5 propositions pour l'audiovisuel public numérique

Guillaume Champeau - publié le Jeudi 27 Novembre 2008 à 10h28 - posté dans TV Numérique

A l'occasion de l'annonce par Nicolas Sarkozy de son souhait de supprimer la publicité sur les antennes de France Télévisions, Numerama avait publié en février dernier cinq propositions pour faire entrer le service public audiovisuel dans l'ère numérique. Le débat ayant débuté à l'Assemblée Nationale, nous pensons utile de les publier à nouveau :

Voici nos 5 pistes de réflexion, libres de droits :

1. Rendre l'ensemble des productions France Télévisions accessibles librement sur Internet

Etre dépendant des revenus publicitaires, c'est être esclave de l'audience. Abandonner la publicité, c'est se libérer de cette contrainte du chiffre. Or si le financement du service public audiovisuel n'est plus dépendant de l'audience, il ne fait plus aucun sens de chercher à conduire un maximum de spectateurs vers les ondes hertziennes de France Télévisions. Les contenus produits par le service public, dont on nous promet déjà qu'ils seront bientôt à la hauteur des excellentes productions de la BBC, n'ont donc aucun intérêt à rester l'exclusivité des réseaux de distribution de France Télévisions. Si une taxe finance à 100 % la création audiovisuelle publique, tout contenu produit par France Télévisions devra être accessible au public via Internet dans un mode qui permet tout aussi bien sa libre "consommation" (abandon total des DRM, pas de VOD payante sur ses propres contenus, choix de formats ouverts) que sa libre redistribution. Rien ne justifiera plus le réflexe propriétaire de France Télévisions. Bien au contraire.

2. Utiliser des licences libres de type Creative Commons pour faciliter la redistribution des oeuvres

Afin de faciliter la diffusion des productions culturelles du service public, il est essentiel d'aménager le cadre juridique de leur mise en ligne. Le droit d'auteur ne fait pas de distingo entre les oeuvres dites "privées" et les oeuvres "du service public". Dans les deux cas, le public a interdiction de les redistribuer, notamment sur les réseaux P2P ou via des sites de partage de vidéos comme YouTube ou Dailymotion. Un tel acte est considéré comme une contrefaçon, promise à une répression renforcée suite aux conclusions de la mission Olivennes. Or si le service public audiovisuel français ne dépend d'aucune mesure d'audience, on voit mal ce qui justifierait encore de priver les internautes français de la possibilité d'être eux mêmes diffuseurs des oeuvres de leur service public.

3. Produire des contenus spécifiques pour les nouveaux moyens de communication

France Télévisions doit faire le virage du numérique, ce qui ne se réduit pas au passage à la haute-définition ou à la TNT. Le numérique, ce sont avant tout des barrières naturelles qui tombent, à commencer par la grille des programmes. France 2 ne peut passer que 24 heures de programmes par jour ou 8.760 heures par an. Et chaque spectateur, sauf à utiliser l'artifice technologique du magnétoscope, ne peut regarder le journal de 20H... qu'à 20H. Ces limites, couplées à la nécessité de l'audience, réduisent drastiquement le nombre de contenus produits et diffusés par le service public. France Télévisions doit constamment arbitrer entre les différentes productions pour donner leur chance à celles qui, généralement, ont le plus de potentiel d'audience ou rentrent "dans la bonne case". Les autres ne voient jamais le jour, ou ne sont jamais diffusées. France Télévisions doit devenir un service public audiovisuel numérique, qui se libère de la grille de programme et propose l'ensemble de ses productions sur Internet, et propose même des contenus spécifiquement développés pour Internet ou la télévision mobile.

Cette nécessité est d'autant plus légitime que l'on ne comprendrait pas que les services Internet et mobiles financent la création audiovisuelle publique sans en bénéficier directement. Il ne doit pas s'agir d'une rente en faveur du vieux média, mais d'un tremplin pour aider le service public à entrer de plein pied dans l'ère numérique.

4. Développer de véritables services numériques et de télévision interactive

Il est particulièrement parlant de constater que si l'Association Française des Développeurs, Editeurs et Fournisseurs de Services en Télévision Interactive (AFDESI) est basée à Paris, aucun des projets nominés pour ses "awards" 2007 n'émergeaient de France Télévisions. A vrai dire, aucun des projets soumis au comité n'était proposé par le service public. La BBC - qui n'a pas de publicité, était au contraire cette année comme les précédentes omniprésente. Parmi les projets numériques développés par la BBC, citons le "iPlayer", qui permet aux Britanniques de regarder sur un ordinateur n'importe quel programme du groupe dans les sept jours qui suivent sa diffusion. Il faut que France Télévisions renforce sa capacité d'innovation technologique pour offrir les meilleurs services interactifs possibles, en profitant notamment de l'open-source pour bénéficier aussi des forces co-créatives de milliers de développeurs passionnés.

