qui, par stratégie commerciale, par choix politique et/ou pour des raisons techniques sont extrêmement centralisées, et donc simples à contrôler et à censurer. La solution pourrait venir du petit boîtier dont nous avions parlé l’an dernier, lorsque nous demandions s’il était possible d’imaginer un Facebook libre et décentralisé, respectueux de la vie privée. Le concept se concrétise et prend de l’ampleur sous le nom de FreedomBox, qui reçoit un soutien très important.

En quatre jours seulement, la toute récente FreedomBox Foundation a réuni plus de 40 000 dollars de dons sur Kickstarter pour lancer le projet porté par des développeurs du système d’exploitation Debian. Ils espèrent atteindre 60 000 dollars d’ici les 26 prochains jours, ce qu’ils devraient très largement dépasser.

Avec cet argent, la Fondation souhaite développer d’ici six mois les premières briques de logiciels libres qui permettront aux internautes de ne plus dépendre de sociétés comme Facebook, Microsoft ou Google pour leurs services en ligne, ni des gouvernements pour l’accès à Internet. Toutes les données personnelles des utilisateurs ne seraient plus stockées dans d’immenses datacenters contrôlés par les éditeurs de plateformes privées, mais dans la mémoire de petits serveurs à très basse consommation branchés chez soi, avec un appareil de la taille d’un adaptateur électrique. Chacun hébergerait ses propres données et éventuellement celles de ses amis qui lui font confiance.

Ces « serveurs plugs » existent déjà, à l’image du SheevaPlug, et ne demandent qu’à être démocratisés notamment grâce à des plateformes attractives, à l’image de Diaspora dont le lancement a malheureusement déçu. Vendus actuellement près de 100 dollars l’unité, les mini-serveurs très économes en énergie pourraient ne plus coûter que 25 dollars pièce avec une production de masse.

Les Freedom Box pourraient aussi servir, dans l’imagination des promoteurs, à générer un « réseau en mailles » (mesh network), par lequel toutes les communications entre boîtiers se feraient en P2P, sans fil, sans nécessité le recours à un fournisseur d’accès à Internet. Une sorte de réseau local géant, qu’aucun Etat ne pourrait décider de couper ou de censurer.

Sur son site internet, la Fondation liste les principaux objectifs du projet : réseau social sûr garant du respect de la vie privée, stockage de données sécurisé, protection de la neutralité des réseaux, publications anonymes sûres, sécurité du réseau familial, chiffrage des communications. « Les Freedom Boxes peuvent faire tout ce que des ordinateurs avec un système libre Debian GNU/Linux peuvent faire« , ajoute la page. Les avantages du boîtier sont la simplicité, le coût, et l’économie d’énergie.

Le projet est dirigé par le professeur et avocat Eben Moglen, célèbre juriste de la Free Software Foundation et président du Software Freedom Law Center, qui a livré depuis un an plusieurs conférences sur le sujet. Nous vous suggérons vivement de prendre le temps de regarder celle qu’il a donnée ce mois-ci à Bruxelles lors du Fosdem 2011. Rares sont les discours d’une telle intensité :

Deuxième partie :

Troisième partie :

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