L'Etat crée une licence "Information publique" pour préciser la loi

Guillaume Champeau - publié le Lundi 12 Avril 2010 à 22h39 - posté dans Société 2.0

A première vue, ça paraît être une bonne chose. Le Répertoire des informations publiques du ministère de la Justice a publié ce mois-ci une licence "Information Publique Librement Réutilisable", dite licence IP, qui vise à faciliter la réutilisation des informations publiques. Une initiative fortement inspirée des licences Creative Commons.

En principe, en vertu de la loi du 17 juillet 1978, les données contenues dans des "documents produits ou reçus, dans le cadre de leur mission de service public, par l'Etat, les collectivités territoriales ainsi que les [organismes chargés d'une mission de service public]" sont librement réutilisables, y compris à des fins commerciales. Mais comme le note Thomas Saint-Aubin sur Village-Justice, "de plus en plus de collectivités territoriales choisissent de diffuser leurs données publiques sous des licences Creative Commons By-ND". La faute à une loi difficile à interpréter.

L'article 12 de la loi de 1978 dit par exemple que les informations publiques sont librement réutilisables "à la condition que ces dernières ne soient pas altérées, que leur sens ne soit pas dénaturé et que leurs sources et la date de leur dernière mise à jour soient mentionnées". Or modifier le format d'une donnée, est-ce l'altérer ? Prendre une donnée isolément sans l'assortir de son contexte initial, est-ce dénaturer son sens ?

De même, l'article 10 exclue du cadre des "informations publiques" celles issues de documents "sur lesquels des tiers détiennent des droits de propriété intellectuelle". Or le droit d'auteur ne donnant lieu à aucun dépôt, difficile de savoir quand des données sont détenues par un tiers. On ne le découvre parfois qu'en recevant mise à demeure.

C'est donc pour "certifier la qualification juridique d' " information publique " au sens du droit français" et "précise(r) les conditions juridiques de réutilisation des informations publiques" que le ministère de la Justice a cru bon de créer cette licence. Elle doit rassurer les utilisateurs des informations, en particulier les entreprises qui florissent actuellement pour créer des applications en ligne et mobiles fondées sur les bases de données publiques.

Mais il y a tout de même quelque chose de dérangeant à cette initiative. La loi est la loi, et le contrat est le contrat. Créer un contrat type pour "préciser la loi", c'est contractualiser ce qui devrait être précisé par la jurisprudence ou par le décret. Et si la loi est trop mal écrite, il faut la réécrire. La licence est une facilité qui déresponsabilise le législateur, et qui retire aux citoyens le pouvoir de décider démocratiquement la nature juridique des documents issus de leur administration.

Que des personnes privées décident que la loi sur le droit d'auteur n'est pas assez claire et décident de sécuriser son interprétation par un contrat, c'est totalement admissible. Que l'administration elle-même juge la loi trop floue et décide d'en préciser les contours par un contrat, c'est un aveu d'échec. Il ne nous semble pas souhaitable de laisser ainsi le droit des informations publiques glisser vers un droit de nature contractuelle, donc fragile, alors qu'il doit s'agir d'un droit de nature législative, donc pérenne.

Publié par Guillaume Champeau, le 12 Avril 2010 à 22h39
 
 
13
Commentaires à propos de «L'Etat crée une licence "Information publique" pour préciser la loi»
 
J'étais inquiet sur l'article en lisant la première phrase et je m'attendais à une critique gratuite. Mais tout compte fait, une fois l'article lu, je souscrit à l'analyse de Numérama. C'est effectivement quelque chose qui devrait être de l'ordre de la loi ou du décret plutôt que de la licence, qui ne me semble pas faire sens dans ce cadre précis.

Il y a quelque chose d'étrange à entendre les pouvoirs publics dire "puisque la loi est mal faite, on va y suppléer par un acte de nature de droit privé" : le sens même des pouvoirs publics, c'est de faire du droit public, pas du droit privé. Le réflexe aurait dû être "puisque la loi est mal faite, on va la changer en mieux" : c'eût été nettement plus logique et chacun aurait été davantage dans son rôle.
Oui, mais Sarko premier fait tout pour mener la barque dans l'autre sens, alors ils font ce qu'ils peuvent.

L'un dans l'autre, c'est maladroit et pataud, mais ça va quand même dans le bon sens.
Il fait reconnaitre une chose : au moins il ont tenté de faire quelque chose pour améliorer la situation. Modifier la loi aurait surement pris plus de temps voire n'aurait tout simplement pas été fait.

Je suis d'accord qu'agir sur la loi aurait été plus logique, mais après j'ai un peu de mal à comprendre vos inquiétudes, en quoi la license est plus fragile ?
Si un document est placé sous cette license, il l'est et puis c'est tout, non ? Où est le souci ?
Si un document est placé sous cette license, il l'est et puis c'est tout, non ? Où est le souci ?
Plusieurs choses. D'abord la loi s'applique à tous les documents alors que la licence s'applique aux seuls documents qui l'utilisent. Ensuite, la licence est révocable, pas la loi.
Hey00, le 13/04/2010 - 00:19
Il fait reconnaitre une chose : au moins il ont tenté de faire quelque chose pour améliorer la situation. Modifier la loi aurait surement pris plus de temps voire n'aurait tout simplement pas été fait.



Encore une fois ... ça prouve que notre ROI ... fait ce qu'il veut ... (dans un sens ou dans l'autre) au mépris des institutions de la France.
Kad, le 13/04/2010 - 00:29
Si un document est placé sous cette license, il l'est et puis c'est tout, non ? Où est le souci ?
Plusieurs choses. D'abord la loi s'applique à tous les documents alors que la licence s'applique aux seuls documents qui l'utilisent. Ensuite, la licence est révocable, pas la loi.

