Le Sénat propose le prix unique pour le livre numérique

Guillaume Champeau - publié le Lundi 13 Septembre 2010 à 12h32 - posté dans Société 2.0

Les sénateurs Catherine Dumas et Jacques Legendre souhaitent étendre au livre numérique les dispositions de la loi de 1981 sur le prix unique, qui oblige les libraires à vendre les livres au prix fixé par l'éditeur. Une disposition pourtant difficile à transposer à l'univers numérique.

En principe, sauf à recourir à un contrat de mandat qui ôte toute liberté au vendeur, il est interdit à un fournisseur de décider du prix auquel un marchand vendra son bien auprès du consommateur final. C'est un principe essentiel de la libre concurrence, qui connaît toutefois une exception en matière de livres. La loi Lang du 10 août 1981 impose en effet que les éditeurs fixent le prix de vente au public de leurs ouvrages, sans que les vendeurs puissent y déroger, de manière à ne pas donner aux grandes chaînes de distribution un avantage sur les petits libraires de quartier. Mais la loi ne s'applique pas aux livres numériques.

Dans un avis du 18 décembre 2009 (.pdf), l'Autorité de la Concurrence s'était montrée très réservée sur l'opportunité d'étendre le dispositif aux livres numériques. "L'Autorité de la concurrence estime qu'il est primordial de permettre aux acteurs d'innover et de tester le marché, et par conséquent de ne pas mettre en place de façon prématurée un cadre qui pourrait se révéler trop rigide ou rapidement obsolète, et qui risquerait au final de ralentir le développement du marché", prévenait-elle. Elle avait expliqué que les objectifs de la loi Lang, en particulier celui de ne pas tuer les petits libraires de quartier qui assurent la couverture culturelle du territoire, n'a pas de sens dans l'univers numérique. Elle avait demandé une période d'observation d'au moins un à deux ans avant de prendre toute décision, mais jugeait de toute façon qu'une régulation par la loi ne serait viable"qu'à condition d'être mis(e) en place à l'échelle internationale et notamment communautaire".

En janvier 2010, les conclusions de la mission Zelnik sur le développement de l'offre légale suggérait d'étendre la politique du prix unique aux "livres homothétiques", c'est-à-dire aux reproductions numériques quasi identiques des livres papier. Mais la proposition était jusqu'à présent restée lettre morte.

Ce sont deux sénateurs, Catherine Dumas (UMP) et Jacques Legendre (UMP) qui la reprennent dans une proposition de loi déposée la semaine dernière. M. Legendre étant le Président de la commission des affaires culturelles du Sénat, le texte a de très fortes chances d'être examiné en séance plénière et d'arriver un jour à l'Assemblée Nationale. Alors que la plupart des propositions de lois issues du Parlement sont des textes avant tout politiques, sans grande rigueur juridique, celui-ci a été très travaillé.

La proposition de loi dispose ainsi que "toute personne établie en France qui édite un livre numérique dans le but de sa diffusion commerciale est tenue de fixer un prix de vente au public", qui "peut différer en fonction du contenu de l'offre, de ses modalités d'accès ou d'usage" - c'est-à-dire qu'en fonction des droits encadrés par les DRM, le prix peut varier (notamment s'il est possible d'en faire une copie, de l'imprimer, etc.). Ce prix fixé par l'éditeur "s'impose aux personnes établies en France proposant des offres commerciales de livres numériques au détail".

On perçoit là la principale faiblesse du texte. Par souci de respecter le droit communautaire, il ne s'applique qu'entre éditeurs et marchands établis en France, ce qui permettra aux vendeurs étrangers de proposer les livres moins chers que dans les boutiques en ligne françaises.

Le texte veut aussi ne viser que les livres homothétiques. Il demande au gouvernement de définir par décret ce qu'est un livre numérique concerné par le prix unique, mais précise qu'il devra s'agir d'une "oeuvre de l'esprit créée par un ou plusieurs auteurs, commercialisé sous forme numérique et ayant été préalablement publié sous forme imprimée ou étant, par son contenu et sa composition - à l'exclusion des éléments accessoires propres à l'édition numérique -, susceptible de l'être".

Dans quelle mesure la proposition de loi permettra-t-elle à un éditeur comme InLibroVeritas de continuer à publier ses livres gratuitement sous une licence libre Creative Commons qui autorise sa reproduction y compris à titre commercial ? Un beau casse-tête en perspective.

Publié par Guillaume Champeau, le 13 Septembre 2010 à 12h32
 
 
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Commentaires à propos de «Le Sénat propose le prix unique pour le livre numérique»
 

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2
Quel va être le prix des livres numériques du domaine publique si ils doivent être au même prix que ceux qui sont imprimés.
Vous croyez que comme ça nous pourrions avoir le "fabuleux" livre de Christophe Tardieu à un prix décent ? C'est à dire pour rien.
Dans quelle mesure la proposition de loi permettra-t-elle à un éditeur comme InLibroVeritas de continuer à publier ses livres gratuitement sous une licence libre Creative Commons qui autorise sa reproduction y compris à titre commercial ?