5. Parier sur la qualité et l'intérêt public

Pour supprimer de l'antenne l'excellente émission de Daniel Schneidermann, Arrêt sur Images, France Télévisions avait faussement argué d'une baisse d'audience et d'un essouflement du concept. Or comme nous l'avons vu, avec la disparition de la publicité et son financement par les nouveaux moyens de communication, France Télévisions ne doit plus raisonner en terme d'audience mais de simple intérêt public. L'intérêt public d'Arrêt sur Images est incontestable. Bien sûr, le divorce est consommé et l'émission ne sera jamais reprise par le service public. Mais c'est pour nous l'occasion de saluer le lancement de la version finale du site de @rrêt sur Images (depuis la publication de nos propositions, le site s'est même décliné en chaîne de télévision à part entière, ndlr) C'est aussi une manière de rappeler que France Télévisions n'évolue plus dans un contexte de rareté de l'offre audiovisuelle, mais dans un contexte où n'importe quel producteur peut lancer son site ou ses services et diffuser ses contenus, avec parfois un certain succès, voire un succès certain. Dans ce contexte là, France Télévisions n'aura qu'une arme pour s'imposer : la qualité.

Publié par Guillaume Champeau, le 27 Novembre 2008 à 10h28
 
 
15
Commentaires à propos de «5 propositions pour l'audiovisuel public numérique»
 
Monsieur Champeau, très sérieusement, avez-vous envoyé cette liste de propositions au président de France Télévisions ? Si non, je vous suggère très fortement de le faire.
Mais TF1 ne va pas être d'accord...
Je suis tout à fait d'accord sur deux choses :

- privilégier la qualité en ne se basant plus sur l'audience. Il me semble stupide de vouloir concurrencer le privé, sur son propre terrain (et offrir du temps de cerveau disponible, selon la formule consacrée).

- Permettre à chacun de consulter les émissions où il veut, et selon SES propres horaires (et non pas être esclave du programme... Au XXIème siècle c'est vrai que c'est un peu embarrassant je trouve...)
On arrive à faire de la fibre un enjeu national, et en même temps on liquide des projets comme Wizzgo (qui, comme le soulignent des commentaires chez maitre Eolas, ne sont que le prolongement de la photocopieuse de la poste, ou du magnétoscope de salon, mais version numérique : http://maitre-eolas....1221-rip-wizzgo )

Du contenu de qualité, ET accessible, ça existe déjà : sur France Inter, et même sur France Culture (pas tout, ok), et pour la TV, on a vu de très bonnes émission comme "Le dessous des cartes" (hélas relégué à une heure avancée dans le WE il me semble), et des émissions d'actualité (dont la durée pourrait augmenter) comme "C dans l'air".
Honnêtement, à part ces deux émission, et Arte, il est difficile de trouver des émissions de qualité du tac au tac.
Et il faut aussi se rendre compte, que les gens suivant le mouvement, et bien consomment ce qu'on leur apporte... Donc on peut nourrir avec de la piètre qualité, ou avec de la bonne qualité, et ouvrir les esprits... Parce qu'un journal de 20h, pardon de le dire, mais vu le format, c'est un concentré très orienté, absolument mauvais, et bercent les gens dans une espèce de torpeur monotone.

La TV peut être un instrument fabuleux. Il y a pleins de choses intéressantes à faire : ne serait-ce qu'une émission sur le tri sélectif... Je me retrouve avec 15 plastiques différents, et je ne sais pas exactement où les mettre.
Un outil de sensibilisation, un outil qui peut montrer les belles choses, les initiatives... Un instrument social, au niveau national.

Par contre, même si j'aime l'IDEE d'un contenu libre, je ne sais pas si la BBC a opté pour ce modèle.
au contraire, je crois qu'elle monétise ses émissions, ce qui lui permet de se financer elle même en partie, et d'offrir du contenu de qualité (qui n'est pas dépendant de l'argent mis dedans... Cf le dessous des cartes)
On est loin de la loi sur l'audiovisuel en débat actuellement.

Ce blog la compare d'ailleurs au fameux plan France Numérique 2012 :
http://www.cafe-froi...ait-labellisee/

C'est (presque) marrant !
C'est bien tout ça !
La seule chose qui me gêne, c'est le parti pris pour arrêt sur image. Parler de cette émission dans les termes de "excellente" n'est pas impartiale et finit par faire tomber à l'eau toutes les autre propositions. La prendre comme exemple de ce qu'il ne faut plus faire (audience qui détermine quel programme doit rester etc.) d'accord mais y allait de son commentaire personnel sur l'émission, je trouve pas ça terrible. Expliquer que ce genre d'émission est plus que nécessaire pour l'exercice de la liberté d'expression et de la démocratie aurait suffit.
Guillaume, je te conseille comme l'a dit metallizer d'envoyer ce doc à France Télévision et à notre président.
(Je ne rigole pas)
Actuellement, le discours en France est plutot :

"Pour sauver la télévision publique privée de la publicité, il faut trouver des financements"
Sous entendu : "pour continuer à faire pareil qu'aujourd'hui, il faut une taxe quelque part"(voir les FAI)

Après, si on veut en plus de la qualité, c'est une autre histoire.

