Le procès EMI - Pink Floyd a-t-il négligé l'intérêt du mélomane ?

Julien L. - publié le Vendredi 12 Mars 2010 à 20h17 - posté dans Société 2.0

Hier, nous vous rapportions la victoire judiciaire des Pink Floyd face à EMI. Le groupe de rock reprochait à la maison de disques de vendre ses musiques à l'unité, alors que les termes du contrat signé en 1967 (et renégocié en 1999) n'autorisaient pas un tel découpage. Pour le groupe, cette façon de faire mettait à mal la cohérence artistique des albums, tandis que la major expliquait qu'à l'époque elle ne pouvait pas deviner l'arrivée prochaine des plates-formes légales de téléchargement, comme iTunes ou Amazon.

Après avoir entendu les prétentions des deux parties, un tribunal londonien chargé d'arbitrer le conflit a finalement ordonné à EMI de mettre fin à cette pratique, estimant que les mêmes règles devaient s'appliquer uniformément, qu'importe le format où est stocké la musique (CD physique ou fichier numérique). Et à côté de cette interdiction, la justice a exigé le versement à titre provisionnel de 44 000 euros de dommages et intérêts, en attendant de fixer définitivement le dédommagement à donner au groupe.

Si la nouvelle de la condamnation d'EMI a bien évidemment fait le bonheur des opposants aux majors, la victoire des Pink Floyd dans cette affaire est-elle vraiment une bonne chose ? Car si les critiques envers les maisons de disques ne sont pas dénuées de fondement - ces dernières se sont "remarquablement" illustrées par un immobilisme constant et une incapacité chronique à embrasser les nouvelles technologies sans arrière-pensée -, encore faut-il s'assurer que tout cela ne va pas d'une façon ou d'une autre affecter le mélomane.

Or, c'est peut-être ce qui s'est produit avec l'affaire EMI / Pink Floyd, comme le fait remarquer très judicieusement Freakbits. Loin de nous l'idée de dédouaner les maisons de disques de leurs travers et de leurs errements. Par le passé, elles ont largement démontré leur capacité à nuire à la créativité musicale, au public et aux artistes en activité ou anciennement sous contrat. À chaque fois, nous souhaitons que les droits des amateurs de musique et des artistes soient respectés, et que les sociétés chargées de commercialiser à grande échelle des albums de musique n'abusent pas de leur position de force pour dicter quoi que ce soit au consommateur, à l'artiste ou au législateur, sous prétexte que la révolution numérique bouleverse toute une économie.

La grande force du fichier MP3 (ou de n'importe quel autre format audio) est d'avoir libéré l'individu du format finalement assez rigide de l'album CD. Avec l'ère du numérique, il est désormais possible d'acquérir des fichiers à l'unité, en choisissant les titres les plus attirants, ou de récupérer l'album en entier. Le consommateur a le choix : il n'a plus à débourser systématiquement une somme importante pour un bien culturel dont le format est finalement handicapant. Combien de CD ont-ils été achetés en France et dans le monde juste pour profiter d'un ou deux titres ? Sans doute énormément.

Certes, dans cette affaire le groupe Pink Floyd a mis en avant la cohérence artistique des albums, cohérence qui serait nettement entamée si les musiques étaient écoutées à l'unité. Mais dans ce cas là, que dire des stations de radio qui diffusent tout à fait légalement les plus grands titres du groupe, sans pour autant lancer tout l'album ? Si on suit la logique du groupe, la sensibilité artistique des albums est violée. Est-ce pour autant que les Pink Floyd vont poursuivre les stations FM ?

En faisant abstraction des royalties qu'EMI doit visiblement à Pink Floyd, il n'est pas sûr que cette victoire judiciaire soit nécessairement une bonne chose : car si le groupe va récupérer beaucoup d'argent, cela va peut-être se faire au détriment de la liberté d'appréciation de l'individu. Ne devrait-on pas être libre d'aborder une oeuvre à notre façon, même si cela va à l'encontre d'un travail artistique ?

Publié par Julien L., le 12 Mars 2010 à 20h17
 
 
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Commentaires à propos de «Le procès EMI - Pink Floyd a-t-il négligé l'intérêt du mélomane ?»
 

