Pourquoi la taxe proposée par Libération n'est pas une licence globale

Guillaume Champeau - publié le Vendredi 05 Juin 2009 à 15h18 - posté dans Société 2.0

Notre article de jeudi soir sur le projet de taxer les FAI proposé par Libération pour financer la presse a suscité de très nombreuses réactions. Y compris contre Numerama. Certains lecteurs nous ont rappelé, en effet, que nous avons longtemps défendu la licence globale pour le financement de la musique en ligne, et qu'il serait donc illogique de ne pas défendre la même idée pour la presse.

Il nous semble dès lors important de clarifier notre point de vue, et d'expliquer en quoi le projet présenté par Libération n'a aucun des avantages de la licence globale, mais tous ses défauts.

Faisons-le de la manière la plus précise et concise possible :

  1. Dans "licence globale", il y a deux mots. Le mot "licence" est synonyme de contrepartie. En contrepartie du paiement d'une redevance, le licencié reçoit un droit qu'il n'avait pas auparavant. Dans le cas de la licence globale pour la musique en ligne, la contrepartie est le droit accordé aux internautes de télécharger et de mettre eux-mêmes à disposition des autres internautes (sur leur blog, les réseaux P2P, les newsgroups...) les oeuvres musicales. C'est l'autorisation de l'échange, du partage. A cet égard, Numerama a critiqué l'idée de la Sacem de taxer les FAI sans accorder aux internautes le droit de partager les oeuvres. Quelle serait la contrepartie pour les internautes d'une taxe destinée à la presse en ligne ? L'idée qu'elle serait la seule garantie que les internautes puissent continuer à avoir accès à une information "de qualité" est surfaite, et n'est pas prouvée. De la même façon, nous n'étions pas opposés à l'idée de taxer les FAI pour financer le service public de l'audiovisuel, aux conditions qu'il bénéficie à un service public numérique, et que les oeuvres produites par le service public soient diffusées sous licence libre. Une taxe sans contrepartie n'est pas une licence, c'est juste une taxe.
  2. Le mot "globale" implique que la licence couvre tous les supports. Or, des échos que l'on en a, la taxe proposée par Libération ne serait destinée, au pire qu'aux grands journaux papiers membres du Syndicat de la presse quotidienne nationale (SPQN), au mieux qu'aux publications qui bénéficient du nouveau statut de la presse en ligne, ce qui exclue les blogs et les sites de presse qui n'engagent pas des journalistes "professionnels". Or là encore, l'idée que les grands paquebots des sites de presse mériteraient davantage un financement que la multitude de petits navires que constituent les blogs d'amateurs spécialisés dans leur sujet reste à démontrer.
  3. Dans l'idée probablement naïve que nous nous faisons de la licence globale, elle serait destinée à favoriser "les petits artistes". C'est d'ailleurs la raison principale qui a poussé les majors à la refuser. Si vous accordez aux bloggeurs et à tous les internautes le droit de diffuser librement la musique qu'ils aiment, les artistes de niche jusque là exclus des médias traditionnels ou dissimulés parmi des milliers d'artistes sur les plateformes centralisées comme Deezer pourraient enfin bénéficier de relais médiatiques dynamiques et se faire connaître d'un nouveau public. La licence globale doit favoriser la diversité culturelle, même s'il faut se méfier des clés de répartition pour ne pas tomber dans les travers de la répartition traditionnelle des droits Sacem. Mais pour la presse, en quoi répartir une taxe en fonction du poids du trafic et du nombre de journalistes favorise-t-il la diversité médiatique ? Au contraire, elle incitera aux fusions, à l'uniformisation, à la séduction de l'audimat par les articles les plus racolleurs, et bénéficiera aux plus gros groupes de presse dans une mécanique de cercle vicieux.

Pour toutes ces raisons, il est faux de dire que le projet présenté par Libération est une licence globale pour la presse. C'est uniquement une taxe pour une industrie incapable, comme tant d'autres, d'accepter sa nécessaire mutation à l'ère numérique.

Publié par Guillaume Champeau, le 5 Juin 2009 à 15h18
 
 
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Commentaires à propos de «Pourquoi la taxe proposée par Libération n'est pas une licence globale»
 

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Globalement (huhu) je suis d'accord. Sauf que je vois mal comment la licence globale pourrait ne pas avoir le même inconvénient que cette taxe : pourquoi cela ne conduirait pas non plus à l'uniformisation de la musique : tout le monde fait "ce qui plait le plus", pour être diffusé le plus, et gagner le plus.
Non ?
Globalement (huhu) je suis d'accord. Sauf que je vois mal comment la licence globale pourrait ne pas avoir le même inconvénient que cette taxe : pourquoi cela ne conduirait pas non plus à l'uniformisation de la musique : tout le monde fait "ce qui plait le plus", pour être diffusé le plus, et gagner le plus.
Non ?