Merci pour la précision, et tant qu'on y est, si j'ai un document sous CC-by-nd-sa (pas de modif et même license), que quelqu'un le reproduit, et que j'en change la license pour le mettre sous une license ultra restrictive interdisant toute reproduction, qu'advient-il des précédentes reproductions ?
Moi je suis pas tout à fait d'accord. Je partirais plutôt du postula que la loi doit s'appliquer à tout le monde. Or tout le monde est différent et il existe une grande variété de cas possible. La loi est parfois flou mais c'est parce qu'elle essait d'être le plus général possible.
sinon ça deviendrait systématiquement une usine à gaze. là je pense que c'est juste une façon de "simplifier" un peu les choses, sans pour autant remettre la loi en question (surtout si pour le moment il n'y a pas eu de "GRAVE" problème de procès et d'interprétation de cette loi)...
Une critique pertinente. Je ne suis pas sûr qu'elle soit définitive, mais il est sûr qu'il y a un point à éclaircir sur ce qui doit relever de la loi ou non dans la manière de gérer les informations publiques, et qu'il paraît normal au vu de la nature de ces informations que ce soit la loi qui détermine leurs usages.
mortiche, le 13/04/2010 - 00:45
Hey00, le 13/04/2010 - 00:19
Il fait reconnaitre une chose : au moins il ont tenté de faire quelque chose pour améliorer la situation. Modifier la loi aurait surement pris plus de temps voire n'aurait tout simplement pas été fait.



Encore une fois ... ça prouve que notre ROI ... fait ce qu'il veut ... (dans un sens ou dans l'autre) au mépris des institutions de la France.


Ce genre de réforme, ça prend énormément de temps, parce que là encore y a du lobby... Plus du lobby privé, mais du frein public, les administrations comme l'INSEE, qui voient leurs petits monopoles fondre à mesure que l'idée de données publiques gratuites en libre accès progresse...


Mais c'est toujours très lent. Les réformes antérieures qui ont amélioré le sort du citoyen face à l'administration, ce sont respectivement les réformes qui ont créé la CADA et la CNIL.

ça date juste de 1978...
Ulf, le 13/04/2010 - 18:15
mortiche, le 13/04/2010 - 00:45
Hey00, le 13/04/2010 - 00:19
Il fait reconnaitre une chose : au moins il ont tenté de faire quelque chose pour améliorer la situation. Modifier la loi aurait surement pris plus de temps voire n'aurait tout simplement pas été fait.



Encore une fois ... ça prouve que notre ROI ... fait ce qu'il veut ... (dans un sens ou dans l'autre) au mépris des institutions de la France.


Ce genre de réforme, ça prend énormément de temps, parce que là encore y a du lobby... Plus du lobby privé, mais du frein public, les administrations comme l'INSEE, qui voient leurs petits monopoles fondre à mesure que l'idée de données publiques gratuites en libre accès progresse...


Mais c'est toujours très lent. Les réformes antérieures qui ont amélioré le sort du citoyen face à l'administration, ce sont respectivement les réformes qui ont créé la CADA et la CNIL.

ça date juste de 1978...

Bref, la chose qui me paraît tomber sous le sens, c'est une loi qui oblige l'ensemble des administrations françaises à placer les données publiques (= d'intérêt général et/ou produites par une administration) sous licence libre. La licence pourrait rester au choix de l'administration en question (ça l'obligera à y réfléchir), mais devra garantir à minima la libre diffusion et la libre réutilisation.
oula ça vire au blog juridique, du mal a suivre pour ma part
Foutaise.

Regardez, voici une magnifique licence qui vous verse gentiment dans le domaine public 3 formulaires administratifs, 4 photos officielles. Lisez attentivement les petits caractères.

Ne regardez pas, l'Europe vous supprime du domaine public 20 ou peut être 45 années de créations artistiques au profit des Majors. Pas n'importe quelles années... celles de la musique populaire du jazz et du rock : 1940-1960. Une génération entière d'oeuvres vous file entre les pieds grace au lobbying.

http://www.europarl....ng=A6-2009-0070
Hey00, le 13/04/2010 - 02:33
Kad, le 13/04/2010 - 00:29
Si un document est placé sous cette license, il l'est et puis c'est tout, non ? Où est le souci ?
Plusieurs choses. D'abord la loi s'applique à tous les documents alors que la licence s'applique aux seuls documents qui l'utilisent. Ensuite, la licence est révocable, pas la loi.

Merci pour la précision, et tant qu'on y est, si j'ai un document sous CC-by-nd-sa (pas de modif et même license), que quelqu'un le reproduit, et que j'en change la license pour le mettre sous une license ultra restrictive interdisant toute reproduction, qu'advient-il des précédentes reproductions ?
La licence CC-by-nd-sa n'existe pas. Ce sont les licences CC by-nc-nd ou by-nc-sa.
Télécharger
Total Copy
Sauvegarde - Copie-coller de gros fichiers
 
B.I.S.S Hosts Manager
Contrôle parental - Editer votre fichier Hosts
 
WashAndGo
Nettoyeurs - Utilitaire de nettoyage de disques durs
 
MediaInfo
Codecs et plugins - Scanner vos fichiers multimédia
 
SC DVD Ripper and Burner
Graver ou numériser - Graver ou ripper un CD/DVD
 
Avril 2010
 
Lu Ma Me Je Ve Sa Di
29 30 31 1 2 3 4
5 6 7 8 9 10 11
12 13 14 15 16 17 18
19 20 21 22 23 24 25
26 27 28 29 30 1 2
3 4 5 6 7 8 9
Matoumba
EntrepreNantes
Numerama est un site du réseau PressTIC