MyMajorCompany Books fait de l'éditeur de livres une banque

Guillaume Champeau - publié le Jeudi 27 Mai 2010 à 20h47 - posté dans Société 2.0

Après s'être lancé dans la production musicale financée par les internautes, MyMajorCompany adapte son modèle à l'édition d'ouvrages littéraires en partenariat avec les éditions XO. Une formule qui change fondamentalement le métier d'éditeur, plus proche d'une banque que d'un agent artistique.


Toutes les industries culturelles ont flairé le bon plan, même l'industrie pornographique. Pourquoi prendre des risques lorsque l'on peut les faire supporter à ses propres clients ? Surfant sur le succès du modèle qui a fait la gloire de Grégoire, le label participatif MyMajorCompany s'est associé aux éditions XO pour lancer l'édition de livres participative : MyMajorCompany Books. Ce qui n'est pas un hasard : l'édition littéraire est une industrie qui pèse quatre fois plus lourd en chiffre d'affaires que l'édition musicale. En France, c'est plus de 4 milliards d'euros annuels.

Avec MMC Books, l'éditeur qui se désintéresse presque en totalité de son rôle artistique laisse les internautes décider eux-mêmes des auteurs qui feront les succès de demain, en leur proposant d'acheter des parts de leurs prochains best-sellers. Jusqu'à 50 parts de 10 euros par investisseur et par auteur. A partir de 20.000 euros réunis, l'auteur plébiscité signe un contrat d'édition avec XO, et la commercialisation du livre commence. Ensuite, tous les "co-éditeurs" se partagent 25 % des revenus nets générés par la vente du livre en librairie, et 5 % sur les cessions de droits (éditions poche, traductions, adaptations cinématographiques...).

Pour MyMajorCompany et XO, les avantages sont énormes : il n'y a plus aucun risque financier dans le lancement d'un nouvel auteur ; la promotion du livre est assurée par l'écrivain et par tous ses investisseurs ; il est presque garanti que le livre sera bien accueilli puisque les investissement se concentrent mécaniquement sur les oeuvres les plus grand public ; toutes les sommes récoltées pour les nombreux auteurs de la plate-forme peuvent être valorisées par des placements financiers (il faut juste débloquer 20.000 euros de temps en temps)...

Un tel modèle économique est en principe assuré d'une très forte rentabilité... pour ses promoteurs (quoique Spidart a réussi à faire faillite...). Pour les auteurs et les investisseurs, en revanche, c'est autre chose. Si comme au casino la banque est assurée de l'emporter à tous les coups, c'est beaucoup moins sûr pour les auteurs qui commencent par ne pas voir un seul centime des 20.000 euros qu'ont versé ses fans.

"Les 20.000
€ sont intégralement consacrés aux frais d'édition de l'ouvrage (lecture, corrections, mise en forme, conception graphique de la couverture), aux coûts de fabrication proprement dits de l'ouvrage dont le tirage sera au minimum de 10.000 exemplaires (achat du papier, impression, reliure, conditionnement et transport vers le distributeur) et à l'ensemble des coûts engagés pour la préparation de la sortie de l'ouvrage (notamment actions de lancement auprès de la presse)
", précise la FAQ.

L'argent gagné par l'auteur dépendra donc exclusivement des ventes, dont il devrait toucher autour de 10 % du prix hors-taxe. Elles seront probablement très fortes pour le premier auteur produit, comme ça avait été le cas pour Grégoire qui avait bénéficié d'un matraquage médiatique impressionnant grâce au partenariat avec Warner Music Group. Les éditeurs XO mettront tout en oeuvre pour assurer la promotion du premier auteur, qui fera par la même occasion la promotion de la plate-forme. Il suffit de voir les premiers auteurs sélectionnés par MMC Books, sur lesquels des sommes importantes ont déjà été investies, pour remarquer qu'ils ont toutes des "gueules à passer à la TV". Ca n'est certainement pas un hasard.

Mais il faut rappeler que malgré la couverture médiatique et radiophonique très importante dont il a bénéficié, les recette engendrées par l'album de Grégoire ont été très modestes, pour l'auteur et les investisseurs. On peut imaginer que les suivants, beaucoup moins exposés, rapportent beaucoup moins. Plus encore que dans la musique, les candidats au best-seller sont extrêmement nombreux dans l'édition littéraire. Les élus, en revanche, sont rarissimes.

La seule chose qu'est certain de gagner l'auteur qui réunit ses 20.000 euros, c'est un contrat qui donne à XO le contrôle de son oeuvre, et l'empêchera de la faire connaître par exemple sous licence libre. Le reste relève surtout du fantasme, ou de la chance digne de la loterie nationale.