Quel est le problème ?
La loi prévoit un prix unique pour les livres papier. Si ce prix est ZERO, il est unique et vaut ZERO partout.

Donc, je ne vois pas en quoi cette loi interdirait à un éditeur de proposer ses livres gratuitement.
malaga, le 13/09/2010 - 13:11
Dans quelle mesure la proposition de loi permettra-t-elle à un éditeur comme InLibroVeritas de continuer à publier ses livres gratuitement sous une licence libre Creative Commons qui autorise sa reproduction y compris à titre commercial ?

Quel est le problème ?
La loi prévoit un prix unique pour les livres papier. Si ce prix est ZERO, il est unique et vaut ZERO partout.

Donc, je ne vois pas en quoi cette loi interdirait à un éditeur de proposer ses livres gratuitement.
Tu n'as pas compris toi.

La license permet la reproduction même à titre commerciale. C'est à dire qu'un autre éditeur peut reproduire l'ouvrage et le vendre. Et vu que ce n'est pas le même éditeur... ben c'est le foutoir.
La question ici et de proposer pour l'éditeur le livre à un prix différents selon le support.

Zeros là où le support est apporté par le consommateur, le prix d'impression pour un livre papier qui lui aura toujours un cout d'impression de reluire, de stockage et acheminement légèrement diffèrent d'un PDF qui est imprimé par l'acheteur si celui ci le souhaite.
Correction: "qui ôte toute liberté au vendeur"

Sans être méchante, comment ça se fait que les articles sur numérama sont toujours bourrés de fautes?
Note au rédacteur : qui ôte pas qui hôte ;)

La license permet la reproduction même à titre commerciale. C'est à dire qu'un autre éditeur peut reproduire l'ouvrage et le vendre. Et vu que ce n'est pas le même éditeur... ben c'est le foutoir.
Quel foutoir ?
Je suis propriétaire des droits des oeuvres de Jean-Charles Scoubidou et j'ai signé avec lui un contrat de diffusion gratuite sur Internet de ses romans picaresques.
Un rigolo s'amuse à vouloir VENDRE les oeuvres de JCS. Où vois-tu un foutoir si notre ami Jean-Charles n'a pas signé de contrat avec ce guignol ?
Ils ont raison de légiférer alors qu'il y a pas une seule offre qui tiens la route en France :D

bon ce qui fait chier c'est qu'avec des dispositions comme ca, et la frilosité du secteur;
ca suis inexorablement le chemin de la musique en ligne...

alala, c'est pas demain que j'aurais un code de téléchargement pour mon smartphone quand j'achèterais un bouquin physique...
c'est-à-dire qu'en fonction des droits encadrés par les DRM, le prix peut varier (notamment s'il est possible d'en faire une copie, de l'imprimer, etc.).
C'est-à-dire aussi, qu'à l'instar du marché de la musique en ligne, le livre numérique ne décollera pas tant qu'il y aura un tel entêtement à vouloir le pourrir de verrous. Prix unique ou prix variable.
malaga, le 13/09/2010 - 13:32

La license permet la reproduction même à titre commerciale. C'est à dire qu'un autre éditeur peut reproduire l'ouvrage et le vendre. Et vu que ce n'est pas le même éditeur... ben c'est le foutoir.
Quel foutoir ?
Je suis propriétaire des droits des oeuvres de Jean-Charles Scoubidou et j'ai signé avec lui un contrat de diffusion gratuite sur Internet de ses romans picaresques.
Un rigolo s'amuse à vouloir VENDRE les oeuvres de JCS. Où vois-tu un foutoir si notre ami Jean-Charles n'a pas signé de contrat avec ce guignol ?
Le foutoir c'est pour le consommateur. Il y aura une version payante et une version gratuite qui vont coexister.
malaga, le 13/09/2010 - 13:32
Je suis propriétaire des droits des oeuvres de Jean-Charles Scoubidou et j'ai signé avec lui un contrat de diffusion gratuite sur Internet de ses romans picaresques.
Un rigolo s'amuse à vouloir VENDRE les oeuvres de JCS. Où vois-tu un foutoir si notre ami Jean-Charles n'a pas signé de contrat avec ce guignol ?

