Soldes d'hiver : Grâce à son observatoire des prix, Numerama détecte les bonnes affaires !

Grâce à TERA, la création emploie un million de personnes en France (ou pas)

Julien L. - publié le Mercredi 21 Juillet 2010 à 14h00 - posté dans Société 2.0

Selon l'étude menée par Tera, l'industrie de la création emploierait en France pas moins d'un million de personnes. Un chiffre particulièrement élevé, d'autant qu'il ne correspond pas aux précédentes données fournies entre autres par le ministère de la culture et de la communication.

Hier, nous décortiquions à travers deux actualités distinctes le dernier bilan 2009 du Syndicat national des producteurs phonographiques (SNEP). Dans celui-ci, nous avions relevé d'une part la grande satisfaction du directeur général du SNEP vis-à-vis de la promulgation de la loi Hadopi (entre autres choses) et d'autre part nous avions remarqué que le SNEP avait repris stricto sensu les conclusions d'une étude particulièrement controversée du cabinet d'analyse Tera Consultants.

Or, il semble que le document intitulé "guide de l'économie de la production musicale" recèle d'autres pépites. En effet, un de nos lecteurs - "Mr Faxanfigueurs" - a été interpellé par les étranges chiffres avancés par le SNEP - et donc par Tera Consultants - à propos du nombre de personnes employées par les industries de la création. Selon le rapport (page 25 du document), pas moins d'un million d'individus (8,5 millions dans l'Union européenne) auraient été employées par ce secteur en 2008.

Un million de personnes en 2008 ? Comme c'est étrange. Pour cette même année, Christine Albanel indiquait un tout autre chiffre : 500 000 salariés. L'ancienne ministre de la culture et de la communication avait indiqué ce chiffre dans un communiqué de presse pour contrer les propos de l'eurodéputé Guy Bono. Nous apprenions alors que "les industries culturelles [...] représentent près de 500 000 emplois dans notre pays".

Évidemment, il s'est rapidement avéré que ce chiffre était complètement faux. Ironie du sort, c'est le propre ministère de Christine Albanel qui infirma par mégarde ces informations, dans un document daté de 2006. À l'époque, le document était encore disponible sur le site du ministère de la culture, mais curieusement, il a disparu depuis (du moins, le lien que nous avions proposé en 2008 n'est plus actif).

Cliquez sur l'image pour la voir en grand :

Cependant, grâce à la magie d'Internet, le document PDF est désormais accessible sur un autre lien (.pdf), aimablement fourni par Mr Faxanfigueurs. Dans celui-ci, nous apprenions que le champ des industries culturelles regroupait près de 157 000 emplois. Un chiffre (page 14 du document, chiffres de 2003) déjà important dans la mesure où il concernait des domaines plus ou moins variés comme les agences de presse (6 600 personnes), l'édition papier (7 000 personnes) et même la publicité (100 000 personnes).

En réalité, en s'en tenant au sens "classique" de la l'industrie de la création, le secteur regroupait au maximum 70 000 salariés, avec une répartition comme suit : 65 000 emplois pour l'audiovisuel et 5 500 pour l'édition phonographique. À l'époque, notre lecteur avait tenté de gratter au maximum pour essayer d'approcher les chiffres avancés par le ministère de la culture : "même en ajoutant l'intégralité des comédiens et des musiciens, on arrive péniblement à 120.000 ou 130.000 emplois plus ou moins concernés par le piratage".

Ce n'est déjà pas tout à fait le même nombre que les données avancées précédemment. À supposer que le piratage détruit effectivement des emplois, ce serait donc - toujours en théorie - 70 000 emplois (ou 130 000 en tapant large) potentiellement menacés, et non pas 157 000, 500 000 ou un million. Par ailleurs, si depuis 2003 (date des chiffres présentés dans le document du Département des études, de la prospective et des statistiques (DEPS)) certains secteurs ont très certainement embauché, on reste circonspects sur un niveau de recrutement atteignant 500 000 ou un million de personnes.

Car en effet, le cabinet Tera Consultants va encore plus loin. Alors que Christine Albanel avait avancé le chiffre de 500 000 emplois (trois fois supérieur aux données du DEPS), l'enquête de Tera Consultants évoque le chiffre d'un million d'individus. À nouveau, le document intègre la publicité dans le calcul global. À première vue, ce secteur est rarement associé à la création, du moins pas au sens habituel. D'ordinaire, la création concerne plutôt des domaines comme la création de films, de musique, de livres ou même de séries TV. Mais admettons.

Si nous retirons de ce chiffre total (un million) les 157 000 emplois créés par l'industrie de la création et les 100 000 personnes employées par la publicité, selon le ministère de la culture et de la communication, nous nous retrouvons avec un chiffre de 743 000 dont nous ignorons la provenance. Certes, comme indiqué plus haut, des embauches sont certainement survenues, mais dans ce cas, il faut imaginer d'autres situations : départs à la retraite, reconversions, licenciements...

