Inventeur en 2002 de l’expression « neutralité du net », qui est aujourd’hui adoptée partout à travers le monde, le professeur de droit Tim Wu a publié un nouveau livre, The Master Switch, qui décrit les cycles d’ascension et de chute des « empires de l’information » aux Etats-Unis. Il décrit comment des géants comme ABC, NBC, ou AT&T ont d’abord profité d’une rupture technologique pour prendre le pouvoir sur un moyen de communication (radio, télévision, téléphone…), avant de se replier sur eux-mêmes au détriment de l’intérêt du public. Pour éviter que le schéma ne se reproduise avec Internet, il prône une sorte de séparation des pouvoirs, qui interdirait de concentrer dans une même main l’édition de contenus, le transport des données à travers le monde, et la fourniture de l’accès à Internet.

Interrogé par le New York Times, Tim Wu explique que « la question est de savoir s’il y a quelque chose avec Internet ou avec notre époque de fondamentalement différent, qui soit intrinsèquement plus dynamique, qui nous éviterait de répéter l’histoire« . « Je sais qu’Internet a été conçu pour résister à l’intégration, conçu pour résister au contrôle centralisé, et que cette conception a fait échouer des sociétés comme AOL et Time Warner. Mais il y a des sociétés aujourd’hui qui, comme Apple, nous font douter sur le fait de savoir si Internet est quelque chose qui va durer, ou si c’est juste un cycle de plus« .

Il affirme qu’Apple est aujourd’hui la firme qu’il redoute le plus, notamment parce que « Steve Jobs a le charisme, la vision et l’instinct de tout grand empereur de l’information« . « L’homme qui a aidé à créer l’ordinateur personnel il y a 40 ans est probablement le candidat le mieux placé pour aider à l’exterminer. Sa vision a indéniablement du charme, mais il veut trop de contrôle« , précise Tim Wu.

Le professeur de l’Université de Columbia fait un parallèle entre les grands leaders politiques et les grands leaders de l’industrie de l’information, qui sont davantage motivés par le pouvoir que par l’argent. « Les industries de l’information offrent des possibilités que n’ont pas les vendeurs de jus d’orange ou de bottes en plastique, un pouvoir sur l’esprit des gens« .

« Celui qui commence sa vie comme un grand réformateur finit souvent sa carrière en étant de plus en plus paranoïaque et abusif. Il y a un cycle et les problèmes commencent en général lorsque le grand leader sent que son pouvoir est menacé« .

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