Publié par Guillaume Champeau, le 27 Mai 2010 à 20h47
 
 
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Commentaires à propos de «MyMajorCompany Books fait de l'éditeur de livres une banque»
 

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toutes les sommes récoltées pour les nombreux auteurs de la plate-forme peuvent être valorisées par des placements financiers (il faut juste débloquer 20.000 euros de temps en temps)

on sent bien que c'est un point important, mais est-ce vraiment exact/légal ? Je parlais de ça une fois à je ne sais plus qui qui me disait que c'était en fait impossible/interdit. Je ne m'y connais pas assez pour trancher
C'est la publication à compte d'auteur, sauf que l'auteur trouve des bonnes poires pour payer l'éditeur à sa place.
Tirage de 10 000 exemplaires... C'est un tirage de " best-seller ".
Excellent article. Merci :)
"ou de la chance digne de la loterie nationale."

Cela tombe bien demain je tante ma chance a l'euromillons.
Attention, pour Grégoire, les recettes de l'album sont une chose mais les recettes des concerts une autre ! C'est grâce aux très nombreux concerts que Grégoire a rentabilisé sa notoriété. Pour un auteur, c'est plus difficile...
Il faudrait faire ça pour les auteurs de BD aussi...
boarf...ca a marché avec gregoir , maintenant ca marche pour qui ????? (ok pas grands monde)
je ne connais pas trop le buisness de la litterature , mais je me vois mal parié sur un auteur auquel j'aurais lu un "sample" de son roman
Le fric, le fric, toujours le fric...

Depuis Gregroire, est ce qu'il y a eu un autre artiste à sortir de ce model economique ?

A ma connaissance non...
En fait la seule différence avec ILV c'est qu'au moment où on donne on est même pas encore sûr que le livre va sortir. Sinon c'est le même principe : on paye pour voir une oeuvre être éditée et l'acheter soi-même.
Le consommateur se retrouve donc à payer aux deux bouts de la chaîne de production. Tout bénef.

Fallait pourtant le faire pour inventer un système pire que ce qu'on avait déjà...
Fausse bonne idée : encore une fois ce n'est pas le travail de l'artiste qui est payé mais sa potentielle notoriété...

L'argent investi ici par l'internaute-coproducteur ne sert pas le travail de l'auteur, il permet seulement au site de faire un peu de bruit autour de ses poulains.

Pour résumer :
...
1- l'auteur n'est payé que s'il a réuni suffisamment de coproducteurs pour fabriquer et mettre en vente avec succès son livre ! Loterie, donc.

2- l'internaute paie deux fois : une fois en tant que coproducteur (du buzz et non du taf') avec l'espoir d'un retour sur investissement en cas de succès (re loterie, donc.) et une deuxième fois en tant que lecteur (ce qui jusque là était l'unique et normal moment où il déboursait).

3- L'éditeur lui n'a rien déboursé, à part une fois de temps en temps les frais de fabrication d'un bouquin qui sera suffisamment vendu pour se rembourser puisque c'est dans l'interêt potentiel des coproducteurs...

Diabolique ! Et dire que certains vont applaudir en parlant de démocratisation alors qu'une fois de plus il s'agit de la négation du travail et d'une prise d'otage sur la liberté d'expression !
"Mais il faut rappeler que malgré la couverture médiatique et radiophonique très importante dont il a bénéficié, les recette engendrées par l'album de Grégoire ont été très modestes, pour l'auteur et les investisseurs"

Ils ont fait quand même 10x leur mise en moins d'un 1 an... Si tu calcules le TRI, il est plutôt confortable.

La question reste toujours la même, l'auteur, certes touche "que" 10% sur les ventes, en même temps il bénéficie d'un appui important au niveau communication, structure de distribution.
La grosse question est "tu préfères toucher 100% de peu ou 10% de beaucoup ?"

Dire "encore" que les seuls gagnants c'est les éditeurs, je trouve ça un peu fort.. C'est eux quand même qui investissent pour que le projet sorte, l'auteur mis à part sa matière gris ne prend aucun risque.

@er65072
Il y a une autre artiste que MMC produit et qui marche plutôt bien en ce moment, c'est une nana, j'ai plus son nom en tête, mais son clip tourne bien sur les chaines musicales;

@Coeur Noir
3- L'éditeur lui n'a rien déboursé, à part une fois de temps en temps les frais de fabrication d'un bouquin qui sera suffisamment vendu pour se rembourser puisque c'est dans l'interêt potentiel des coproducteurs...
Il a quand même des frais :-) ne serait que pour la promo, gérer les relations avec les distributeurs etc...
Pour Grégoire: modeste... 140€ cette année + 40 l'année dernière pour une part de 10€ acheté, si vous appelez ça modeste...
Si vous voulez les chiffres exactes je peux les fournir :p
er65072, le 28/05/2010 - 08:22
Le fric, le fric, toujours le fric...