Prends 5 minutes pour réfléchir. Scoubidou signe avec l'éditeur un contrat qui dit "tu as le droit de diffuser mon oeuvre sous licence Creative Commons by-nc-sa, de le diffuser gratuitement, et par ailleurs de le vendre". L'éditeur s'y plie. Mais la loi lui impose de fixer le prix de l'oeuvre, vis à vis des revendeurs français. Or par la licence CC un autre éditeur peut lui aussi exploiter commercialement l'oeuvre, il n'a pas besoin de signer un contrat avec l'auteur (puisque c'est déjà fait via la licence).

Par ailleurs la licence CC est internationale, or la loi ne s'applique qu'entre Français.
Ce que je trouve surtout aberrant est d'absolument vouloir légiférer là où il n'y a pas de problème et où personne ne semble se plaindre.
Vouloir étendre la loi Lang sur le prix unique au numérique est absurde dans l'optique où le but avoué de cette loi n'a aucun sens dans le monde numérique. Bien au contraire, les prix concurrentiels de certaines oeuvres numériques (favorisés par l'économie de production mais aussi par les créations sous licence libre) ne peuvent que développer la couverture culturelle. Ce projet de loi ne servirait qu'à mettre des bâtons dans les roues des éditeurs numériques, voir à affaiblir le marché du livre francophone en France.
Je me demande bien comment ils ont eu cette idée, ces deux sénateurs. On ne se réveille pas un matin en se disant : "Tiens, aujourd'hui je vais demander d'étendre le champ d'application d'une loi au numérique".
Y avait des plaintes, des demandes, des gros sous en jeu pour des majors de l'édition papier ?
dieangel, le 13/09/2010 - 13:30
Correction: "qui ôte toute liberté au vendeur"

Sans être méchante, comment ça se fait que les articles sur numérama sont toujours bourrés de fautes?
C'est le pouvoir de la nouvelle presse face à l'ancienne, c'est interactif ouaaaaaaaaa ;)
C'est pas les communistes qui fixent les prix d'habitude ? Ce genre de choix n'est pas décrié comme facho par l'UMP d'habitude ? C'est pas un gros cadeau aux grosses boites (les copains de Sarko) seuls capables de soutenir un prix unique et la mort des indépendants ? C'est pas la volonté de tuer une certaine presse non contrôlable par le pouvoir (cf Flamarion à l'intérieur lorsque Sarko a voulu empêcher la sortie du livre de Célia, cela était possible car c'était un gros de l'édition) ?
Quelle différence avec l'entente sur les prix pratiquée par SFR / Bouygues / Orange par exemple? A part que c'est l'Etat qui autorise?
déjà que j'ai du mal à imaginer un avenir pour le livre numérique, mais alors là, je sens qu'ils vont tuer le marché avant même qu'il n'existe réellement... et je vois bien des prix proches des éditions papier, autant dire de quoi n'intéresser pas grand monde.
par ailleurs, tout comme pour la vidéo et la zique, quid de l'occaz?

simple intérêt du livre électronique: la possibilité technique d'écouter un ouvrage et non plus le lire, via des softs de synthèse vocale. mais je ne me vois pas lire un bouquin sur un smartphone (déjà testé), un ordi (déjà testé) ou un ipad...
L'exception culturelle française, ou devrait-on dire la... connerie ?! :rolleyes:
VoidDragon, le 13/09/2010 - 13:14
malaga, le 13/09/2010 - 13:11
Dans quelle mesure la proposition de loi permettra-t-elle à un éditeur comme InLibroVeritas de continuer à publier ses livres gratuitement sous une licence libre Creative Commons qui autorise sa reproduction y compris à titre commercial ?

Quel est le problème ?
La loi prévoit un prix unique pour les livres papier. Si ce prix est ZERO, il est unique et vaut ZERO partout.

Donc, je ne vois pas en quoi cette loi interdirait à un éditeur de proposer ses livres gratuitement.
Tu n'as pas compris toi.

La license permet la reproduction même à titre commerciale. C'est à dire qu'un autre éditeur peut reproduire l'ouvrage et le vendre. Et vu que ce n'est pas le même éditeur... ben c'est le foutoir.

Trop tordant la on se demande si il y en a lise qui lise et essaye de comprendre ou si il font exprès d'être bête, pour infos j'ai demander à un enfant de 10 ans de le lire et voir si il à compris le sens de la phrase bah par miracle il a mieux compris que malaga. Comme quoi on sait maintenant qu'il fait exprès de pas toujours comprendre les points de vue exposé ici même par les rédacteurs/commentateurs
Encore une loi qui va faciliter "l'évasion fiscale" des éditeurs...
Ils iront au Luxembourg, paradis fiscal, et pourront vendre les livre au prix qu'ils veulent.
Ces sénateurs, ils feraient mieux de rester au chaud dans leurs fauteuils roulants, bien au chaud sous la couverture !!!
Rassurez-moi, on est pas le seul pays où il pleut des bouses juridiques de ce genre tous les jours ?

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