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Ca atteint un débat qui ne sera certainement pas tranché ici, vu que c'est clairement une question philosophique qui en ressort sur qu'est-ce que l'art, comment l'apprécier, la vision de l'artiste était la bonne, doit-on aller contre la volonté de l'artiste pour l'appréciation de son oeuvre etc etc.
La sensibilité artistique est constamment violée. Si tu ne regarde qu'une scène ou un passage d'un film, c'est une violation artistique. Quand les émissions musicales classiques ne diffusent qu'un air d'opéra, c'est une violation de la sensibilité de l'auteur. Etc.
Sinon "intégrale obligatoire", vite une loi !
Pink Floyd a sorti des albums bien avant cette histoire de CD!
Que des histoires de pistes se soient greffées, et que les Majors cherchent à vendre à l'unité, n'a rien à voir.
Ne pas mélanger les histoires sous prétextes de cette particularité du groupe Pink Floyd!
C'est n'importe quoi, ce n'est pas l'album CD qui est un format rigide, c'est le morceau à 99 cts !
Un album de Punk Floyd c'est plus à prendre comme un seul morceau de 40 minutes, faudrait le vendre au même prix que le dernier single à la con ?

Quand est-ce qu'on pourra acheter uniquement les refrains à pour 20 cts ?
je suis pas sur qu'il faille prendre trop au serieux l'argument de la coherence artistique d'un album... C'est surtout une histoire de gros sous
Il suffit de voir les jeunes ne trouver "bon" que les singles d'un album, et ignorer purement et simplement les autres titres pour trouver un salut au procès de pink floyd.

Les gens n'écoutent pas de la musique parce qu'elle est bien ou même parce qu'ils l'aiment, mais seulement par effet de masse. Donc par nature, le mélomane est justement celui qui cherche dans la musique ce qu'un artiste cherche à exprimer, et pas ce que la masse lui impose d'écouter par promotion de morceaux isolés d'un album.
Sauf qu'ils se feraient surement plus de fric en suivant le modèles de EMI et iThunes et en vendant tout bout par bout plutôt qu'uniquement par album.
Goldy, le 12/03/2010 - 21:04
Il suffit de voir les jeunes ne trouver "bon" que les singles d'un album, et ignorer purement et simplement les autres titres pour trouver un salut au procès de pink floyd.

Les gens n'écoutent pas de la musique parce qu'elle est bien ou même parce qu'ils l'aiment, mais seulement par effet de masse. Donc par nature, le mélomane est justement celui qui cherche dans la musique ce qu'un artiste cherche à exprimer, et pas ce que la masse lui impose d'écouter par promotion de morceaux isolés d'un album.
+1, c'est dingue le nombre de personne qui me lâchent "ohhh oui another brick in the wall elle est trop bien" quand je parle de pink floyd. La musique qui généralement se vend bien (comprendre à plusieurs millions d'exemplaires) est de la musique simple et formatée pour plaire au plus grand nombre, dés qu'on cherche à rendre un morceau plus complexe on met automatiquement des gens sur le coté
L'intérêt du mélomane se situe-t-elle réellement dans son apréciation personelle, sans essayer de comprendre l'oeuvre artistique de l'auteur dans son ensemble ? Aujourd'hui, il suffit de se connecter sur iTunes et de télécharger un morceau qu'on à entendu à la radio, et on l'écoute en boucle. Même si le CD est un format rigide, et là c'est clair, il avait le mérite d'apporter une vraie création musicale construite, alors qu'un morceau seul téléchargé à la va vite devient... une consommation. On parles sans arrêt d'"industrie du disque" et de "consommation de musique", on à oublié que la musique, c'est un art. Et un art s'exprime bien mieux dans un album cohérent et homogène, que dans une chanson seule, extraite de son contexte musical.
Je suppose que Numérama est également pour que les ebooks puissent être achetés au chapitre.
L'écrivain qui dit que son bouquin perd ainsi tout son sens ne défend que ses petits intérêts.

Vous défendez la vente des biens culturels au kg, comme on vend tes tomates. Il y a là un problème de cohérence il me semble.
Les majors n'arrêtent pas de se glorifier de protéger les artistes, de défendre l'Art, d'être les seules à se soucier de la culture...

Et là, EMI ne demande pas l'avis de Pink Floyd, s'assoit sur le contrat, vend l'album à la découpe... et il faudrait en référer à l'intérêt supérieur du mélomane ????

Dans ce cas, j'engage les majors du cinéma à faire pareil, dans l'intérêt supérieur des cinéphiles. Une scène à 0,99 centimes, 11 scènes pour 10 euros....
Idem pour les livres, un chapitre du Seigneur des anneaux à 0,99 centimes... On pourrait éviter les passages trop longuets...

Beurk...

Et pourquoi les artistes n'auraient pas leur mot à dire dans la vente en ligne ?? ça me parait la moindre des choses, non ?