Depuis Gregroire, est ce qu'il y a eu un autre artiste à sortir de ce model economique ?

A ma connaissance non...
Hé si, mais il marche pas fort... D'autres sont en cours, dont l'un va (ou est) sorti.
Savez-vous vraiment de quoi vous parlez ?
Vous dites que les recettes des internautes sur Grégoire ont été modestes ??
Il ont fait plus de 15 fois leur mise ! Celui qui avait investi 1000€ en a empoché 15000€ !
Aucune action en bourse ne peut concurrencer ça !
Vérifiez vos informations avant de faire des articles.
si les investisseurs touchent 25% du revenu net généré (moins les 10% de l'auteur, où est-ce compté dasn une autre ligne?) , je suis curieux de savoir où va les 75% restant.
m'étonnerai pas que d'ici quelque temps on apprenne qu'un nombre restreint de personnes s'en sont mis plein les fouilles....
Kekounet, le 28/05/2010 - 10:39
Pour Grégoire: modeste... 140€ cette année + 40 l'année dernière pour une part de 10€ acheté, si vous appelez ça modeste...
Si vous voulez les chiffres exactes je peux les fournir :p

Je maintiens. C'est modeste au regard du matraquage. Dans l'absolu c'est beaucoup. En relatif c'est pas énorme.
Kad, le 28/05/2010 - 13:11
Kekounet, le 28/05/2010 - 10:39
Pour Grégoire: modeste... 140€ cette année + 40 l'année dernière pour une part de 10€ acheté, si vous appelez ça modeste...
Si vous voulez les chiffres exactes je peux les fournir :p

Je maintiens. C'est modeste au regard du matraquage. Dans l'absolu c'est beaucoup. En relatif c'est pas énorme.

Enfin là on joue un peut sur les mots.

Quoi qu'il en soit MMC a réussi à transposé l'univers de la bourse à l'univers musicale. Même si je ne miserais pas un euro sur un hypothétique chanteur, je dois avoué que je préfère ce modèle où le public choisie le chanteur qu'ils apprécies plutôt qu'une bouse imposé par des majors.
c'est en train de se passer partout ...

en Belgique c'est aussi une société du même genre qui est en train de fagociter l'industrie musicale pop (plus grossse boite de "prod" actuellement) : akamusik.com
Apparament ils attaquent la france assez serieusement aussi ...

Ils demandent 50k€ pour un album et 15k€ pour un "single" (3 titres). Ils ont sorti une 10aine d'album et une 30aine de single , avec des ventes assez moyennes je crois. mais surtout, c'est la quantité de fric en attente qui est important ! comme ils ne publient que la "tete", la queue et la longue queue remplissent le coffre. j'avais calculé qu'ils devaient avoir en banque quelques 2.5M€ à 3M€ mis par les internautes, dont la plupart ne reveront jamais leur argent... ni l'album/single...

Et comme toujours, l'artiste paye lui, de son travail et de sa vie, sans aucune garantie de revenu non plus. Il fait d'abord une maquette, bien faite svp, parce que c'est ça qui dois permettre de se faire sponsoriser (donc en gros, tu fait un premier album "gratos") qui sera ensuite réenregistré/réarangé/remixé si par hazard ça fait succès, ce qui par la même occasion permet aux "promotaurs" de se mettre à nouveau de l'argent dans les poches, puisque c'est elle qui décide tout pour la prod. (choix du studio/arrangeur, etc... ) : elle empoche donc également les benef sur cette partie là, et ensuite ils vendent le disque, ce qui donne un peu de thune en plus...

sur 2.5M€, à un teag de 4%, ça fait 100k€/an sans rien faire ... si c'est placé en bourse avec un taux à 2 chiffre, ça fait 250 à 300k€ ... dont rien ne revient aux artistes non plus ...

en tt cas, c'est fumeux comme arnaque, et tout le monde tombe dans le panneau.
(faut voir le nombre de artistes wanabee... il y en a environ 5000! qui ne sont même pas sponsorisé pour une part! ... )

mais à mon sens ce modèle fera long feu, je crains la chute d'ici peu quand un truc plus sain et de pratique sortira (dites les gars de la SARD, faudrait se bouger là ! )
Je maintiens. C'est modeste au regard du matraquage. Dans l'absolu c'est beaucoup. En relatif c'est pas énorme.

D'après ce que les gens disent, ça a rapporté entre 10 et 15 fois la mise.

A partir de combien, ça devient "énorme" pour toi ?

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