Le procès de Kazaa en Australie est rempli de révélations et de rebondissements dignes des séries B américaines. Aujourd'hui l'on apprend que l'éditeur du logiciel avait peur que le public ne sache trop que Kazaa est en lui-même un spyware, et qu'il faisait ses intérêts commerciaux avant la protection des utilisateurs.

L’un des enjeux du procès de Kazaa à Sydney est d’établir la nature exacte des relations entre AltNet et Sharman Networks. Officiellement, le premier qui fournit le contenu légal payant de Kazaa n’est qu’un partenaire du second, l’éditeur du célèbre logiciel de P2P. Or l’accusation cherche à prouver que les deux entités ne forment en réalité qu’une seule et qu’il y a entente pour générer du profit grâce aux actes de piratage.

Dans ces quêtes, de nombreux documents internes jusque là confidentiels ont été saisis puis mis sous séquestres avant d’être finalement révélés lors du procès.

On apprend ainsi que Anthony Rose, le responsable technique d’AltNet, avait une grande influence sur le développeur estonien de l’interface de Kazaa, Priit Kasesalu. Pour vendre de la publicité sur Kazaa, Rose a besoin d’avoir des informations les plus précises possibles sur les utilisateurs et leurs habitudes. Notamment, il a besoin de savoir comment ils réagissent face aux icônes « Gold » qui proposent le téléchargement de contenus payants. Il a ainsi obligé le développeur de Kazaa a implanté un système de notification à plusieurs niveaux.

A chaque fois qu’une icône Gold est affichée, le système le rapporte à un serveur d’AltNet. Même chose lorsqu’une icône est cliquée, lorsqu’un contenu est téléchargé, et même lorsqu’il est joué.

Pritt Kasesalu s’inquiète des failles de sécurité qu’un tel système pourrait recouvrir. « Envoyer des statistiques à des serveurs tiers ouvrira des problèmes de sécurité potentiels, ils pourraient par exemple collecter les adresses IP de tous les clients« , écrit-il. Mais Pritt se préoccupe aussi des retombées juridiques du système, ce qui ne laissera pas indifférent le juge Wilcox en charge du dossier :

« Rapporter (des données à un serveur) va faire ressembler Kazaa à un spyware, dès qu’il deviendra évident que nous enregistrons les téléchargements et les lectures, les utilisateurs se sauveront vers des réseaux concurrents. Et le troisième problème est le problème juridique que les statistiques pourraient ouvrir. Quelqu’un pourrait déduire que nous avons la connaissance des contenus protégés par le droit d’auteur qui sont téléchargés sur notre réseau et conclure que nous devons installer des filtres. Si nous rapportons les fichiers Gold, alors techniquement on pourrait faire la même chose pour n’importe quel fichier« .

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