Les majors considèrent que les titres qu'elles produisent peuvent être utilisés comme bon leur semble (compilations, découpe, vente en ligne, remix....) et laissent des miettes aux créateurs, comme d'habitude.

En plus, Pink Floyd quand même, rhaaaaa !
Sham c'est l'abréviation de shame ?

Quitte à contrarier mon opinion sur un des articles précédents sur le même sujet, je trouve finalement que la vente au morceau n'est pas illogique.
Surtout pour les Floyd :p
J'ai écouté deux années durant "Wish You Were Here" une fois par jours en intégral (je me demande si je ne connais pas l'album mieux que Gilmour). Pourtant, Dark Side of The Moon et Meddle, je les ai toujours écoutés dans le désordre, voire en zappant des morceaux.
Alors, si je peux faire cela avec mes vynils puis mes CD (tiens, je les ai payés 2 fois), pourquoi ne pourrais-je pas acheter les morceaux à l'unité ?
Ce n'est qu'une affaire de contrat et un contrat ça se respecte ou se renégocie point barre.
A mon avis n'acheter que des albums complets est une bonne chose, quelque sois la musique, en effet, surtout pour les musiques commercial, les "tubes",qui ne sont même pas choisis par l'auditeur sont mis en avant et seront donc plus aimé des gens. Si le groupe ou l'artiste n'est pas très connu, il peut être presque sur que l'on achètera que les mp3 de son tube, sauf peut être certaines personnes deja fans ou ayant une certaine curiosité.

Alors que bon, tout le monde sais bien qu'un tube c'est creux :)
Ca c'est vrai aussi.
Il n'empêche qu'on peut trouver un contrat inique lorsqu'on sait que de "Dark Side of The Moon", le morceau "Money" a du passer 100000 fois plus que les autres sur les ondes et, que quelques années plus tard, il en fut de même pour "another brick in the wall"...
Mais apres y a des normes radiophoniques (d'ou les radio edit pour ceux qui s'y connaissent en electro) enfait une musique a la radio c'est 2:30 max pour les radios grand public. Donc "Atom Heart Mother" ne pourra pas passer sur une radio grand public. Et pourquoi "money" a la place de "brain damage". C'est simplement une autre norme de la musique commerciale qui dit qu'un theme doit :
1-se repeter sur toute la chanson(sauf pendant les refrains)
2-le theme ne doit pas faire plus de 4 mesures(et moins y en a mieux c'est).
C'est comme ça qu'on choisis les tubes...
Tubes qu'on entend "isolés" à longueur de journée mais qu'on ne peut acheter au détail ?
Enyack, le 12/03/2010 - 21:44
L'intérêt du mélomane se situe-t-elle réellement dans son apréciation personelle, sans essayer de comprendre l'oeuvre artistique de l'auteur dans son ensemble ? Aujourd'hui, il suffit de se connecter sur iTunes et de télécharger un morceau qu'on à entendu à la radio, et on l'écoute en boucle. Même si le CD est un format rigide, et là c'est clair, il avait le mérite d'apporter une vraie création musicale construite, alors qu'un morceau seul téléchargé à la va vite devient... une consommation. On parles sans arrêt d'"industrie du disque" et de "consommation de musique", on à oublié que la musique, c'est un art. Et un art s'exprime bien mieux dans un album cohérent et homogène, que dans une chanson seule, extraite de son contexte musical.
Là par contre je désaprouve, le cd est un format archaique qui n'existe qu'à cause des limites physiques, ces limites n'existant plus il n'y a plus de nécessité à obliger d'acheter tout un album. Je pense que le format idéal est celui de la playlist, il permet à la fois de se passer du format figé décidé par l'artiste, à l'auditeur de se créer sa propre compilation s'il le désire et à l'artiste de donner sa vision telle qu'il l'a conçoit. C'est pour moi le réel format de l'ère internet car il est on ne peut plus simple, et il permet aussi à l'auditeur de "créer" et ensuite partager sa création, contrairement au cd qui impose uniquement la vision de l'artiste (qui est évidemment intéressante et importante mais je pense que la vision des auditeurs peut l'être tout autant)
Boah la bonne réponse à tout ça c'est la licence globale, comme ça on peut télécharger légalement tout l'album, en respectant la volonté des créateurs de ne pas saucissonner à la vente, et on peut écouter les bouts qu'on veut ensuite...
Je ne comprends même pas que vous ne compreniez pas que l'album peut être considéré comme une oeuvre indissociable... on ne regarde pas que les dents de la joconde pour apprécier la joconde...

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