L’artiste a mis en ligne un clip de plus de 5 minutes dans lequel ses traits se transforment grâce à la technologie dite de deepfake, pour prendre la forme du visage d’autres célébrités comme Will Smith, Kobe Bryant ou encore Nipsey Hussle.

Kendrick Lamar a sorti, par surprise, un nouveau titre intitulé The Heart Part 5, accompagnée d’un clip impressionnant où se mêlent rimes et prouesses technologiques. Le rappeur américain ne se contente pas de chanter face caméra : son visage se transforme au fil du morceau, devenant tour à tour Will Smith, Kanye West, OJ Simpson, Jussie Smollett, Kobe Bryant et Nipsey Hussle.

L’artiste a eu recours à la technologie appelée « deepfake » : une vidéo manipulée grâce à des algorithmes, qui donne l’impression que les traits de Kendrick Lamar ont été modifiés pour ressembler à d’autres. Dans les faits, ce sont les expressions et la forme des visages des célébrités qui ont été « collées » numériquement sur les siennes : c’est bien lui qui bouge la bouche, mais tout le reste a été altéré.

À la fin de son clip, Lamar fait parler le rappeur défunt Nipsey Hussle, assassiné en 2019 : « À mes frères, à mes enfants, je suis au paradis », lance-t-il, ou encore : « Devrais-je m’énerver, de ne pas avoir pu découvrir mon plein potentiel ? »

Pourquoi certains deepfakes posent question

En quelques années, les deepfakes sont devenus stupéfiants de réalisme. Thierry Ardisson en a même profité très récemment pour faire parler les morts dans sa nouvelle émission Hôtel du Temps. Où l’on a découvert une Dalida extrêmement crédible, qui a été reproduite grâce à une compilation de centaines de photos et vidéos d’elle.

Ici, il s’agit de divertissement, tandis que le clip de Kendrick Lamar en est à la frontière, puisqu’il porte un message politique fort : « Je suis nous tous », peut-on lire sur un carton noir au début de la vidéo.

Néanmoins, l’existence des deepfakes et leur potentiel quasi infini de manipulation visuelle poussent certains à interroger leur éventuelle dangerosité. Un candidat aux législatives en Inde avait par exemple créé, en février 2020, une vidéo « deepfake » de lui-même afin de partager son message en plusieurs langues, sans être sous-titré ou doublé. La question de l’utilisation des deekfakes en politique, même réalisés avec le consentement des personnes imitées, s’était alors posée.

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Kendrick Lamar prend les traits de Will Smith // Source : YouTube

La vidéo de Kendrick Lamar momentanément inaccessible

Pendant quelques minutes ce 9 mai, des internautes ont remarqué que le clip de Kendrick Lamar avait été rendu inaccessible sur la plateforme YouTube. « Cette vidéo n’est pas disponible », pouvait-on lire sur le carton apposé devant la vidéo, ce qui laisse penser qu’il ne s’agirait pas d’une action de YouTube — généralement, lorsque la plateforme agit, elle précise pour quel motif une publication est suspendue ou retirée.

La disparition n’a d’ailleurs pas duré longtemps : le clip est à nouveau en ligne, et gagne des vues à grande vitesse. En moins de 12 heures, il a cumulé plus de 5,5 millions de visionnages.

Ce petit couac aurait-il pu avoir un lien avec l’utilisation des deepfakes ? Jusqu’à il y a peu, les plateformes comme Facebook, Twitter ou YouTube refusaient de retirer des vidéos de deepfakes. Néanmoins, Facebook et YouTube ont revu leur positionnement et supprimé, à la mi-mars 2022, un faux discours du Premier ministre ukrainien Volodymyr Zelensky, prétendument en train de rendre les armes devant la Russie. Toutefois, il s’agit d’un cas extrême en temps de guerre ; ce qui est loin d’être le cas pour l’œuvre de Kendrick Lamar.