Certains automobilistes ont croisé sur les routes européennes des voitures badgées AUDI, mais sans le design et les logos habituels, de quoi les interpeller. C’est le genre de vision qui fait douter les passionnés d’une marque sur l’autoroute et les pousse à se tourner vers les réseaux sociaux pour comprendre ce qu’ils ont vu. Des AUDI E5 Sportback en plaques allemandes ont ainsi été aperçues en Europe.
Pour séduire une clientèle chinoise plus jeune et ultra-connectée, le constructeur allemand a en effet lancé cette nouvelle sous-marque (AUDI en majuscules, sans les anneaux), basée sur une plateforme numérique 100 % chinoise. Ces modèles exclusivement prévus pour le marché chinois n’ont théoriquement rien à faire sur le sol européen. Mais face à la demande de clients, des importateurs bravent quand même les risques pour les proposer à la vente en Europe.

Des prix doublés, mais des acheteurs au rendez-vous
Selon le média allemand Automobilwoche, une société nommée « Auto China » a décidé de contourner les directives du constructeur en proposant ces véhicules en importation parallèle sur le marché allemand. Malgré des prix bien moins compétitifs que sur le marché chinois, des acheteurs se sont manifestés.
L’importateur affiche la berline E5 Sportback à 59 980 € et le grand SUV E7X à 72 900 €. Les prix sont précisés hors taxe. Il faut également ajouter 7 800 € à ce montant de base, pour couvrir les coûts d’homologation, de livraison et de garantie, auxquels s’ajoutent 950 € pour l’adaptateur de recharge indispensable pour se brancher sur les bornes rapides européennes. Une coquette somme qui représente déjà près du double du prix chinois, avant même les frais supplémentaires. En Chine, l’E5 débute en effet autour de 235 900 yuans, soit environ 30 000 €.

Malgré la différence tarifaire colossale, l’importateur affirme que la demande est forte et que les premiers exemplaires ont déjà trouvé preneurs. Auto China n’en est d’ailleurs pas à son coup d’essai, puisqu’il propose déjà à son catalogue d’autres stars introuvables chez nous, comme les modèles de Li Auto ou de Xiaomi.
Un achat qui n’est pas sans risque
Interrogée par Automobilwoche sur la présence de ses modèles chinois en Allemagne, la direction d’Audi botte pour l’instant en touche. « Les véhicules développés et produits dans le cadre de cette coentreprise sont spécifiquement adaptés aux besoins et aux exigences de nos clients chinois et sont conçus exclusivement pour le marché chinois », se contente de rappeler une porte-parole, sans brandir publiquement de menaces judiciaires.

Pour les acheteurs européens tentés par cet exotisme, l’opération s’apparente donc à un pari risqué. L’histoire récente montre que les constructeurs détestent voir leurs stratégies territoriales bafouées. Il ne s’agit pas seulement d’une question de gestion des entretiens, des mises à jour ou des pannes, mais bien de se retrouver avec un véhicule qui n’a plus le droit de circuler.
Face à des importateurs un peu trop zélés, Xiaomi a déjà menacé de réclamer la saisie et le blocage aux frontières européennes pour violation de marque. Plus spectaculaire encore : l’affaire des Volkswagen chinoises.
En 2023, un concessionnaire indépendant allemand avait importé 22 exemplaires de l’ID.6 Crozz électrique réservé à la Chine. Le groupe Volkswagen l’a traîné en justice. Une décision rendue en avril 2026 donne raison à Volkswagen (même si un ultime recours est encore possible) : interdiction de vendre les véhicules et obligation de les détruire. Le malheureux importateur s’est retrouvé avec ses voitures saisies, un ordre de destruction, et plus de 500 000 euros de frais de stockage sur les bras.
En clair, croiser une AUDI chinoise sans anneaux sur nos routes est une curiosité amusante. Mais débourser plus de 70 000 € pour s’en offrir une relève aujourd’hui du pari fou. Le risque de voir son véhicule de luxe finir sous les mâchoires d’un broyeur au nom du droit des marques est bien réel.
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