Selon une étude commandé par le gouvernement des Pays-Bas, les effets du partage de fichiers et du téléchargement gratuit seraient globalement positifs pour la société néerlandaise.

A l’échelle d’une société tout entière, la lutte contre le piratage est-elle pertinente pour le développement économique et culturel ? En France, le gouvernement ne semble pas en douter, pressé par le Président Nicolas Sarkozy de faire adopter au plus vite la riposte graduée par l’Assemblée nationale. Mais dans les pays nordiques, des doutes persistent. Le gouvernement néerlandais a ainsi commandé au cabinet TNO un rapport de 142 pages sur les effets économiques et culturels du partage de fichiers aux Pays-Bas, dont les résultats viennent d’être publiés. Contre toute intuition, ils concluent que le P2P a un effet économique globalement positif sur l’économie néerlandaise.

Après avoir interrogé de gros utilisateurs de P2P, sondé 1500 internautes néerlandais et questionné des professionnels des industries de la musique, du cinéma et du jeu vidéo, les chercheurs ont découvert que « les implications économiques du partage de fichiers sur le niveau de bien-être aux Pays-Bas sont extrêmement positives sur le court terme et le long terme« .

Le cabinet estime que 4,7 millions d’internautes néerlandais âgés de plus de 15 ans ont téléchargé sans payer entre 1,5 et 2 milliards de fichiers musicaux en un an, ce qui fait environ 7,5 morceaux téléchargés pour 1 morceau acheté. Mais selon l’étude, les P2Pistes néerlandais qui téléchargent de la musique se seraient « enrichis » de l’équivalent de 200 millions d’euros de fichiers musicaux, tandis que l’industrie musicale n’aurait perdu dans le pire des scénarios que 100 millions d’euros de manque à gagner.

« L’industrie doit trouver de nouveaux modèles économiques »

C’est la magie de la multiplication des pains permise par le P2P, qui ne cause pas nécessairement de préjudice direct à l’industrie. Mais qui, au niveau sociétal, permet d’avoir globalement une société mieux instruite, plus « consommatrice » de culture, sans appauvrissement économique. « Beaucoup de ceux qui partagent de la musique n’achèteraient pas autant de CD au prix actuel si le téléchargement n’était plus possible« , constate notamment l’étude. « Soit parce qu’ils ne peuvent pas se le permettre, soit parce qu’ils ont d’autres priorités budgétaires : ils manquent de pouvoir d’achat« .

Globalement, les téléchargeurs sont aussi les plus gros payeurs. L’étude note ainsi que « parmi ceux qui téléchargent de la musique et des films, le pourcentage de ceux qui en achètent est aussi élevé que parmi ceux qui ne téléchargent pas« . Mieux, « parmi ceux qui téléchargent des jeux vidéo, le pourcentage des acheteurs est même plus élevé que ceux qui ne téléchargent pas« . Les P2Pistes achètent plus de films sur DVD (mais en louent moins) que les autres, plus de jeux vidéo, vont davantage aux concerts, et achètent plus de produits dérivés. Ils sont également une grande majorité à dire qu’ils n’achèteraient pas davantage si le P2P n’existait plus.

Contactée par Numerama, l’auteur de l’étude, Annelies Huygen, estime qu’il est « important pour l’industrie de lancer de nouveaux modèles économiques« . « Actuellement, une partie de la demande n’est pas satisfaite. Les gens sont prêts à payer, mais l’offre ne rejoint pas la demande« , constate-t-elle.

Les pouvoirs publcis, eux, devront s’inspirer des conclusions de l’étude. En matière de droit d’auteur, tout l’art du législateur est de trouver le meilleur équilibre possible entre la protection des intérêts économiques des créateurs et l’intérêt culturel de la société tout entière. Il n’est pas certain, loin s’en faut, que la riposte graduée contribue à trouver cet équilibre.

Mais on peut déjà parier que, fidèle à ses habitudes, le gouvernement français préfèrera ignorer totalement cette nouvelle étude et ne citer que celles commanditées par les lobbys de l’industrie culturelle.

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