Selon Mr Faxanfigueurs, un élément ne figurait pas dans les estimations du ministère de la culture et de la communication : il s'agit des activités liées à la distribution de disques. Mais bien évidemment, difficile d'imaginer que ce domaine occupe 743 000 emplois. Car en effet, le "commerce de détail" - qui englobe les activités de distribution de disques - concerne 1,72 million de salariés (selon un document (.pdf) sur les PME produit par le ministère de l'économie, de l'industrie et de l'emploi).

Pas sûr que 743 000 emplois sur 1,72 million (c'est-à-dire près de 43 %) de salariés travaillant dans le commerce de détail évoluent dans des activités liées à la distribution de disques. Car si le piratage est aussi dévastateur que l'affirment les industries culturelles, cela laisserait penser que près de la moitié de ces emplois sont menacés. Ce qui est loin d'être démontré.

Pour Mr Faxanfigueurs, "ce chiffre décrédibilise complètement non seulement l'étude, mais ce cabinet tout entier. Il ne s'agit pas en effet d'hypothèses (par définition pifométriques, donc excusables dans leurs excès) mais de chiffres sur l'état des lieux visiblement bidonnés".

Et de finir sur une pointe d'humour : "En tout cas, TERA fait preuve de créativité comptable et mérite donc d'être comptée au nombre des entreprises du secteur créatif".

Cela étant, il faut rappeler la façon dont est né le rapport de Tera Consultants. Ce document avait été commandé par la section BASCAP (Business Action to Stop Counterfeiting and Piracy, un nom qui ne laisse pas vraiment de place à la nuance) de la Chambre de Commerce Internationale (CCI). Or, cette chambre est justement présidée par un certain Jean-René Fourtou, le président du conseil de surveillance de Vivendi.

Publié par Julien L., le 21 Juillet 2010 à 14h00
 
 
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Commentaires à propos de «Grâce à TERA, la création emploie un million de personnes en France (ou pas)»
 

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T'in... Si Tera tenait ma compta, je serais millionnaire... :)
Un point godwin ?

C'est pas goebbels qui disait "plus c'est gros plus ça marche" ?
Une question me brûle la vulve :
Un secteur qui double ses effectifs en un an peut-il être considéré comme un secteur en crise ?

A moins que ce soit HADOPI qui ait permis la création de 500.000 emplois ? Les emplois fictifs de la HADOPI sont tant que ça ? Tu m'étonnes que ça coûte cher...
 
spiritstm, le 21/07/2010 - 14:10
Un point godwin ?

C'est pas goebbels qui disait "plus c'est gros plus ça marche" ?

Plus exactement "Plus le mensonge est gros, plus il passe" mais oui c'est bien Joseph Goebbels. Par contre c'est pas du tout un point Godwin dans le sens où il n'est fait aucune mention à un nazi :) Faut pas voir des points Godwin partout ^^
 
Oh et sinon : super article :)
Je pense qu'il est toujours bon de rappeler l'article de ReadWriteWeb sur ce rapport. Il démontre le manque de sérieux, tant dans les sources utilisées pour les données numériques que dans les "outils" mathématiques employés. Ce à quoi il ajoute d'ailleurs que cette étude est arrogante ("enfin" une étude sur le piratage) et minoritaire dans ses conclusions, comparée à d'autres études (plus sérieuses et moins financées par les industries concernées).
snifff je fais partie de ces nombreux emplois menacés par le piratage... j'ai trroooooooppppp peur du piratage hadopi hadopi où es tu ? hadopi hadopi défend moi ! hadopi hadopi donne nous des sous ! hadopi hadopi lâche le crédit !

http://cinetribulati...oficas_mod.html

pour l'instant, en tout cas, notre principal soucis au studio c'est les banques et la mainmise sur le marché de la diffusion par qques producteurs omnipotents... je me tue à leur répéter qu'il faut arrêter de faire 100% de prod pour la télé et de viser la diffusion sauvage avec merchandising à la clé (cf pucca ou hello kitty mais version adulte évidement passk on est pas des tarlouzes).

un peu d'pub sur un truc qui ferait un grave bon merchandising : www.planktoninvasion.com
Je demande une précision :

Mindo, le 21/07/2010 - 14:00
le "commerce de détail" - qui englobe les activités de distribution de disques - concerne 1,72 million de salariés (selon un document (.pdf) sur les PME produit par le ministère de l'économie, de l'industrie et de l'emploi).