J'entend déjà certains députés venir pleurer (d'ici 1 à 2 ans) pour "augmenter cette taxe car sans celà, le service public ne peut pas s'aligner sur la qualité des autres chaines"

Et là, on parle que de l'aspect "petit écran".

Alors si en plus il faut que ça soit accessible à tout le monde, et sur internet, le discours suivant (d'ici 3 à 4 ans) sera certainement : "mais comment voulez-vous qu'on fasse tout ça avec le peu d'argent qu'on nous alloue. Introduisons donc un peu de publicité pour renflouer les caisses".

Et là, Sarko interviendra en disant :" je n'accepte pas que notre télévision publique ne puisse fournir ses programmes à tous sur internet. Et s'il faut en passer par la publicité, je m'engage à faire le nécessaire".
Le but de notre président M. Sarcome (c'est le nom que me propose mon correcteur orthographique qui ne connait pas le mot Sarkozy) et de son gouvernement, et de recréer l'ORTF.
Prochaine étape, rétablissement d'un ministère de l'information comme avant 1968.

D'un autre côté, France télévision a creusé elle-même sa propre tombe en nous délivrant une information aseptisée, non informative, et en servant bien souvent la soupe à notre "cavalière" et à son gouvernement de fossoyeurs.

Comme le dit si bien le "Canard enchainé", la liberté de la presse (et je rajouterai de l'audio-visuel) ne s'use que si l'on ne s'en sert pas.

De Profundis.
Hyper agréables à lire ces propositions, mais malheureusement assez utopiques. Quelle est la proportion du contenu actuel de la production de France Television qui est effectivement produit directement sans passer pas des ste de prod annexes, j'ai peur que ça ne représente pas grand chose, et j'ai beaucoup de mal à croire que ces société de prod soient prêtes à passer en CC leurs produits...

Je ne parle même pas de la fange : cf Delarue (qui je l'espère va dégager en priorité), obsédé par le business et pas par l'idée de faire du bon. Mais des bonnes émissions service publiques, qui nécessitent un budget conséquent. Je n'ai pas beaucoup d'exemples en tête, mais une émission comme "C'est pas sorcier" sur la 3, c'est plutôt tout bon non ? Et bien je ne les voient pas ouvrir les droits la dessus, comment justifier le prix des DVD sinon ?

PS : Arrêt sur image est une assez bonne émission, mais Schneiderman n'est pas un homme bien, le fonctionnement de l'émission de France 5 se basait en grande partie sur l'exploitation de stagiaires, et je me souviens d'une interview de lui sur la Matinale de C+ ou j'avais eu cette impression d'entendre mégalomane paranoïaque hyper imbu de lui même, consternant...
Je confirme: la BBC vend et revend aux quatre coins du monde certaines de ses (excellentes) émissions, films, docu et feuilletons.
Ceci dit, on peut légitimement penser que France Télévision pourrait continuer a vendre des contenus aux chaînes étrangères et donner accès libre sur son site pour la France (et pour les francophones qui savent utiliser un proxy ;-)). Exemple de contenu qui se vend bien: Thalassa. Exemple de film qui s'est bien vendu: Les rois maudits.
@Metallizer Le 27 Novembre 2008 à 11h17

J'approuve a 200%!

Je recommande donc un envoi au président de France télévision a savoir Nicolat SARKOSY car c'est le nouveau président de France télévision.

En AR évidement faudrait pas que la lettre se perde en route.
Il est meme prévu dans un ammendement qu'il puisse se nommer lui-même comme président de france television (ou du moins ce qu'il en restera) :)
Dans la mesure où on (l'UMP Lefebvre) veut faire payer la redevance TV à chaque titulaire d'une connexion internet, le 1er point ma paraît indispensable.
Le 2e est nettement plus discutable dans la mesure où il peut y avoir un intérêt pour les émissions de France TV à l'étranger : ils ne participeront pas au financement de ces émissions via leur redevance nationale.
'LeHyène', le 01/01/1970 - 01:00
D'un autre côté, France télévision a creusé elle-même sa propre tombe en nous délivrant une information aseptisée, non informative, et en servant bien souvent la soupe à notre "cavalière" et à son gouvernement de fossoyeurs.
Si tu veux vraiment savoir ce qui se passe en France, je te conseille de regarder 'Aljazeera' ou bien 'CNN' !
:roi:

Monde de merde !
«1. Rendre l'ensemble des productions France Télévisions accessibles librement sur Internet»

Personnellement, je préfère qu'on ne mélange pas télévision et internet. C'est une source d'emmerdements sans fin (redevance, taxe sur les ordinateurs) qui viennent s'ajouter à la source d'emmerdements sans fin du multimedia (taxe sur les supports, DRM, DAVDSI, HADOPI... les coups viennent de tous les côtés) dont j'aurais préféré qu'ils épargnent mon métier, l'informatique.

Télé et multimedia sont en train de sinistrer l'informatique.
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