Je ne suis pas sûr de ça. Il y a quand même une majorité d'artistes qui font avant tout la musique qu'ils aiment, et pour qui ça n'est déjà pas un métier. Mais même à considérer que c'est vrai, et c'est effectivement un risque, ça me semble bien moins grave qu'une uniformatisation de la presse, et donc de l'information. L'information a un rôle essentiel dans la démocratie, et si la presse n'agit qu'en fonction de l'audimat, elle n'a plus d'utilité.
De toute manière, à force de nous prendre des droits et de nous mettre des taxes, la licence légal devient par faite un droit (non reconnu) par devoir (de résistance). Après, qu'ils ne se plaignent pas de voir les versions pdf de leurs journaux librement circuler sur la toile.
@Dieppe
Il est dit au debut du texte que cette taxe "n'a aucun des avantages de la licence globale, mais tous ses défauts.", pas que les defauts cites ne peuvent pas s appliquer a la license globale...
Ce que tu dis peut etre juste.
Une autre raison: Pourquoi les FAIs financeraient ça? La télévision finance t-elle l'agriculture?

It
de toute façon "libération" bon... faudrait qu'il fasse un vrai journal de qualitaà¿ pour pas qu'il ce pète la gueule..
Il y a quand même une majorité d'artistes qui font avant tout la musique qu'ils aiment, et pour qui ça n'est déjà pas un métier.
Tout comme il y a maintenant une majorité de relais d'informations "amateurs" : blogs, forums, sites communautaires... est-ce que ça empêche une majorité de gens de ne se référer qu'au mass-media informationnel ? Pas sûr, et le même risque pèse sur l'art, en confortant une répartition proportionnelle au volume échangé.


L'information a un rôle essentiel dans la démocratie, et si la presse n'agit qu'en fonction de l'audimat, elle n'a plus d'utilité.
L'art aussi, a des rôles essentiels dans la démocratie : comme faire tomber des taboos, ou faire réfléchir les gens, sinon de la même manière, au même titre que la presse.


Uniformiser l'un ou l'autre, c'est pour moi aussi grave. D'autant plus qu'on y est déjà, dans ces uniformisations (même si, certes, ça peut toujours devenir pire).
L'information a un rôle essentiel dans la démocratie, et si la presse n'agit qu'en fonction de l'audimat, elle n'a plus d'utilité.

D'un autre côté, le modèle actuel de financement par la publicité ne garantit pas non plus l'indépendance de la presse.

De plus, si les sites "amateurs" peuvent concurrencer la presse classique sur certains sujets, je ne crois pas qu'ils soient à même de le faire sur tous : il ne s'agit pas de faire uniquement des analyses de ce qui est produit par d'autres. Comment financer de vraies enquêtes (sur le terrain, et pas installé simplement devant un PC), notamment à l'étranger ?

La proposition de Libération a des défauts, mais on ne peut pas voir la presse comme une industrie classique et croire que les sites "amateurs" ou les bloggeurs vont la remplacer me parait bien utopiste...
C'est vrai que c'est un risque. Ca fait partie des défauts de la licence globale que je reconnais. Ca n'enlève rien au fait que le projet de Libération n'a rien d'une licence globale.
Ca n'enlève rien au fait que le projet de Libération n'a rien d'une licence globale.
Clairement, en effet. Ou alors micro-globale (ce qui est une sacrée idiotie sémantique : autant dire gabelle-media-"grande"-presse).
de toutes façons comme pour la musique il n'a jamais été question de "remplacer" ou faire concurrence au modèle payant mais d'apporter un complément, quelque chose de différent qui donne plus de choix au consommateur. Après si les gens considèrent qu'il faut payer le prix pour avoir une information de "qualité" ou d'écouter de la "bonne" musique c'est leur problème.
Pour reprendre la dernière phrase de l'article, ce ne pas au FAI de financé une industrie qui est incapable de s'adapter, point!!
Dans toute "taxe" ou impot comme dans une transaction classique il y a une contre-partis au fait de payer mais dans toutes ces combines de "taxes" sur les FAI il ni a pas de contre partis pour le consommateur car c'est nous qui passons a la caisse en bout de chaine a ce niveau la ce n'est donc plus une taxe mais du racket?
alors aujourd'hui abonnement a un fai environ 30 euros demain environ 200 euros car taxe de musique de cinema de television de presse ecrite (que je ne lit plus depuis des annees car trop tardive j'ai eu les meme infos bien avant leurs parution) bientot taxe sur le pain(le droit d'aller acheter sa baguette en boulangerie)taxe sur l'air.............etc etc etc
les gens qui ne peuvent pas s'adapter au numerique doivent savoir mourir en silence
Comme tu le dis si bien Kad : être pour la licence globale, c'est être naïf.
>>>ce qui exclue les blogs et les sites de presse qui n'engagent pas des journalistes "professionnels".
Ben oui. Tout comme l'amateur qui joue de l'ocarina tout seul dans sa cave sera exclu de la licence globale musicale.
Si on commence à rémunérer les bloggeurs, où c'est qu'on va ?