...il faut souligner que oui le commerce "retail" dont il est question dans ce doc couvre l'intégralité du secteur retail (fruits, légumes, grandes surfance et tutti quanti), et qu'il ne s'agit pas du retail dans le cadre des oeuvres artistiques.

je cite ici le rapport pour plus de transparence :
PDF-PME.GOUV.FR, le 01/01/1970 - 01:00
Le commerce de détail regroupe toutes les entreprises dont l’activité principale est la revente (sans transformation) de biens neufs ou d’occasion destinés à être utilisés par les particuliers ou les ménages. Le commerce de détail englobe la vente en magasin, à prédominance alimentaire spécialisée (vente au détail de fruits et légumes, de viandes…) et non spécialisée (hypermarchés, supermarchés, épiceries…). Il comprend aussi la vente en magasin, sans prédominance alimentaire spécialisée (vente au détail de meubles, de vêtements…) et non spécialisée (Bazars, grands magasins…). Enfin, les entreprises de réparation de biens à usage personnel et de vente de détail hors magasins (marchés ambulants…) sont incluses dans ce secteur.


- - - - -

Autre chose, Numerama : le dernier paragraphe, qu'importe si ce qu'il insinue s'avère ou pas, tient de la présomption ; c'est dommage pour un si bon article. De même, inutile de citer à tout bout de champ "Mr Faxanfigueurs", les informations rapportées s'avèrent d'elles-mêmes, étant de pures constats.
Et soudain un article de blog peut se prévaloir d'une vraie valeur d'article de fond.
Epitaf, le 21/07/2010 - 14:06
T'in... Si Tera tenait ma compta, je serais millionnaire... :)
Ou en prison pour diverses fraudes et abus :)
Est ce que ce chiffre ne fait pas référence à l'ensemble des personnes travaillant dans le domaine artistique : intermittents, théâtre, etc?
En tout cas il y en a un qui aime Mme Moisy!! :D
@qaruk.zurack

ouais mais "Mr Faxanfigueurs" c'est mortel comme nom... je comprends qu'il prenne plaisir à le balancer plusieurs fois dans le texte.

Mr Faxanfigueurs Mr Faxanfigueurs Mr Faxanfigueurs Mr Faxanfigueurs
AxS/Natsume, le 21/07/2010 - 14:24
Epitaf, le 21/07/2010 - 14:06
T'in... Si Tera tenait ma compta, je serais millionnaire... :)
Ou en prison pour diverses fraudes et abus :)

plutôt président à la sacem...
Une chose que l'on oublie de préciser : toute la chaîne d'édition musicale (et progressivement celle du film également) pousse à la roue de la numérisation (pas assez vite étant donné l'âge moyen des dirigeants du secteur qui ne comprennent que ce qu'il peuvent avoir dans les mains). Qui dit numérisation dit PLUS BESOIN DE DISTRIBUTEURS PHYSIQUES (FNAC, VIRGIN, etc).
Il serait dès lors extrêmement vicieux (mais on est habitué) de comptabiliser des emplois que le secteur a, d'ores et déjà, l'intention d'éliminer. Ceci tout en faisant porter le chapeau de cette liquidation au très célèbre piratage !
db
Epitaf, le 21/07/2010 - 14:06
T'in... Si Tera tenait ma compta, je serais millionnaire... :)
Il peuvent si tu les payes assez. ;p
A moins que le Mr de "Mr Faxanfigueur" fasse partie de son pseudo, en français Monsieur s'abrège en M., pas en Mr.

C'est même un des exemples donnés par Wikipedia dans l'article sur "Abréviation" : http://fr.wikipedia....iki/Abréviation
jolavillette, le 21/07/2010 - 15:09
A moins que le Mr de "Mr Faxanfigueur" fasse partie de son pseudo, en français Monsieur s'abrège en M., pas en Mr.

C'est même un des exemples donnés par Wikipedia dans l'article sur "Abréviation" : http://fr.wikipedia....iki/Abréviation


Et cette partie ci de l'article en question, au demeurant très intéréssant te convient-elle mieux ?

Mindo, le 21/07/2010 - 14:00
.../...

Cela étant, il faut rappeler la façon dont est né le rapport de Tera Consultants. Ce document avait été commandé par la section BASCAP (Business Action to Stop Counterfeiting and Piracy, un nom qui ne laisse pas vraiment de place à la nuance) de la Chambre de Commerce Internationale (CCI). Or, cette chambre est justement présidée par un certain Jean-René Fourtou, le président du conseil de surveillance de Vivendi.


Tu constateras qu'il n'y figure, ni de M. ni de Mr. devant le nom cité, laquelle personne occupe à la fois les fonctions de président de la section BASCAP (Business Action to Stop Counterfeiting and Piracy, de la Chambre de Commerce Internationale (CCI) et de président du conseil de surveillance de Vivendi.

C'est plus clair dans ta tête ainsi ?




:france:
La loi ne punit pas ce genre de procédé? Invoquer des chiffres complètement mensonger afin d'obtenir des avantages ne pose aucun problème? Hormis éthique. Si ces gens en avaient une, ça se saurait, m'enfin...
N'importe quoi. Comme d'habitude. Nos ministres sont vraiment nuls, et boient les bêtises des industriels à la louche.
En tout cas bravo, très bon article.
Il est amusant de voir comment ils vont compter les dégraissements au niveau des projectionnistes dans les cinémas. C'est le pirates aussi la cause?

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