Depuis mai 2016, les entreprises ont le droit de mettre des parts en vente sur des plateformes de crowdfunding, en échappant aux régulations habituelles sur les marchés d'actions. Beta Bionics, qui fabrique un pancréas artificiel, est la première startup à atteindre le plafond de 1 million de dollars.

Vous vous souvenez probablement que lorsque Kickstarter a fait ses débuts en 2009, et lorsque d’autres plateformes de crowdfunding l’ont rapidement rejoint sur le marché, il a d’abord fallu dissiper un malentendu. Les internautes n’étaient pas invités à investir dans une entreprise pour être associés à son succès en devenant actionnaires, mais simplement incités à avancer de l’argent, en pré-commandant des produits ou des services qui ne sortiraient que de nombreux mois plus tard. En cas de succès, les internautes resteraient de simples clients comme les autres — c’est ce qui avait soulevé un début de polémique lorsque Oculus VR s’est vendu à Facebook pour 2 milliards de dollars, après avoir été kickstarté pour 2,4 millions.

Depuis, les internautes ont parfaitement compris les règles du jeu et accepté que les opérations de « crowdfunding » ne sont en rien des investissements, mais au mieux des coups de pouce offerts à des projets qu’ils veulent voire naître. C’est dû en grande partie aux régulations financières très contraignantes qui font qu’il est très compliqué pour les startups d’émettre des actions que le grand public puisse acheter, en dehors des places boursières habituelles.

Mais aux États-Unis, une loi adoptée en 2012 et entrée en vigueur seulement le 16 mai 2016 est en train de changer la donne. Elle permet à des entreprises de lever jusqu’à 1 million de dollars en vendant des parts sur des plateformes de crowdfunding qui sont, cette fois, de véritables plateformes d’investissement. Et ça marche.

1 million de dollars investis dans un pancréas artificiel

Le MIT Technology Review note ainsi qu’une entreprise qui développe un pancréas artificiel est la première à atteindre le plafond du million de dollars, obtenu sur la plateforme WeFunder. Il fallait acheter des parts à 100 dollars, et en moyenne les 775 nouveaux actionnaires ont mis sur la table 1 300 dollars chacun, pour faire partie de l’aventure d’une entreprise qui espère offrir une solution viable aux diabétiques. Comme nous l’avions vu avec le projet de pancréas artificiel open source, ces boîtiers de contrôle et d’injection automatisée d’insuline microdosée sont encore controversés, mais vus comme un formidable espoir par les malades et leurs proches.

On retrouve toutefois sur WeFunder le même travers que sur Kickstarter ou d’autres plateformes comme IndieGogo ou Ulule, où ce sont finalement les entreprises déjà financées et bien avancées dans leurs projets qui parviennent à lever les fonds complémentaires qui permettent un lancement plus rapide sur le marché.

Ainsi Beta Bionics, qui développe ce pancréas artificiel, avait déjà bénéficié de 5 millions de dollars d’investissement par le vendeur d’insuline Eli Lilly. Ce dernier avait acheté pour cette somme 5 % seulement des parts, ce qui valorise Beta Bionics à 100 millions de dollars. Autant dire que même s’ils sont associés, les investisseurs de WeFunder n’auront qu’une partie infime de l’entreprise, et ne pèseront en rien dans les décisions. Cela reste, malgré tout, du love money et de l’investissement qu’il faut multiplier sur de nombreux projets différents pour espérer dégager une marge bénéficiaire importante à moyen ou long terme.

Parmi les autres projets actuellement soutenus sur WeFunder figure Legion M, « le premier studio de cinéma détenu par les fans », qui atteint actuellement 750 000 dollars, pour une valorisation à 12,5 millions. Le brasseur Grain a réussi à vendre pour 715 000 dollars d’obligations, qui permettront aux investisseurs de toucher le double de leur investissement.

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