>>>si la presse n'agit qu'en fonction de l'audimat, elle n'a plus d'utilité.
Ah bon ? Tu lies la qualité de l'information au nombre de lecteurs ? C'est original comme approche ! Parles-en aux journalistes. Je te propose d'écouter France Culture pendant une semaine et de comparer la qualité de l'information par rapport à France Info. Ce sont deux radios du même groupe : l'une fait 10 fois moins d'auditeurs que l'autre.

>>>Dans l'idée probablement naïve que nous nous faisons de la licence globale, elle serait destinée à favoriser "les petits artistes".
Est-ce que tu peux développer : comment une licence globale pourrait elle favoriser la rémunération des petits artistes, donc forcément au détriment des stars ou des artistes plus importants ? Et qui serait concerné ? N'importe quel couillon qui se fout devant un micro avec une guitare désaccordée ? A ce moment-là, étant donné que l'enveloppe collectée est fixe, on va avoir un éparpillement des sommes collectées entre des milliers, voire des millions "d'artistes".

Mais j'aimerais bien que tu développes cette idée "favoriser les petits artistes". Qui sont ces "petits artistes" ? A quel moment on passe du statut de rigolo qui croit faire de la musique à "petit artiste" puis du statut de "petit artiste" à celui d'artiste plus si petit que ça ?

Au fait, la licence globale ne servira pas uniquement à rémunérer les artistes français. Règles communautaires obligent, les artistes membres de l'UE seront obligatoirement concernés. Et à voir pour ceux hors-UE.
Ca va faire du monde ...
Les majors qui protègent leurs ventes physiques...
Les journalistes qui défendent leurs ventes papiers...

Et demain ?

Qui seront les prochains naïfs à se plaindre pour manque de volonté d'évoluer dans un contexte Web qui représente un boost important pour l'économie et la concurrence ?

Pathétique...
Comme tu le dis si bien Kad : être pour la licence globale, c'est être naïf.


Non il a dit sauf erreur être pour la fausse licence globale libé ou la taxe SACEM c'est être naïf car dans ces deux cas il ni a de licence globale que le nom.
Je me demande pourquoi, s'ils sont si précieux on ne mets tous ces journalistes dans un musée, sous une cloche de verre. On les visiteraient sur un site en ligne, grâce à des Webcams, pour ne pas les déranger. Et sa ferait une réalisation de plus à mettre au crédit du ministère de la culture.
Si on commence à rémunérer les bloggeurs, où c'est qu'on va ?

Je ne sais pas mais justement, il ne faut pas y aller. Ni rémunérer les rédactions professionnelles par une taxe.

Ah bon ? Tu lies la qualité de l'information au nombre de lecteurs ?

Je dis exactement le contraire, relis-moi.

A ce moment-là, étant donné que l'enveloppe collectée est fixe, on va avoir un éparpillement des sommes collectées entre des milliers, voire des millions "d'artistes"

Hé bien oui. Et pourquoi pas ? Au nom de quoi ceux qui n'ont que quelques écoutes devraient donner leur part à ceux qui en ont beaucoup plus ?

Mais j'aimerais bien que tu développes cette idée "favoriser les petits artistes". Qui sont ces "petits artistes" ?

Tous ceux qui aujourd'hui n'ont pas accès aux médias traditionnels, et/ou ne sont pas exposés (mis en avant sur la page d'accueil par exemple) sur la page d'accueil d'un gros site de musique en ligne.

Au fait, la licence globale ne servira pas uniquement à rémunérer les artistes français. Règles communautaires obligent, les artistes membres de l'UE seront obligatoirement concernés. Et à voir pour ceux hors-UE.
Ca va faire du monde ...

Il y a aussi la règle de la réciprocité en droit d'auteur. On n'accorde un avantage que si avantage réciproque. Mais tu as raison pour les artistes intra-UE, d'où l'importance si licence globale il y a, de l'envisager à l'échelle européenne.

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