Le gouvernement a coupé la majorité des accès au réseau, dans l'espoir d'étouffer la contestation populaire. Mais les manifestants ne baissent pas les bras, et peuvent compter sur le concours d'hactivistes étrangers, et notamment le l'opérateur associatif français FDN.

La situation politique se durcit en Égypte, alors que les manifestations gagnent en importance. Ce vendredi, le gouvernement égyptien a choisi de frapper fort en coupant tous les accès à Internet. L’objectif du régime étant de priver les manifestants du meilleur (et peut-être seul) moyen de s’informer et de se coordonner. La mesure vise essentiellement les réseaux sociaux et les sites communautaires.

Le site BGP Mon a publié un état des lieux du réseau Internet en Égypte. Il est pour le moins critique et risque de s’aggraver dans les heures qui viennent. Hier, jeudi 27 janvier, le nombre de routes permettant d’acheminer des données à destination s’élevait à 2 903. Aujourd’hui, il n’en reste plus que 327. Autrement dit, 88 % du réseau Internet en Égypte est inaccessible.

En limitant drastiquement Internet, le gouvernement égyptien assécher plus rapidement la révolte qu’avec le filtrage des accès à Facebook et Twitter. En effet, les internautes locaux avaient toujours la possibilité d’atteindre ces services en ligne en utilisant des moyens détournés, comme les réseaux virtuels privés (VPN), les proxys ou les applications mobiles.

Comme le fait remarquer Le Monde, c’est la première fois qu’un pays opte pour un blocage généralisé du net suite à des manifestations populaires. Auparavant, les régimes autoritaires – comme l’Iran – optaient plutôt pour un filtrage massif des services de communication, comme Twitter lors des mouvements de foule consécutifs à l’élection présidentielle.

Les opérateurs de télécommunications locaux n’ont guère de choix. « Tous les opérateurs de téléphonie mobile en Égypte ont reçu pour instruction de suspendre les services dans certaines zones. En vertu de la législation égyptienne, les autorités ont le droit d’émettre une telle ordonnance et nous sommes obligés de nous y conformer« , a déclaré Vodafone, l’un des principaux opérateurs locaux.

Malgré ce tour de vis, les Égyptiens et leurs soutiens à l’étranger ne baissent pas les bras. Malgré la coupure, les manifestants continuent de s’organiser pour communiquer entre eux et faire circuler l’information à l’intérieur et à l’extérieur du pays. Dans ce domaine, ils peuvent en particulier compter sur Telecomix, un mouvement hactiviste suédois.

L’une des pistes suivies par Telecomix, et rapportée par le blog Debord-Encore, est de faire appel à des radios amateurs « pour être en mesure de continuer à communiquer et à acheminer des communications IP (de l’Internet) par les ondes radios, en CQ » (abréviation de Seek You, à propos d’un appel général destiné à toutes les stations).

Peut-être plus efficace que les DDOS militante, et en tout cas moins risqué, le projet dispose de son propre canal IRC (irc.telecomix.org channel #radioham). Les personnes ayant des compétences en radio sont évidemment très recherchées. Un pad est également disponible. En France, le fournisseur d’accès à Internet FDN se porte également au secours des Égyptiens en proposant une ligne téléphonique analogique.

« Pour cette raison, et parce qu’il s’agit bien d’une attaque flagrante d’un état contre internet, FDN a décidé d’ouvrir une petite fenêtre sur le réseau en mettant a disposition de qui le souhaite un compte d’accès RTC. Par ce biais, n’importe qui en Egypte disposant d’une ligne téléphonique analogique capable de joindre la France a la possibilité de se connecter au réseau par le n° suivant : +33 1 72 89 01 50. (login : toto password : toto)« .

L’Égypte est considéré par Reporters Sans Frontières comme un ennemi d’Internet. Nul doute que les récents développements vont conforter très largement la position de ce pays dans ce classement.

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