Lorsque le projet ouvert WebM est apparu fin mai, nous avions considéré à ce moment-là que la grande force du conteneur multimédia ne résidait pas tant dans l’arrivée du codec vidéo VP8, mais plutôt dans le choix d’une licence très particulière. En effet, pour dissuader quiconque d’intenter un procès contre WebM (et donc contre Google), le géant américain avait conçu une licence proche de la licence libre BSD (Berkeley Software Distribution).

Celle-ci était plutôt bien pensée. Elle permettait de retirer les droits d’utilisation du format aux individus ou aux entités qui voudraient en découdre devant les tribunaux, en s’attaquant à la légalité de WebM. Car en effet, plusieurs observateurs ont souligné la grande proximité du format VP8 avec le codec propriétaire H.264. Certes, le consortium MPEG-La aurait pu s’attaquer à VP8Évidemment. Mais en libérant le code-source du codec vidéo, Google a joué un très bon coup.

Comme nous l’expliquions ce matin, plusieurs éditeurs ont d’ores et déjà commencé à intégrer le projet WebM dans des versions avancées de leur navigateur. Et au regard de sa licence très permissive, nul doute que l’adoption du format WebM sera rapide et et massive, ne serait-ce que grâce à Google, à travers sa plate-forme vidéo (YouTube), son navigateur (Chrome) ou son système d’exploitation mobile (Android). Dès lors, quel industriel d’importance aurait le cran de retirer du marché tous ses appareils qui utilisent le système Android, forcéemnt compatible tôt ou tard avec WebM ? Ce serait un risque commercial certain.

Cependant, cette licence d’un genre un peu particulier a bousculé les partisans des licences libres. Et pour cause : la première version de licence permettait à Google de retirer tous les droits du plaignant en cas de procès, c’est-à-dire à la fois les droits d’exploitation et la licence d’utilisation. Or, cette politique est assez antinomique avec la conception des licences libres. Conscient des problématiques à venir, la firme américaine a donc procédé à une légère mise à jour pour résoudre ce conflit.

« Comme elle était écrite originellement, si une plainte pour violation de brevet était intentée contre Google, la licence prenait fin. Cette disposition n’est pas en elle-même inhabituelle dans les licences Open Source Software, et des dispositions similaires existent dans la seconde licence Apache et dans la version 3 de GPL (General Public Licence)« .

« La subtilité était que notre licence mettait fin à « l’ensemble » des droits, et non pas uniquement aux brevets, ce qui a fait que notre licence était incompatible avec avec les versions 2 et 3 de GPL » a expliqué Chris DiBona. Désormais, le projet WebM affiche deux pages distinctes : l’une dédiée à la licence du conteneur et l’autre aux droits de propriété intellectuelle additionnels.

De cette façon, en cas de poursuite judiciaire, les plaignants perdront effectivement le droit d’utiliser gratuitement les brevets de WebM, mais ils conservent tout de même le droit de distribuer le code-source, en accord avec les licences libres. Une modification à saluer, qui devrait renforcer l’attrait du conteneur multimédia. Et permettre à Google de rester dans les clous du Libre.

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