Effrayant ? SurveillerMonSalarié.com propose aux entreprises d'installer un mouchard sur le poste de leurs salariés, pour enregistrer jusqu'à la moindre touche qu'ils saisissent sur leur clavier. Une solution non seulement dérangeante d'un point de vue éthique, mais aussi souvent contre-productive d'un point de vue entrepreneurial.

Il fut un temps où l’employé était jugé d’abord sur ses résultats et la qualité du travail fini. Mais il semble bien que ce temps soit révolu. Désormais on scrute le salarié comme l’on examine à la loupe le fonctionnement d’une machine dont on tente d’optimiser chaque mouvement pour accroître sa productivité. Chaque clignement d’oeil, chaque grattage de sourcil est du temps – et donc de l’argent perdu. Dans cet esprit, une entreprise de Montargis, la société Planète Informatique, a ouvert lundi un service haut en couleurs destiné aux chefs d’entreprise. SurveillerMonSalarié.com propose aux patrons « de savoir ce que fait votre employé sur son ordinateur, à la minute près« .

« Et si votre salarié enfreint les règles, vous le saurez immédiatement… Terminé les pauses interminables Facebook, Twitter, et Msn Windows Live Messenger !« , annonce le site illustré par des dessins infantilisants.

Pour 790 euros HT par poste, la société propose l’installation d’un logiciel qui permet notamment d’enregistrer toutes les saisies sur le clavier (keylogger), les clics de souris, les sites internet visités, les conversations sur les services de messageries instantanées (ICQ, Miranda, Skype, Gooqle Talk, MSN, AIM, AOL, Yahoo,…). Le logiciel garde même la copie de captures d’écran prises toutes les secondes avec heure, date et nom de l’employé. Si un mot clé surveillé est détecté, le patron est informé par mail, en plus des rapports journaliers qu’il reçoit.

Officiellement, la société invite ses entreprises clientes à faire une déclaration à la CNIL, et à informer les salariés que leur ordinateur est surveillé. Il propose même des modèles de documents. Mais il est étrange que l’un des arguments mis en avant soit le fait que « le logiciel est invisible« , comme le rappelle le détail des fonctionnalités : « Invisible dans la liste de démarrage de Windows » et « Invisible dans le gestionnaire de tâches de Windows 7/Vista/XP« .

Contacté par Numerama, le co-fondateur du site David Damour nous explique que sa société n’est pas l’auteur du logiciel, mais le revendeur et installateur d’une solution développée et déjà commercialisée aux Etats-Unis. Il assure que SurveillerMonSalarié a reçu un blanc-seing de la CNIL, puisque tout serait légal à la condition d’informer. A supposer que ça soit exact, le problème de fond est que le salarié ou le chercheur d’emploi n’a pas vraiment d’autre choix que d’accepter.

Pour vendre sa solution, la société cite une étude d’Olfeo… une entreprise qui commerciale des solutions de filtrage. Elle indique que les employés de bureau passeraient aujourd’hui 86 minutes par jour sur lnternet, dont 67 % pour des activités personnelles et notamment des jeux. « Le temps perdu sur Internet représente aujourd’hui une perte de productivité de 13,8 %« , relate SurveillerMonSalarié.com, qui estime ainsi que l’entreprise perd « 2 mois de salaire par an et par employé« .

Mais le site n’évoque pas les travaux du docteur Brent Coker du département Marketing de l’Université de Melbourne. Après étude de 300 salariés, il concluait au contraire l’an dernier que les temps de pause que s’accordent les salariés sur Internet les aident à être mieux concentrés le reste du temps, et donc à être au final plus productifs… Tout est une question de mesure, mais aussi de confiance.

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